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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 12:51
Voici venu le temps des martyrs

 Extrême actualité et acuité  de la lecture et mise en scène de 

 

Polyeucte par Brigitte  Jaques-Wajeman au théâtre des Abbesses 

 

«…  ce que sont toujours les bourreaux et les tyrans– en fin de compte, des personnages humains. Il n'y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte. Croyez moi, le jour du triomphe des martyrs, c'est l'incendie universel » Jcques Lacan, Séminaire, Livre VII 

 

« Les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire : il séduisirent » Nietzsche Antéchrist, § 53 

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 14:14

Sur Trump,  émission passionnante, du fait de la qualité des invités... 

 Passons sur le fait que E. Todd délire à plein régime...("La France n'est pas une démocratie.. Aux Etats-Unis la démocratie renait" ...et ainsi de suite..)

( Plus tempéré,  Védrine cite Churchill: "La seule chose qui peut faire désespérer de la démocratie, c'est 5 minutes de discussion avec un électeur moyen"..)

   Par ailleurs, Bernard Guetta et Cynthia Fleury ont douché un petit  peu l'enthousiasme de E. Todd en faveur de Trump...

 Tous le monde se demande si Trump pourrait être destitué..

 Cynhia Fleury parle de mascarade, Guetta d'escroquerie...Trump n'a rien d'un anti-libéral !!!!

Todd que l''empire allemand est bien plus nocif que le phénomène Trump..

 

http://www.france5.fr/emissions/c-politique

 

 

 

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 16:46

 Comment ne pas donner raison à Hannah Arendt sur ce sujet,encore une fois 

 « Il vaut  mieux ne jamais se sentir chez soi nulle part, ne faire vraiment confiance à aucun « peuple », car il peut en un instant se transformer en masse et en instrument aveugle  de morts » Lettre 59 du 30 juin 1947 Correspondance avec Jaspers. 

 

 

 

«  Je n’ai  jamais de ma vie  « aimé »  aucun peuple, aucune collectivité–ni le  peuple allemand et le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni rien de tout cela. J'aime « uniquement » mes amis, et la seule espèce d'amour que je connaisse est en laquelle je crois est l'amour de « personnes ». A Gershom Scholem, Fidélité et utopie.

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 14:37

 Texte Karl Marx 

Le travail aliéné, Karl Marx,

 Manuscrits de 1844

« Par la production pratique d’un monde objectif, le façonnement de la nature non organique, l’homme s’affirme comme un être générique conscient, c’est-à-dire comme un être qui se comporte à l’égard de l’espèce humaine comme il se comporte à l’égard de sa propre essence, ou à l’égard de soi en tant qu’être générique. […]

C’est précisément en façonnant le monde objectif que l’homme s’affirme réellement comme un être générique. Cette production est sa vie générique active. Grace à cette production, la nature apparaît comme son œuvre et sa réalité. L’objet du travail est donc l’objectivation de la vie générique de l’homme, car il ne se dédouble pas lui-même de façon seulement intellectuelle, comme c’est le cas dans la conscience, mais activement, réellement, se contemple dans un monde qu’il a lui-même créé. Ainsi tandis que le travail aliéné arrache à l’homme l’objet de sa production, il lui arrache sa vie générique, sa véritable objectivité générique, et transforme sa supériorité sur l’animal en infériorité, puisque son corps non organique, la nature, lui est dérobé.

De même en dégradant au rang de  moyen l’activité propre, la libre activité, le travail aliéné fait de la vie générique de l’homme le moyen de son existence physique.

Le travail aliéné conduit donc aux résultats suivants :

L’être générique de l’homme, sa nature, aussi bien que ses facultés intellectuelles générique, sont transformés en un être qui lui était étranger, en moyen de son existence individuelle. Le travail aliéné rend l’homme étranger à son propre corps, au monde extérieur aussi bien qu’à son essence spirituelle, à son essence humaine.

L’aliénation de l’homme par rapport à l’homme apparaît comme une conséquence immédiate du fait que l’homme est rendu étranger au produit de son travail, à son activité vitale, à son être générique. L’homme s’oppose à lui-même, il s’oppose aussi à autrui. Ce qui est vrai du rapport de l’homme à son travail, au produit de son travail et à lui-même, est vrai du rapport de l’homme à l’autre ainsi qu’au travail et à l’objet du travail de 

l’autre. » Karl Marx, Manuscrits de 1844, premier manuscrit, Editions Garnier Flammarion, page 108 à 117

 

 Texte Paul Lafargue

Le travail, une « étrange folie »

« Quand, dans notre Europe civilisée, on veut retrouver une trace de beauté native de l’homme, il faut l’aller chercher chez les nations où les préjugés économiques n’ont pas encore déraciné la haine du travail.

[…]

Par contre, quelles sont les races pour qui le travail est une nécessité organique ? Les Auvergnats ; les Écossais, ces Auvergnats des îles britanniques ; les Gallegos, ces Auvergnats de l’Espagne; les Poméraniens, ces Auvergnats de l’Allemagne ; les Chinois, ces Auvergnats de l’Asie. Dans notre société, quelles sont les classes qui aiment le travail pour le travail ? Les paysans propriétaires, les petits bourgeois, les uns courbés sur leurs terres, les autres acoquinés dans leurs boutiques, se remuent comme la taupe dans sa galerie souterraine, et jamais ne se redressent  pour regarder à loisir la nature.

Et cependant, le prolétariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilisées, la classe qui, en s’émancipant, émancipera l’humanité du travail servile, et fera de l’animal humain est un être libre, le prolétariat trahissant ses instincts, méconnaissant sa mission historique, s’est laissé pervertir par le dogme du travail.

[…]

Si, déracinant de son cœur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l’homme, qui ne sont que des droits de l’exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail, qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la terre, la vieille terre, frémissant d’allégresse, se sentirait bondir en elle un nouvel univers… Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ? »

Le droit à la paresse, Edition Le temps des cerises, 1996, page 81.

 

 

 

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 13:02
Le revenu universel, une question philosophique

 Pour le revenu universel:  le débat est  philosophique ! 

 

 Hier soir,  à C dans l’air , Yves Calvi a dit « Le revenu universel , c’est un concept » (au sens négatif de ce terme, a-t-il cru bon d’ajouter..)

Je voudrais rebondir  sur cette remarque (avisée) d’ Yves Calvi…

  Le revenu universel, comme l'ont souligné à juste titre également ses invités, ce n'est pas pour demain … mais pour après demain peut-être. Il est vrai que c’est un thème qui ne constitue peut-être pas une urgence absolue dans le cadre de la préparation de la  présidentielle de 2017.

 

Ceci étant posé et acquis, je voudrais revenir sur le débat philosophique.. qui  me semble aujourd’hui  crucial. Non seulement parce qu'il porte sur la question de savoir quelle société nous voulons pour demain - je parle des sociétés avancées,    relativement opulentes mais qui laissent sur le bord du chemin encore une part considérable de nos concitoyens (chômage,  pauvreté, précarité..). L'utopie  du revenu universel   propose d'apporter une réponse partielle  à cette question de l’extrême et croissante inégalité … Moyennant quoi, il se heurte à une  opposition de taille :   l’une venant d’une gauche  qui se réclame du marxisme et qui considère que le travail constitue l'essence de l’homme… tandis qu’une autre tradition, procédant du protestantisme, pose que le travail est une obligation morale, l'homme ne pouvant parvenir à l'estime de soi sans travailler (Kant).

 

 

D’où un second ce débat, plutôt un débat  préliminaire,  puisqu'il constitue un préalable. 

C’est la question de fond : le travail constitue-t-il un propre de l’homme? le propre de l’homme? 

 À cette question on peut répondre en remarquant que le travail peut être un propre de l'homme même pas nécessairement un « propre essentiel ». À ce sujet il faut évoquer  l’ ambiguïté   de Marx qui a dit à la fois que le travail définissait l'homme et en même temps que le travail aliéné  « lui arrachait sa vie générique ». Que faire?
 

 

Le travail est-il l’essence de l’homme?  Je ne le crois pas… je pense que Hannah Arendt a eu raison de souligner que l'homme peut s’accomplir de différentes manières, soit par le travail soit par ce qu'elle nomme l’ « oeuvrer », soit par l’action (dans Condition de l'homme moderne). J’expose  son idée dans le post ci-dessous . Pour sa part,  elle privilégie l’action par rapport au travail et à l’oeuvrer même (activités productives et créatives..).
 L'homme peut-il s’accomplir en dehors du travail? Je le crois, et c'est pourquoi prôner le revenu universel ne doit pas être vu comme  pas un sacrilège parce qu’on est « de gauche » .. A l’appui de cette idée je poste un texte de Lafargue et un texte de Simone Weil. 

 

 Un homme a-t-il le droit de considérer qu’il a mieux à faire que de travailler? Oui si l’on en croit Nietzsche…

 Dernière question qui doit financer le  RU ? Les entreprises et les travailleurs? Non : je ne trouve pas qu'il soit juste que ceux qui travaillent financent  ceux qui ne travaillent pas…C’est la société tout entière qui doit reconnaitre ce droit à un revenu  d’existence, et donc l’assumer,  parce que toute personne qui existe a le droit d'obtenir les moyens d’exister… De plus tout le monde est susceptible d’en bénéficier (si ce n’est pas moi, supposée nantie,  ce seront mes enfants et petits-enfants.. un  revers de fortune est  vite arrivé !).

 J’ajoute que pour moi le RU n’est pas d’abord la possibilité offerte à tous de se tourner les pouces. C’est la chance offerte à tous de choisir son travail,  de se ménager des plages de loisir - comme le souhaitait  Marx - notamment pour se former. Et, surtout de s’accomplir en tant qu'être humain (Arendt) c’est-à-dire de s’insérer dans le monde par la parole et par l’action. Comme le font par exemple les acteurs des associations caritatives, les militants écologiques… 

 

  Vive le RU pour les zadistes de Notre Dame des Landes  et tous les « aidants «  de personnes âgées par exemple… (et pour les parents qui souhaitent  s’occuper davantage de leurs enfants.. tout en écrivant des poèmes)

 

 

 

 

 

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 12:53

Un travail libre dans une  société libre ?

Simone Weil décrit ce que pourrait être une société libre. La société dont elle fait ici le tableau accorderait une place essentielle au travail libre, dans lequel la pensée et l’action ne sont pas séparés :

« L’accomplissement de n’importe quel ouvrage consisterait en une combinaison d’efforts aussi consciente et aussi méthodique que peut l’être la combinaison de chiffres par laquelle s’opère la solution d’un problème lorsqu’elle procède de la réflexion. L’homme aurait alors son propre sort en main ; il forgerait à chaque moment les conditions de sa propre existence par un acte de la pensée. Le simple désir il est vrai ne le mènerait à rien ; il ne recevrait rien gratuitement ;  même les possibilités d’effort efficace seraient pour lui étroitement limitées. Mais le fait même de ne pouvoir rien obtenir sans avoir mis en action, pour le conquérir, toutes les puissances de la pensée et du corps permettrait à l’homme de s’arracher sans retour à l’emprise aveugle des passions.

[…]

On ne peut rien concevoir de plus grand pour l’homme qu’un sort qui le mette directement aux prises avec la nécessité nue, sans qu’il ait rien à attendre que de soi, et telle que sa vie soit une perpétuelle création de lui-même par lui-même. L’homme est un être borné à qui il n’est pas donné d’être, comme le dieu des théologiens, l’auteur direct de sa propre existence ; mais l’homme posséderait l’équivalent humain de cette puissance divine si les conditions matérielles qui lui permettent d’exister étaient exclusivement l’œuvre de sa pensée dirigeant l’effort de ses muscles. Telle serait la liberté véritable. »

 Simone Weil, Réflexion sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (1934), Gallimard, coll. « Idées », 1980, pp. 89-91.

 
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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 12:50

Le travail : une activité contre nature

Selon Rousseau, chacun de nous ne travaille que pour parvenir au repos :

« Il est inconcevable à quel point l’homme est naturellement paresseux. On dirait qu’il ne vit que pour dormir, végéter, rester immobile ; à peine peut-il se résoudre à se donner  les mouvements nécessaires pour  s’empêcher de  mourir faim. Rien ne maintient tant les sauvages dans l’amour de leur état que cette délicieuse indolence. Les passions qui rendent l’homme inquiet, prévoyant, actif, ne naissent que dans la société. Ne rien faire est la première et la plus forte passion de l’homme après celle de se conserver. Si l’on y regardait bien, l’on verrait que, même parmi nous, c’est pour parvenir au repos que chacun travaille : c’est encore la paresse qui nous rend  « laborieux ». »

Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l’origine des langues,  (1781), Ed. Hatier, 1983, page 69.

  Nietzsche

L’apologie du travail

Les anciens voyaient dans le travail l’expression de la soumission de l’homme à la nécessité, tout au contraire les modernes qui le tiennent pour  une bénédiction. C’est cette manipulation que Nietzsche dénonce et déplore ici :  

«  Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité: et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. Et puis! épouvante ! Le « travailleur », justement, est devenu dangereux! (1 Le monde fourmille d’« individus dangereux»! Et derrière eux, le danger des dangers - l’individuum! (2» 

 Nietzsche, Aurore, (1880), coll.  idées, trad. J.Hervier, Ed. Gallimard, 1974, livre III, pp. 181-182.

Note 1 : Nietzsche fait allusion aux mouvements sociaux du 19 ième siècleNote 2 : L’individu.

 Russell

Le philosophe Bertrand Russell observe judicieusement  que sans consommateurs, donc sans  loisirs (pour trouver le temps de consommer) ,  le travail et ses productions trouveraient pas de débouchés.  On ne saurait  idolâtrer  le travail  et mépriser ceux qui la rendent nécessaire en en consommant les produits :

« On dira que, bien qu’il soit agréable d’avoir un peu de loisirs, s’ils ne devaient travailler que quatre heures par jour, les gens ne sauraient pas comment remplir leur journée. Si cela est vrai dans le monde actuel, notre civilisation est bien en faute ; à une époque antérieure, ce n’aurait pas été le cas. Autrefois, les gens étaient capables d’une gaieté et d’un esprit ludique qui ont été plus ou moins inhibés par le culte de l’efficacité. L’homme moderne  pense que toute activité doit servir à autre chose, qu’aucune activité ne doit être une fin en soi. Les gens sérieux, par exemple condamnent continuellement l’habitude d’aller au cinéma, et nous disent que c’est une habitude qui pousse les jeunes au crime. Par contre, tout le travail que demande la production cinématographique et respectable, parce qu’il génère des bénéfices financiers. L’idée  que les activités désirables sont celles qui engendrent des profits a tout mis à l’envers. Le boucher, qui fournit en viande, et le boulanger, qui vous fournit en pain, sont dignes d’estime parce qu’ils gagnent de l’argent ; mais vous, quand vous savourez la nourriture qu’ils  vous ont fournie, vous n’êtes que frivole, à moins que vous ne mangiez dans l’unique but de reprendre des forces avant de vous remettre au travail. De façon générale, on estime que gagner de l’argent, c’est bien, mais que le dépenser, c’est mal. Quelle absurdité, si l’on songe qu’il y a toujours deux parties dans une transaction : autant soutenir que les clés, c’est bien, mais le trou de serrure, non. Si la production de biens a quelque mérite, celui-ci ne saurait résider que dans l’avantage qu’il peut y avoir à les consommer. Dans notre société, l’individu travaille pour le profit, mais la finalité sociale de son travail réside dans la consommation de ce qu’il produit. C’est ce divorce entre les fins individuelles et les fins sociales de la production qui  empêche les gens de penser clairement dans un monde où c’est le profit qui motive l’industrie. Nous pensons trop à la production, pas assez à la consommation. De ce fait, nous attachons trop peu d’importance au plaisir et au bonheur simple, et nous ne jugeons pas la production en fonction du plaisir qu’elle procure aux consommateurs ».

Bertrand Russell, Eloge de l’oisiveté (1932), trad. M.  Parmentier, Editions Alia, 2004, page 31-32.

André Gorz 

L’écrivain et philosophe André Gorz s’interroge ici sur les conditions de possibilité d’une transformation positive de notre rapport au travail :

« Pour la première fois dans l’histoire moderne, le travail payé pourra (donc) cesser d’occuper  le plus clair de notre temps et de notre vie. La libération du travail devient pour la première fois  une perspective tangible. Mais il ne faut pas sous-estimer ce que cela implique pour chacun de nous. La lutte pour une réduction continue et substantielle de la durée du travail payé suppose que celui-ci cesse progressivement d’  être la seule ou même la principale source  d’identité et d’insertion sociales. Des valeurs autres que les valeurs économiques, des activités autres que celles, fonctionnelles, instrumentales, salariées que nous commandent les appareils et institutions sociaux, devront devenir dominants dans la vie de chacun. Cette mutation de la société et de la culture exige de chaque personne un travail sur soi auquel elle peut être incitée mais qu’aucun État, gouvernement, parties ou syndicat ne peut faire pour elle. Elle exige que nous trouvions à la vie un autre sens que le travail payé, l’éthique professionnelle, le rendement, et aussi que des luttes autres que celles qui ont pour contenu le rapport salarial gagne en importance. L’ensemble de ces changements culturels est d’une ampleur telle qu’il serait vain de les proposer s’ils n’allaient dans le sens d’une mutation déjà en cours

[…]

En une période où le travail à plein temps de tous est de moins en moins nécessaire à l’économie, la question « travailler pourquoi ? À quoi ? » prend une importance centrale. Elle seule peut nous protéger contre une éthique de « l’effort pour l’effort », du « produire pour produire » qui trouve son achèvement dans l’acceptation de l’économie de guerre et de la guerre elle-même. »

André Gorz, Métamorphoses du travail. Quête du sens, Ed. Galilée, 1988.

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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 12:43

 Le labeur, l’œuvrer et l’action
 Tout d’abord, le travail (le labeur)  n’est pas la seule activité qui soit caractéristique de l’homme. En dehors du travail Hannah Arendt cite :   l’œuvre, autrement dit l’activité créatrice,  artistique, et ce qu’elle appelle l’action. Le travail est selon elle l’activité qui correspond au processus biologique du corps humain, activité par laquelle il se rapproche de l’animal. À l’opposé
l’œuvre est l’activité qui correspond à - dit-elle - « la non naturalité » de l’existence humaine autrement dit l’activité par laquelle il se différencie le plus de l’univers nature du monde animal notamment. 

   L’action est la condition de toute vie politique c’est l’activité qui « correspond à la condition humaine de la pluralité » c’est-à-dire qui permet aux hommes de vivre ensemble tout en étant   différents les  uns des autres et acceptant cette différence. Le monde moderne a eu tendance à remplacer l’artisanat par le travail : le résultat est que les objets du monde moderne sont devenus des produits du travail dont  le destin est d’être consommés par opposition aux produits d’une œuvre destinée à durer. 

Quant à l’activité noble par excellence, l’action politique, son image ne cesse de se dégrader dans le monde. Pour Hannah Arendt,  Aristote,  ce  fut pourtant cette aptitude à constituer un monde à la fois pluriel et commun qui caractérise l’homme et non pas le travail. Pour elle contrairement à Marx, il n’y a pas de différence fondamentale entre la construction et le travail industriel par exemple.

On notera que Alain défend la même thèse quoique avec des arguments différents :  le domaine  du travail et celui de la répétition indéfinie du même. Alain oppose des « ruines vénérables » à des déchets industriels par exemple.

Le travail aliéné

D’autre part, le travail n’est pas toujours  gratifiant ni épanouissant ni émancipateur ni humanisant. 

L’homme se réalise dans son travail dans la mesure où la nature devient son œuvre et sa réalité nous dit Marx. En ce sens,  il s’objective : c’est l’aliénation au sens de Hegel, c’est-à-dire dans son  sens positif.       L’homme se réalise par le travail ?  Sauf que dans le travail aliéné -  ce qui était  quand même le cas le plus courant au 19 siècle,  quand Marx le dénonce - , l’homme est privé de sa vie essentielle, de sa vie générique. On a donc chez Marx cette position paradoxale : le travail est l’essence de l’homme,  mais,  par le travail, l’homme se départit de son essence.

C’est pourquoi dans le même ordre d’idées, dans la filiation même des thèses marxistes, on peut considérer (Paul Lafargue) qu’il n’est pas raisonnable que l’homme cherche l’accomplissement de soi dans le seul travail. Aujourd’hui des auteurs comme André Gorz et Dominique  Meda affirment  qu’il est grand temps de désenchanter le travail et de relativiser sa valeur.

 
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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 14:42
Alerte urgence Hubert Reeves
  • En saccageant cet écosystème à un rythme effréné, en continuant a vivre avec l'injonction biblique d'une domination de l'homme sur une nature à notre service, nous réduisons considérablement nos chances de conserver une « vie vivable ». C'est la survie même de l'espèce humaine qui est aujourd'hui en jeu, avec le risque qu'elle disparaisse. L'urgence est extrême. » 

 

(Sur l’espèce humaine) « Nous sommes aussi l’espèce la plus destructrice qui soit, salle qui pourrait avoir éliminé la moitié des autres d'ici à la fin du siècle. Les tortues, elles, ont traversé 200 millions d’années. 

 

 

( Sur la disparition de l'environnement des débats de la campagne présidentielle)

 « Je pense que l'électoralisme passe avant le bien public. Le thème de l'écologie n'est pas assez porteur. Autant le chômage peut nous toucher autant la perte de biodiversité passe quasi inaperçue. La diminution du nombre de vers de terre, que j’évoquais, ne fait pas la Une des journaux. Il faudrait pour cela qu'elle génère des catastrophes » 

 Le JJD 8 janvier 2017

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 14:41

Pourquoi s’intéresser aux animaux en tant que philosophe ?

« Depuis l’Antiquité, la question animale est stratégique. Les humains se sont distingués des animaux pour cerner ce qu’ils pensaient avoir en propre : la raison, le langage articulé. Pour moi, nos rapports aux animaux sont le miroir de ce que nous sommes devenus. Le système actuel de production de la viande reflète une société fondée sur l’exploitation sans limite des autres vivants. Le profit commande la réduction constante des coûts de revient, au mépris des animaux et du sens du travail humain. La dénonciation des conditions actuelles de vie et de mort des animaux s’inscrit dans un contexte plus large, lié à la critique d’un modèle de développement générateur de contre-productivités (sur le plan social et environnemental) et à une réflexion sur ce que pourrait être une société plus juste, dans laquelle les règles ne seraient pas déterminées pour le seul bénéfice des humains et même d’une minorité de personnes.
 « La cause animale est la cause de l’humanité » Libération 7 et 8 janvier 2017

 

http://www.liberation.fr/debats/2017/01/06/corine-pelluchon-la-cause-animale-est-la-cause-de-l-humanite_1539586

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