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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 19:04
Sur la révolution syrienne

Les chaînes doivent être brisées...

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 11:16
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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 16:07

 

 

 Oui mais voilà…

Le peuple est par excellence un mot piégé.. il désigne des  « réalités »   irréconciliables.

 

    Le « peuple » républicain est  une construction et non une entité naturelle ou historique  : c’est le peuple de Rousseau ou de Cicéron :

« Par peuple, il faut entendre, non tout un assemblage d'hommes groupés en un troupeau d'une manière quelconque, mais un groupe nombreux d'hommes associés les uns aux autres par leur adhésion à une même loi et par une certaine communauté d'intérêt. »

 Il procède, fictivement,  d’un contrat social.  Conçu en ces termes,  il  est l’agrégation  volontaire et consensuelle des individus qui le constituent. Le peuple c’est la TOTALITE des citoyens.

 

     Ce concept rationnel et  élaboré du peuple comporte son pendant négatif et maléfique : le gros animal irascible de Alain (« Ce gros Léviathan, n’est pas du tout civilisé…Tout fragment et même le plus petit morceau de Léviathan frétille comme son père et pense de même  »  Propos sur les pouvoirs, § 123, Folio-essais, p. 317), la « masse ameutée » de Canetti (« Leur pare-mort est l’ennemi, et tout ce qu’ils  ont à faire est de le prévenir. Il faut seulement être assez rapide et ne pas hésiter un seul instant dans sa besogne de mort » (Masse et puissance,  1966, Tel Gallimard, p 75), la « masse »  de Hannah Arendt (« Une société sans classe », in Le système totalitaire, Coll. Points-Seuil)  … 

 Dans sa version positive et fantasmatique, c’est le mythe du peuple-Un (Claude Lefort, L'invention démocratique, les limites de la domination totalitaire,  Éd. Fayard, 1981) et Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, 1990).  Dans sa version historique,  c’est le parti de ces inadaptés, la « populace » délaissée et désorientée : « qui ne peut s’intégrer dans aucune organisation fondée sur l’intérêt commun » (Arendt, ibid, p32), et  «qui se découvre un formidable appétit d’organisation politique ». Cette « masse atomisée et amorphe » va  se rassembler sous l’égide d’un leader anti-système … Certains mots de Hannah Arendt résonnent plus que jamais aujourd’hui :  «  La fascination naissait non pas de l’habileté de Staline ou de Hitler dans l’art du mensonge, mais du fait qu’ils étaient capable d’organiser les masses en une unité collective qui soutenait leurs mensonges avec une impressionnante magnificence »  (Ibid, p 59). Ce « peuple » là est le fond de commerce  de tous les types de fascisme… Mais le populisme,  ce n’est pas  le fascisme.

    

 

   Le populisme  repose sur  un « concept » de peuple pour  le moins oiseux,  car à géométrie variable. Dans tous les cas,  le « peuple » du populisme,  désigne non pas  la totalité de citoyens mais une fraction du peuple dont on a retranché préalablement toute la part « inassimilable » (par ce qu’impure dans  la variante ethniciste et fascisante du populisme). Chez Trump,  ce sont toutes les « minorités » ( démocrates, citadins éduqués, gays, féministes, musulmans, professionnels médiatiques, militants des droits de l’homme, écologistes  etc..) tant et si bien que le peuple  des électeurs de Trump ne constitue numériquement qu’une minorité de citoyens. 

  Pour un populiste de gauche, le peuple, c’est le peuple sociologique, les travailleurs pauvres, les sans-grade, précaires, chômeurs etc.. (le peuple ethnique n’est plus invoqué ici). Le problème c’est que cette entité (?) est inconsistante, aucune conscience de classe, position dans le processus de production  ni intérêts communs ne la  cimente ni ne la structure…  Elle n’est unifiée que sur un mode purement négatif : le peuple,  comme le dit Michel Onfray, c’est  « l’ensemble de tous ceux  sur qui s’exerce  le pouvoir ».  L’ hostilité aux « élites » et l’aversion pour le « système » réunit  ses membres sans les rassembler sur des valeurs républicaines ou  humanistes  claires et explicites (cf les positions ambiguës  sur Poutine et Trump, des «  élus du peuple », l’hostilité de principe au revenu de base, le rejet de « l’empire allemand »  etc…).  Or un  tel imaginaire, qui reste essentiellement négatif, est foncièrement clivant : le peuple du « dégagisme » (cf Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous, vite ! ») n’est pas vraiment  potentiellement rassembleur de toutes les composantes de la gauche -   un tel slogan vaut aussi bien pour le FN…
    Dans tous les cas, le problème du « peuple " invoqué par tous les populismes,  qu’ils soient de gauche ou de droite, c’est qu’il n’est en aucun cas le peuple républicain (tous les citoyens, électeurs et éligibles) mais seulement une fraction du peuple en lutte contre ses « élites » et  contre un système de représentation faussé (il ne donne pas le pouvoir au « peuple » ) dans les régimes parlementaires.

 

 Le peuple du populisme n’est pas le peuple… mais une partie du peuple,  jugée plus saine et plus authentique que la partie  excommuniée - la « caste » , autrement dit tous ceux qui on partie liée de près ou de loin avec « le système », ce qui peut faire beaucoup de monde..

 

 

 C’est ce « malentendu »  qu’il faut dénoncer (nommer le mal, ici une imposture) sans se laisser intimider par  le fameux argument  non moins  spécieux    que terrorisant: 

 

« Dans populisme, il y a  « peuple »

 

 

http://www.philomag.com/blogs/les-carnets-aleatoires-de-lhl/en-democratie-le-lieu-du-pouvoir-est-vide

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 18:39

"Il ne faut pas mentir. Voilà une évidence du sens commun, à laquelle chacun adhère spontanément, sans même avoir lu Emmanuel Kant, sans avoir même jamais songé à le lire un jour... Et il est vrai qu'il y a bien des raisons, tant esthétiques qu'éthiques, pour condamner le mensonge.

Le mensonge est esthétiquement condamnable

Qui se soucie d'esthétique le sait fort bien, il n'est pas beau de mentir! La franchise, la sincérité sont du côté de la belle droiture, quand le mensonge, la fourberie sont du côté de la courbure, du tordu. L'homme franc est droit, il expose avec une belle netteté son visage, son front. Les mots sortent de sa bouche avec l'impeccabilité, la spontanéité d'un bel accord de do majeur : la loyauté, la spontanéité, la probité, la rectitude ont la beauté d'Apollon. La dissimulation, la fausseté, l'hypocrisie, la sournoiserie sont en revanche laides. Duplicité du menteur : le "di-able" [1] ne fut pas pour rien représenté par un serpent, c'est-à-dire par l'animal à la langue fourchue. Regardez cet enfant tenter ses premiers mensonges... Son regard est fuyant, son corps même se tord sous l'effet du mensonge. Les mots sortent avec peine de sa bouche, tout est en lui biaisé, tordu. Quand il aura développé ses dons de comédien, quand il aura appris à "bien mentir", il jouera alors la franchise, la netteté, exposant son visage et son front avec une excessive et ostentatoire droiture [2]. On pourra dire alors qu'il ment effrontément, de façon éhontée : car tout se passe comme si son front (ce qu'il y a de plus droit en son corps) l'obligeait à la franchise, à la droiture. Et il se sentira inévitablement sale, laid et moche si, d'aventure, on se rend compte qu'il a menti : "Il en rougit, le traître![3] Oui, celui dont le mensonge est découvert, celui qui "perd la face", comme le dit si bien la langue française, mériterait de perdre son front et devrait, au minimum, rougir d'avoir ainsi menti.
   Tout montre que le mensonge, cette désertion de sa propre parole, est esthétiquement condamnable : le menteur est furtif, tordu, dissimulateur, sournois, double, biaisé, laid en somme. Beau est en revanche le sincère [4], celui qui ouvre son coeur avec franchise, c'est-à-dire avec liberté, noblesse, netteté et droiture. Il peut nous regarder droit dans les yeux, il fait bien l'homme, fait bien son métier d'homme.

Le mensonge est éthiquement condamnable

A cette disqualification esthétique du mensonge, Kant substituera une inoubliable disqualification éthique et ce, parce que pour le penseur de Konigsberg, le mal vient de la contradiction [5] et qu'il me suffit en vérité d'être un instant attentif à ce que me murmure ma propre raison et la loi morale qui s'y trouve, pour comprendre que le mensonge est un acte contradictoire, triplement contradictoire.
   D'abord parce que le mensonge est contradiction entre la parole et la pensée, et qu'il ruine l'essence même de la parole qui est la confiance. Tout acte de parole promet la vérité, même - et surtout! - l'acte de parole qui ment et qui peut aller jusqu'à jurer qu'il dit vrai, alors qu'il ment. La société des hommes deviendrait vite infernale, si chacun devait se méfier de chacun. Je fais spontanément confiance au quidam auquel je demande mon chemin, perdu que je suis dans les rues de Metz ou de Bordeaux... Pourquoi ? Parce que tout se passe comme si me liait à lui une sorte de contrat de confiance, contrat antérieur à tous eux que je pourrais un jour signer avec lui, et qui en est la condition de possibilité. Comme disent fort bien les Anglais, je n'aurais de relations humaines avec lui que si je peux supposer qu'il "means what he says", qu'il est présent dans sa parole au moment où il me parle. Mentir, c'est violer l'essence même de la parole, laquelle devrait être le moyen d'expression de la pensée..." Philosophie pour tous, Eric Fiat

http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Eric/mensongeethique.htm
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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 12:42
 

La jalousie

"Il n’est pas facile de comprendre pourquoi, aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire et aussi diverses que soient les sociétés, les hommes ont, semble-t-il, toujours cherché à imposer leur domination sur les femmes. Françoise Héritier, célèbre anthropologue et féministe s’est longtemps intéressée à cette question et a formulé l’hypothèse que la domination des femmes reposait d’abord sur la jalousie des hommes à ne pouvoir eux-mêmes procréer. Dans le deuxième tome de son livre Masculin/Féminin paru en 2002, elle explique:

«Pour se reproduire à l’identique, l’homme est obligé de passer par un corps de femme. Il ne peut le faire par lui-même. C’est cette incapacité qui assoit le destin de l’humanité féminine. […] Cette injustice et ce mystère sont à l’origine de tout le reste, qui est advenu de façon semblable dans les groupes humains depuis l’origine de l’humanité et que nous appelons la “domination masculine”.»

 

 
 
 
 

 

De cette crainte teintée d’envie seraient issues de nombreuses croyances et pratiques dans lesquelles la femme apparaît tout à la fois comme celle qui a le pouvoir d’enfanter, de saigner sans être blessée (et d’y survivre) mais aussi comme un être d’essence maléfique. À ce titre, le sang qui coule de l’utérus, aussi bien pendant les règles qu’après un accouchement, a souvent été considéré comme impur (voir malfaisant) et a donné lieu à des pratiques de bannissement"

 

http://www.slate.fr/story/135683/corps-femmes-mathematiques

 

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 17:20
Utopique, l'écologie, vraiment?

 

 

(Attention : ceci n’est pas un cours mais un billet d’humeur…) 

 

 

 Pour la première fois un candidat du Parti Socialiste place l’écologie au centre de son projet (voir le Monde, ce soir: « Environnement, une fracture majeure » (Hamon contre Valls) et aussi  p.124 :  « Le revenu universel est une réponse intelligente aux nouveaux défis » par Jean-Marc Ferry et aussi  Philippe Von Parijs et Guy Sorman.
   Que nous objecte-t-on ? Que nos propositions sont utopiques  !

Alors que les politiques  (René Dumont, 1974) et les philosophes (Hans Jonas, 1979, entre autres ..) nous alertent depuis quatre  décennies maintenant - en vain, voilà que nous (les écologistes)  nous sommes accusés d’être des rêveurs  !?

  Tandis que la droite arriérée et la  gauche archaïque campent sur ses positions absurdes et dévastatrices, nous voilà mis en accusation. « Alors que la maison brûle, il nous faudrait continuer de détourner le regard ? » (question posée par Chirac dans un moment de rare clairvoyance). Ce sont eux  les utopistes (dans le sens péjoratif de ce terme : irréalistes,  inconscients, irresponsables et dangereux).

Au moment où des clowns et des tyrans sont aux commandes  à l’échelle mondiale, il serait peut-être temps de se ressaisir :  la banquise fond sous nos yeux,  l’on ne peut plus respirer dans les villes,  même les couches des enfants sont cancérigènes,  le monde vivant disparaît,  la révolution numérique détruit les emplois,  des milliers de gens se noient en Méditerranée, il ne faudrait se préoccuper que de croissance et de pouvoir d'achat ? De frontières et de murs? De préservation des voies sur berge  à Paris,  de retour   en France  de l’industrie automobile, sans même parler de la prospérité du  complexe  miltaro-industriel et du nucléaire !!!???

   

Le revenu universel ce n’est pas pour demain. Mais c’est un projet qui s’inscrit dans une perspective vraiment nouvelle, réfléchie, stimulante  et soucieuse des intérêts des générations à venir. Un nouveau monde se dessine sous nos yeux, qui abolit le monde actuel, comme dirait Marx. Tout le contraire d’une utopie car ce monde de travailleurs sans emplois, de personnes déplacées privées de ressources et de patrie, le désastre d’une espèce suicidaire  qui éradique non pas Daech mais ses  animaux sauvages et abandonne  ses "frères inférieurs", les  primates  :  c’est une réalité qui est déjà là et se déploie  à une vitesse vertigineuse sous nos yeux. Les dégâts sont hélas sans doute  irréversibles.  Or tout se tient ! Le vieux monde productiviste, prodigue  et insouciant est derrière nous, la croissance n’est pas la panacée. 


 

 L’observer et le déplorer, c’est donc cela être utopique? 

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 13:58
Sur le prétendu  libéralisme de Trump

 

 

J’aimerais bien que l’on arrête de dire  que Trump est libéral. Premièrement, le libéralisme est une philosophie, ou en tout cas une idéologie adossée à une philosophie. Or Trump n’a ni philosophie ni  même idéologie,  faute de toute pensée articulée.  Il ne s’exprime que par  slogans et diatribes,  ignorant  toute argumentation. Tweeter dispense de raisonner…( raisonner: proposer un projet et une vision du monde plus ou moins cohérents).

 

A part cela la ploutocratie est diamétralement opposée au libéralisme (anti-monopolistique) et le  protectionnisme au libre-échange, quant à son programme économique, il  est plus keynésien que néolibéral..

De toute façon Trump est hors norme…

 

https://www.franceculture.fr/emissions/lesprit-public/la-dynamique-macron-leurope-face-donald-trump (seconde partie)

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 22:22

(Article paru  il y a deux  mois dans l'Huma)

 

 L’élection de Donald Trump produit un effet de sidération et d’effroi.   Est-elle  pour autant une véritable surprise? Elle ne constitue en réalité que  le dernier avatar  d’une déferlante xénophobe qui  se propage à la vitesse de la lumière non seulement en Occident mais sur la planète tout entière. Une telle  vague proto-fasciste - plutôt que « réactionnaire » - est comparable  au réchauffement climatique  dont on sait que  la progression est inexorable  sans être pour autant en mesure d’en prévoir les différents aléas. Car, si la révolution anti « système »  à laquelle nous assistons aujourd’hui comporte des éléments conjoncturels ( la crise de 2008, le désespoir  des recalés de la mondialisation, la  désindustrialisation,  l’environnement dévasté, les zones rurales abandonnées  etc.)  elle  renvoie sans doute  également  à une crise plus profonde et plus dévastatrice encore. C’est  celle qui  a trait à la  représentation  désormais négative des institutions démocratiques et  de ces   fameuses « élites »   qui s’obstinent à  les avaliser. 

      Aux yeux de  certains  observateurs quelque peu désabusés  -   dont je suis -  il est clair que la démocratie est un système qui porte en lui les germes de sa propre destruction. Cette précarité tiendrait à deux  raisons  principales.  En ce qui concerne la première, elle est tellement  évidente qu’elle ne souffre aucune contestation: théoriquement irréprochable,  la démocratie repose en fait sur deux énormes mensonges.   Selon le premier,  le peuple gouverne,  tandis que suivant le second,  nos lois  assurent  l’égalité « en droit »  de tous les  hommes. Il est clair qu’un régime présentant  un tel décalage entre ce qu’il promet ce qu’il réalise, à savoir  une inégalité exponentielle,  le mépris des laissés-pour-compte etc.,  est profondément déceptif. En ce sens, il alimente  une réserve inépuisable de rage et de ressentiment.  

  En second lieu, la démocratie est, un régime hautement inflammable, comme l’ont noté d’emblée les penseurs « réactionnaires » mais néanmoins clairvoyants que furent  Platon,  Aristote et quelques autres. Pourquoi ? Parce que ce  type de gouvernement  aimante  des personnalités non moins  charismatiques qu’incompétentes, au détriment  d’acteurs moins flamboyants, mais  plus sages ou tout au moins plus expérimentés. C’est ainsi qu’accèdent systématiquement  au pouvoir aujourd’hui des stars de télé-réalités et autres bouffons médiatiques  dont le pouvoir maléfique reste à ce jour en cours d’évaluation. On sait par exemple que  Donald Trump, qui  jure de rétablir la torture,  se vante de savoir « attraper les femmes par la chatte », que  Rodrigo Dutertre traite le pape de « fils de pute » et s’amuse du viol d’une religieuse, tandis que Vladimir Poutine promettait   (en 2015)  de « butter  les terroristes   jusque  dans les chiottes» etc.  On peut supposer que ce type de propos  relève d’un comique macabre et n’annonce pas nécessairement   une politique conséquente.  Cependant -  hélas - le denier triomphe en date de l’un  ces  grossiers personnages  - celui de Donald Trump aux Etats-Unis  - ne fut  possible, comme le montre l’écrivain  Paul Berman (le Monde du 11 novembre 2016) que dans le contexte d’un « effondrement sans précédent des institutions américaines ». Si cette analyse est exacte, c’est la démocratie elle-même qui, à la manière d’une maladie auto-immune, parasite et neutralise ses propres  anti-corps - syndicats, partis politiques, journalistes et grands médias.  Avant de gravir les échelles du pouvoir, les démagogues populistes détraquent le système démocratique  en actionnant toujours les mêmes ressorts - ces fameuses passions « tristes » (Spinoza) ou encore « réactives »(Nietzsche) que la droite qualifie perfidement de « populaires ». Ces  déclinaisons de   la haine - ressentiment, indignation, jalousie  etc.. - dont se  nourrissent les grands prédateurs du politique  ne sont pourtant  pas en elles-mêmes condamnables ni forcément pathogènes. Cependant, canalisées par des marionnettistes de haut vol,  elle ne contiennent pas précisément  la promesse de  politiques  ouvertes, humanistes et fraternelles. 

Laurence Hansen-Löve

 

 

 

L

          Parfaitement  conscient du drame  qui se jouait bien en amont des élections,  le cinéaste Michael Moore avait pronostiqué l’élection de Trump. Son analyse (Huffington post,  07/2016) pointait  un dernier  paramètre, parfois  négligé,  et pourtant déterminant.  L’électeur  suprématiste  blanc est animé par la haine des élites mais aussi  par la frayeur que lui inspire  la « féminazie »,  ce monstre « qui saigne de partout » (Trump)  et qui ose même  viser   la Maison Blanche  : « Puisque les animaux ont maintenant des droits » , s’étrangle le  « petit  mâle  blanc en danger » , « pourquoi pas un hamster demain à la tête du pays? ». 

  Autant de considérations troublantes et déprimantes  qui pourraient paraître nous éloigner de Spinoza, lui qui tenait la démocratie pour le meilleur des régimes - le plus naturel en même temps que  le plus raisonnable.  Anticipant les Lumières, le philosophe pensait que les hommes ont tout intérêt à se soumettre à  la loi d’une saine république conformément aux  directives de cette  Raison que tous les hommes ont en partage et qui parle d’une seule voix, douce et tempérée.  Las  !  Le seul fait que nombre de femmes aient pu voter pour ce « club de la  testostérone » qu’incarnent Trump, Poutine etc… tend à invalider  le bel axiome spinoziste.  Notons également  que les « Grands Mâles Dominants » qui sont  aux commandes actuellement des plus  grandes puissances mondiales n’ont aucune  raison de renoncer à ces postures martiales, narcissiques et tapageuses qui leur réussissent si bien.

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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 13:52
Post-vérité: du mensonge à l "l'art de dire des conneries"

Post-vérité, du mensonge à   «  l’art de dire des conneries » 

 

 Pourquoi parler de post-vérité alors que le mensonge a toujours été la règle  en politique?

 

    Ce propos d’un ancien ministre (Hubert Védrine, C polémique, 15 janvier 2017 ) entendu ces jours-ci  dans une émission de TV (F.5) appelle quelques commentaires.

 

  L’expression « post-vérité » (post-truth) est apparue en 2004 avec la publication du livre de Ralph Keyes The post-truth era: dishonesty and deception  in contemporary life   (L’ère de la post-vérité malhonnêteté et tromperie dans la vie contemporaine). Sur la genèse de cette expression et sur les débats correspondants,   on peut consulter l’excellent article de wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ère_post-vérité), ainsi que  la tribune de 

Michaël Foessel 

(http://www.liberation.fr/debats/2016/12/01/apres-la-verite_1532297

 

et la mienne..

 

http://www.liberation.fr/debats/2016/12/11/post-verite-pourquoi-les-menteurs-prennent-le-pouvoir_1534554

 

 

  Je résume : évoquer l’ère de la post-vérité ne revient pas du tout à accuser l’establishement politico-médiatique de nous manipuler ou de nous mentir. C’est même en un certain sens tout le contraire, puisque, si l’on veut simplifier, c’est le fonctionnement de la société tout entière qui nous désoriente pour des raisons tout- à-fait fait inédites. Dire que nous nous trompons nous-mêmes n’est pas du tout la même chose que de dire « on nous ment » (titre d’un documentaire diffusé le 17 janvier sur Arte: « Tous les gouvernements mentent »)

 Dans une dictature ou dans une régime totalitaire, le pouvoir produit une propagande unilatérale, cohérente  et mensongère dont la finalité est de valider sa politique et son idéologie, au profit des intérêts du pouvoir. Il peut en aller de même, jusqu’à un certain point   dans une démocratie libérale, comme l’expliquent et tentent de le démontrer  les réalisateurs du film « Tous les gouvernements mentent ».

 

Mais il ne s’ agit pas du tout de cela dans le livre de Ralph Keyes. Tout au contraire, l’ère de la post-vérité est celle du brouillage entre réalité et fiction. Le blogueur David Roberts, cité dans article de Wikipedia, définit   la post -vérité comme une culture diffuse  depuis un certain temps par la société dans son ensemble, et non comme une dimension de la politique imputable aux « élites ».

 

  Une culture politique dans laquelle l’opinion publique et les médias apparaissent de plus en plus déconnectés de tout souci politique authentique    (respect  de la loi comme expression de la  volonté générale selon Rousseau e tMontesquieu, un espace public dans lequel chacun s’exprime  et agit en vue de la justice et en vue d’un consensus possible). La démocratie se voit doublée et déstabilisée   par une société de communication dans laquelle la forme a définitivement pris le pas sur le fond. Ainsi par exemple l’homme politique ne ment plus à proprement parler. Il dit de « conneries » (« bullshit ») et c’est sans conséquence, car on adhère non pas à un  discours vrai ou plausible mais bien davantage à la personnalité de celui qui le tient. Un commentateur  parle des « hyperboles créatives de Trump ».  Hyperboles, extravagances, conneries, escroqueries : « les conneries sont un ennemi plus grand que les mensonges » (Harry Frankfurt, article : De l’art de   dire des conneries, 1986).

 

Comment et pourquoi on en est là?

 

 Primat de l’émotion sur la raison :  définition de la post-vérité selon le dictionnaire d’Oxford:  l’expression post-vérité « fait référence à des circonstances dont l’ objectif est moins d’influencer  modeler  l'opinion publique que les appels à l’émotion »; Narcissisme entretenu par les grands médias et  pub: soyez vous -mêmes, n’écoutez que vos instincts et vos amis (facebook…).

 

Comment fonctionne le cerveau: les faits contraires à nos convictions les renforcent…

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-pourquoi-les-faits-ne-suffisent-pas-a-convaincre-gens-qu-ils-ont-tort-38103.php

 

 Le gouvernement des émotions :  le cyberespace favorise le triomphe des émotions, le pouvoir politique utilise les mêmes ressorts, appuyé sur le narcissisme: « l’après vérité est un effet pervers de la modernité qui invite les individus à se construire eux-mêmes ( Claude Poissonot).

 

Les politiciens recherchent la seule efficacité, au dépriment de toute approche éthique et de tout souci de vérité ;  d’où l’importance de la sophistique, rôle prépondérant des communicants. Le marketing personnel tient lieu de programme…http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-165125-lart-de-la-guerre-et-de-la-communication-politique-2058441.php

 

 

Internet nous rend idiots : les bulles de filtres nous enferment dans nos propres convictions , nous éloignant des médias pluralistes, trop d’information tue l’information. Les échanges sur Internet via les réseaux sociaux ne diminue pas le poids des préjugés, ne style à l'esprit critique mais tout au contraire favorise la crédulité et les dérives sectaires. Le numérique dans son ensemble, Et pas seulement les réseaux sociaux ont « ébranlé notre rapport à la vérité «(Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian)

 

Le discrédit des médias et des politiques :  si tout le monde ment, personne ne ment…

 

La société du spectacle (Guy Debord)  :  la société du spectacle véhicule une conception générale du monde, existence  doit être assimilé à de la marchandise produite et consommée: l'image d'un homme politique si possible spectaculaire est sensationnelle, prévoir sur le contenu de ces idées cf Mélenchon la nouvelle mise en scène de ses meetings. La politique comme  entertainement : ce qui compte, c’est de faire le show, de constamment innover, surprendre. Trump est exemplaire à cet égard : Chaque jour est une nouvelle« connerie ».

 

 Succès et influence de la télé-réalité, qui abolit par définition la différence entre la réalité et le spectacle. D’ où le succès de Trump qui en vient.

 

 

 

 Pourquoi c’est dévastateur pour la démocratie

 

 Cela  sape  les fondements même de la politique ( « politique » au sens noble du terme, au sens  originel, la res publica, la chose publique)  L’idée républicaine de politique fondée sur la croyance en l’existence d’un  monde commun,  matérialisé notamment par un espace public,  lieu ou cadre ( au moins symbolique ) de dialogue et de concertation de tous  en vue du bien commun, dans le respect de la vérité. Pas de démocratie sans adhésion de principe  de tous   à cette idée de bien commun, de souci commun de la  justice, c-est-à-dire dans la recherche supposée possible  d’un consensus tant sur un objectif à atteindre que sur le respect de la vérité (toujours construire et contestable, jamais imposée ni  figée). Tout ceci vole en éclat avec la  société de la post-vérité. Cet espace public (res publics) se fragment en en sous-espaces liés à des intérêts particuliers partagés, ce que Rousseau nommait des factions, aujourd’hui les amis sur Facebook (bulles cognitives). Facebook est devenu le premier média aux Etats-Unis.

 

Ce type de sociétés favoris la  la montée de populism/ Le populisme est une réponse fac eux désarroi de tous ceux qui ne savent plus à quel saint se vouer..Bien loin de solliciter réflexion et autocritique sur les dérives de la société du spectacle et les effets pervers du numérique, le populisme s’en empare, amis au profit d’une idéologie qui évacue toute responsabilité des citoyens,

  Dénonçant  les mensonges de la sphère médiatique et politique, le populiste désigne les responsables de l’injustice et de la faillite des  démocrates libérales : « On vous ment, les gouvernements mentent toujours,.. Moyennant quoi, il  ne  faut vous fier qu’à vos sentiments et opinions et convictions immédiates. Le peuple irréprochable, vous , nous sommes irréprochables ».

 

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 13:54

Contrairement  à ce que l'on serait tenté de croire, Rousseau n'est pas du tout "populiste" :

 " Seul un peuple de Dieux serait véritablement susceptible d’un gouvernement démocratique au sens strict. Pour un peuple d’hommes, incapable d’un gouvernement si parfait, la distinction réelle du corps du souverain de celui du gouvernement est une précaution nécessaire, sans quoi l’abus du gouvernement conduirait aussitôt à l’abus du souverain et à la guerre civile. Rousseau permet ainsi de caractériser un concept de populisme[43]. Le populisme est en effet une doctrine qui confond la démocratie comme principe et comme forme de gouvernement : il véhicule l’opinion voulant que le meilleur moyen pour ne pas séparer dans le fonctionnement des institutions ceux qui gouvernent de ceux qui sont gouvernés, et donc de protéger la liberté, c’est de faire gouverner le peuple. Or c’est là au contraire le moyen le plus sûr d’abuser du souverain, de rabaisser les lois qu’on avait élevées au-dessus des hommes et de faire dépendre ces lois du jeu des passions et des intérêts. Trouver une forme de gouvernement qui mette les lois au-dessus de l’homme, c’est donc inséparablement rappeler à la nation qu’elle n’est pas un peuple de dieux capables de se gouverner en assemblée populaire. Mais c’est aussi lui rappeler que ses institutions sont pareilles à celles – démocratie de dieux se sachant devenir un peuple d’hommes faillibles – qu’elle se fût données" 

« Faire parler les Dieux ». De la démocratie impossible au problème de la religion civile chez Rousseau

Christophe Litwin

Cotsen Fellow, Princeton University

 
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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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