Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 12:58
Sur le prétendu  libéralisme de Trump

 

 

J’aimerais bien que l’on arrête de dire  que Trump est libéral. Premièrement, le libéralisme est une philosophie, ou en tout cas une idéologie adossée à une philosophie. Or Trump n’a ni philosophie ni  même idéologie,  faute de toute pensée articulée.  Il ne s’exprime que par  slogans et diatribes,  ignorant  toute argumentation. Tweeter dispense de raisonner…( raisonner: proposer un projet et une vision du monde plus ou moins cohérents).

 

A part cela la ploutocratie est diamétralement opposée au libéralisme (anti-monopolistique) et le  protectionnisme au libre-échange, quant à son programme économique, il  est plus keynésien que néolibéral..

De toute façon Trump est hors norme…

 

https://www.franceculture.fr/emissions/lesprit-public/la-dynamique-macron-leurope-face-donald-trump (seconde partie)

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 21:22

(Article paru  il y a deux  mois dans l'Huma)

 

 L’élection de Donald Trump produit un effet de sidération et d’effroi.   Est-elle  pour autant une véritable surprise? Elle ne constitue en réalité que  le dernier avatar  d’une déferlante xénophobe qui  se propage à la vitesse de la lumière non seulement en Occident mais sur la planète tout entière. Une telle  vague proto-fasciste - plutôt que « réactionnaire » - est comparable  au réchauffement climatique  dont on sait que  la progression est inexorable  sans être pour autant en mesure d’en prévoir les différents aléas. Car, si la révolution anti « système »  à laquelle nous assistons aujourd’hui comporte des éléments conjoncturels ( la crise de 2008, le désespoir  des recalés de la mondialisation, la  désindustrialisation,  l’environnement dévasté, les zones rurales abandonnées  etc.)  elle  renvoie sans doute  également  à une crise plus profonde et plus dévastatrice encore. C’est  celle qui  a trait à la  représentation  désormais négative des institutions démocratiques et  de ces   fameuses « élites »   qui s’obstinent à  les avaliser. 

      Aux yeux de  certains  observateurs quelque peu désabusés  -   dont je suis -  il est clair que la démocratie est un système qui porte en lui les germes de sa propre destruction. Cette précarité tiendrait à deux  raisons  principales.  En ce qui concerne la première, elle est tellement  évidente qu’elle ne souffre aucune contestation: théoriquement irréprochable,  la démocratie repose en fait sur deux énormes mensonges.   Selon le premier,  le peuple gouverne,  tandis que suivant le second,  nos lois  assurent  l’égalité « en droit »  de tous les  hommes. Il est clair qu’un régime présentant  un tel décalage entre ce qu’il promet ce qu’il réalise, à savoir  une inégalité exponentielle,  le mépris des laissés-pour-compte etc.,  est profondément déceptif. En ce sens, il alimente  une réserve inépuisable de rage et de ressentiment.  

  En second lieu, la démocratie est, un régime hautement inflammable, comme l’ont noté d’emblée les penseurs « réactionnaires » mais néanmoins clairvoyants que furent  Platon,  Aristote et quelques autres. Pourquoi ? Parce que ce  type de gouvernement  aimante  des personnalités non moins  charismatiques qu’incompétentes, au détriment  d’acteurs moins flamboyants, mais  plus sages ou tout au moins plus expérimentés. C’est ainsi qu’accèdent systématiquement  au pouvoir aujourd’hui des stars de télé-réalités et autres bouffons médiatiques  dont le pouvoir maléfique reste à ce jour en cours d’évaluation. On sait par exemple que  Donald Trump, qui  jure de rétablir la torture,  se vante de savoir « attraper les femmes par la chatte », que  Rodrigo Dutertre traite le pape de « fils de pute » et s’amuse du viol d’une religieuse, tandis que Vladimir Poutine promettait   (en 2015)  de « butter  les terroristes   jusque  dans les chiottes» etc.  On peut supposer que ce type de propos  relève d’un comique macabre et n’annonce pas nécessairement   une politique conséquente.  Cependant -  hélas - le denier triomphe en date de l’un  ces  grossiers personnages  - celui de Donald Trump aux Etats-Unis  - ne fut  possible, comme le montre l’écrivain  Paul Berman (le Monde du 11 novembre 2016) que dans le contexte d’un « effondrement sans précédent des institutions américaines ». Si cette analyse est exacte, c’est la démocratie elle-même qui, à la manière d’une maladie auto-immune, parasite et neutralise ses propres  anti-corps - syndicats, partis politiques, journalistes et grands médias.  Avant de gravir les échelles du pouvoir, les démagogues populistes détraquent le système démocratique  en actionnant toujours les mêmes ressorts - ces fameuses passions « tristes » (Spinoza) ou encore « réactives »(Nietzsche) que la droite qualifie perfidement de « populaires ». Ces  déclinaisons de   la haine - ressentiment, indignation, jalousie  etc.. - dont se  nourrissent les grands prédateurs du politique  ne sont pourtant  pas en elles-mêmes condamnables ni forcément pathogènes. Cependant, canalisées par des marionnettistes de haut vol,  elle ne contiennent pas précisément  la promesse de  politiques  ouvertes, humanistes et fraternelles. 

Laurence Hansen-Löve

 

 

 

L

          Parfaitement  conscient du drame  qui se jouait bien en amont des élections,  le cinéaste Michael Moore avait pronostiqué l’élection de Trump. Son analyse (Huffington post,  07/2016) pointait  un dernier  paramètre, parfois  négligé,  et pourtant déterminant.  L’électeur  suprématiste  blanc est animé par la haine des élites mais aussi  par la frayeur que lui inspire  la « féminazie »,  ce monstre « qui saigne de partout » (Trump)  et qui ose même  viser   la Maison Blanche  : « Puisque les animaux ont maintenant des droits » , s’étrangle le  « petit  mâle  blanc en danger » , « pourquoi pas un hamster demain à la tête du pays? ». 

  Autant de considérations troublantes et déprimantes  qui pourraient paraître nous éloigner de Spinoza, lui qui tenait la démocratie pour le meilleur des régimes - le plus naturel en même temps que  le plus raisonnable.  Anticipant les Lumières, le philosophe pensait que les hommes ont tout intérêt à se soumettre à  la loi d’une saine république conformément aux  directives de cette  Raison que tous les hommes ont en partage et qui parle d’une seule voix, douce et tempérée.  Las  !  Le seul fait que nombre de femmes aient pu voter pour ce « club de la  testostérone » qu’incarnent Trump, Poutine etc… tend à invalider  le bel axiome spinoziste.  Notons également  que les « Grands Mâles Dominants » qui sont  aux commandes actuellement des plus  grandes puissances mondiales n’ont aucune  raison de renoncer à ces postures martiales, narcissiques et tapageuses qui leur réussissent si bien.

Repost 0
21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 12:52
Post-vérité: du mensonge à l "l'art de dire des conneries"

Post-vérité, du mensonge à   «  l’art de dire des conneries » 

 

 Pourquoi parler de post-vérité alors que le mensonge a toujours été la règle  en politique?

 

    Ce propos d’un ancien ministre (Hubert Védrine, C polémique, 15 janvier 2017 ) entendu ces jours-ci  dans une émission de TV (F.5) appelle quelques commentaires.

 

  L’expression « post-vérité » (post-truth) est apparue en 2004 avec la publication du livre de Ralph Keyes The post-truth era: dishonesty and deception  in contemporary life   (L’ère de la post-vérité malhonnêteté et tromperie dans la vie contemporaine). Sur la genèse de cette expression et sur les débats correspondants,   on peut consulter l’excellent article de wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ère_post-vérité), ainsi que  la tribune de 

Michaël Foessel 

(http://www.liberation.fr/debats/2016/12/01/apres-la-verite_1532297

 

et la mienne..

 

http://www.liberation.fr/debats/2016/12/11/post-verite-pourquoi-les-menteurs-prennent-le-pouvoir_1534554

 

 

  Je résume : évoquer l’ère de la post-vérité ne revient pas du tout à accuser l’establishement politico-médiatique de nous manipuler ou de nous mentir. C’est même en un certain sens tout le contraire, puisque, si l’on veut simplifier, c’est le fonctionnement de la société tout entière qui nous désoriente pour des raisons tout- à-fait fait inédites. Dire que nous nous trompons nous-mêmes n’est pas du tout la même chose que de dire « on nous ment » (titre d’un documentaire diffusé le 17 janvier sur Arte: « Tous les gouvernements mentent »)

 Dans une dictature ou dans une régime totalitaire, le pouvoir produit une propagande unilatérale, cohérente  et mensongère dont la finalité est de valider sa politique et son idéologie, au profit des intérêts du pouvoir. Il peut en aller de même, jusqu’à un certain point   dans une démocratie libérale, comme l’expliquent et tentent de le démontrer  les réalisateurs du film « Tous les gouvernements mentent ».

 

Mais il ne s’ agit pas du tout de cela dans le livre de Ralph Keyes. Tout au contraire, l’ère de la post-vérité est celle du brouillage entre réalité et fiction. Le blogueur David Roberts, cité dans article de Wikipedia, définit   la post -vérité comme une culture diffuse  depuis un certain temps par la société dans son ensemble, et non comme une dimension de la politique imputable aux « élites ».

 

  Une culture politique dans laquelle l’opinion publique et les médias apparaissent de plus en plus déconnectés de tout souci politique authentique    (respect  de la loi comme expression de la  volonté générale selon Rousseau e tMontesquieu, un espace public dans lequel chacun s’exprime  et agit en vue de la justice et en vue d’un consensus possible). La démocratie se voit doublée et déstabilisée   par une société de communication dans laquelle la forme a définitivement pris le pas sur le fond. Ainsi par exemple l’homme politique ne ment plus à proprement parler. Il dit de « conneries » (« bullshit ») et c’est sans conséquence, car on adhère non pas à un  discours vrai ou plausible mais bien davantage à la personnalité de celui qui le tient. Un commentateur  parle des « hyperboles créatives de Trump ».  Hyperboles, extravagances, conneries, escroqueries : « les conneries sont un ennemi plus grand que les mensonges » (Harry Frankfurt, article : De l’art de   dire des conneries, 1986).

 

Comment et pourquoi on en est là?

 

 Primat de l’émotion sur la raison :  définition de la post-vérité selon le dictionnaire d’Oxford:  l’expression post-vérité « fait référence à des circonstances dont l’ objectif est moins d’influencer  modeler  l'opinion publique que les appels à l’émotion »; Narcissisme entretenu par les grands médias et  pub: soyez vous -mêmes, n’écoutez que vos instincts et vos amis (facebook…).

 

Comment fonctionne le cerveau: les faits contraires à nos convictions les renforcent…

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-pourquoi-les-faits-ne-suffisent-pas-a-convaincre-gens-qu-ils-ont-tort-38103.php

 

 Le gouvernement des émotions :  le cyberespace favorise le triomphe des émotions, le pouvoir politique utilise les mêmes ressorts, appuyé sur le narcissisme: « l’après vérité est un effet pervers de la modernité qui invite les individus à se construire eux-mêmes ( Claude Poissonot).

 

Les politiciens recherchent la seule efficacité, au dépriment de toute approche éthique et de tout souci de vérité ;  d’où l’importance de la sophistique, rôle prépondérant des communicants. Le marketing personnel tient lieu de programme…http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-165125-lart-de-la-guerre-et-de-la-communication-politique-2058441.php

 

 

Internet nous rend idiots : les bulles de filtres nous enferment dans nos propres convictions , nous éloignant des médias pluralistes, trop d’information tue l’information. Les échanges sur Internet via les réseaux sociaux ne diminue pas le poids des préjugés, ne style à l'esprit critique mais tout au contraire favorise la crédulité et les dérives sectaires. Le numérique dans son ensemble, Et pas seulement les réseaux sociaux ont « ébranlé notre rapport à la vérité «(Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian)

 

Le discrédit des médias et des politiques :  si tout le monde ment, personne ne ment…

 

La société du spectacle (Guy Debord)  :  la société du spectacle véhicule une conception générale du monde, existence  doit être assimilé à de la marchandise produite et consommée: l'image d'un homme politique si possible spectaculaire est sensationnelle, prévoir sur le contenu de ces idées cf Mélenchon la nouvelle mise en scène de ses meetings. La politique comme  entertainement : ce qui compte, c’est de faire le show, de constamment innover, surprendre. Trump est exemplaire à cet égard : Chaque jour est une nouvelle« connerie ».

 

 Succès et influence de la télé-réalité, qui abolit par définition la différence entre la réalité et le spectacle. D’ où le succès de Trump qui en vient.

 

 

 

 Pourquoi c’est dévastateur pour la démocratie

 

 Cela  sape  les fondements même de la politique ( « politique » au sens noble du terme, au sens  originel, la res publica, la chose publique)  L’idée républicaine de politique fondée sur la croyance en l’existence d’un  monde commun,  matérialisé notamment par un espace public,  lieu ou cadre ( au moins symbolique ) de dialogue et de concertation de tous  en vue du bien commun, dans le respect de la vérité. Pas de démocratie sans adhésion de principe  de tous   à cette idée de bien commun, de souci commun de la  justice, c-est-à-dire dans la recherche supposée possible  d’un consensus tant sur un objectif à atteindre que sur le respect de la vérité (toujours construire et contestable, jamais imposée ni  figée). Tout ceci vole en éclat avec la  société de la post-vérité. Cet espace public (res publics) se fragment en en sous-espaces liés à des intérêts particuliers partagés, ce que Rousseau nommait des factions, aujourd’hui les amis sur Facebook (bulles cognitives). Facebook est devenu le premier média aux Etats-Unis.

 

Ce type de sociétés favoris la  la montée de populism/ Le populisme est une réponse fac eux désarroi de tous ceux qui ne savent plus à quel saint se vouer..Bien loin de solliciter réflexion et autocritique sur les dérives de la société du spectacle et les effets pervers du numérique, le populisme s’en empare, amis au profit d’une idéologie qui évacue toute responsabilité des citoyens,

  Dénonçant  les mensonges de la sphère médiatique et politique, le populiste désigne les responsables de l’injustice et de la faillite des  démocrates libérales : « On vous ment, les gouvernements mentent toujours,.. Moyennant quoi, il  ne  faut vous fier qu’à vos sentiments et opinions et convictions immédiates. Le peuple irréprochable, vous , nous sommes irréprochables ».

 

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 12:54

Contrairement  à ce que l'on serait tenté de croire, Rousseau n'est pas du tout "populiste" :

 " Seul un peuple de Dieux serait véritablement susceptible d’un gouvernement démocratique au sens strict. Pour un peuple d’hommes, incapable d’un gouvernement si parfait, la distinction réelle du corps du souverain de celui du gouvernement est une précaution nécessaire, sans quoi l’abus du gouvernement conduirait aussitôt à l’abus du souverain et à la guerre civile. Rousseau permet ainsi de caractériser un concept de populisme[43]. Le populisme est en effet une doctrine qui confond la démocratie comme principe et comme forme de gouvernement : il véhicule l’opinion voulant que le meilleur moyen pour ne pas séparer dans le fonctionnement des institutions ceux qui gouvernent de ceux qui sont gouvernés, et donc de protéger la liberté, c’est de faire gouverner le peuple. Or c’est là au contraire le moyen le plus sûr d’abuser du souverain, de rabaisser les lois qu’on avait élevées au-dessus des hommes et de faire dépendre ces lois du jeu des passions et des intérêts. Trouver une forme de gouvernement qui mette les lois au-dessus de l’homme, c’est donc inséparablement rappeler à la nation qu’elle n’est pas un peuple de dieux capables de se gouverner en assemblée populaire. Mais c’est aussi lui rappeler que ses institutions sont pareilles à celles – démocratie de dieux se sachant devenir un peuple d’hommes faillibles – qu’elle se fût données" 

« Faire parler les Dieux ». De la démocratie impossible au problème de la religion civile chez Rousseau

Christophe Litwin

Cotsen Fellow, Princeton University

 
Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 10:02
La société du spectacle

Comment  et pourquoi le vrai a cessé d'exister 

 

http://www.slate.fr/story/134753/trump-societe-spectacle
Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 11:51
Voici venu le temps des martyrs

 Extrême actualité et acuité  de la lecture et mise en scène de 

 

Polyeucte par Brigitte  Jaques-Wajeman au théâtre des Abbesses 

 

«…  ce que sont toujours les bourreaux et les tyrans– en fin de compte, des personnages humains. Il n'y a que les martyrs pour être sans pitié ni crainte. Croyez moi, le jour du triomphe des martyrs, c'est l'incendie universel » Jcques Lacan, Séminaire, Livre VII 

 

« Les martyrs furent un grand malheur dans l'histoire : il séduisirent » Nietzsche Antéchrist, § 53 

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 13:14

Sur Trump,  émission passionnante, du fait de la qualité des invités... 

 Passons sur le fait que E. Todd délire à plein régime...("La France n'est pas une démocratie.. Aux Etats-Unis la démocratie renait" ...et ainsi de suite..)

( Plus tempéré,  Védrine cite Churchill: "La seule chose qui peut faire désespérer de la démocratie, c'est 5 minutes de discussion avec un électeur moyen"..)

   Par ailleurs, Bernard Guetta et Cynthia Fleury ont douché un petit  peu l'enthousiasme de E. Todd en faveur de Trump...

 Tous le monde se demande si Trump pourrait être destitué..

 Cynhia Fleury parle de mascarade, Guetta d'escroquerie...Trump n'a rien d'un anti-libéral !!!!

Todd que l''empire allemand est bien plus nocif que le phénomène Trump..

 

http://www.france5.fr/emissions/c-politique

 

 

 

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 15:46

 Comment ne pas donner raison à Hannah Arendt sur ce sujet,encore une fois 

 « Il vaut  mieux ne jamais se sentir chez soi nulle part, ne faire vraiment confiance à aucun « peuple », car il peut en un instant se transformer en masse et en instrument aveugle  de morts » Lettre 59 du 30 juin 1947 Correspondance avec Jaspers. 

 

 

 

«  Je n’ai  jamais de ma vie  « aimé »  aucun peuple, aucune collectivité–ni le  peuple allemand et le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni rien de tout cela. J'aime « uniquement » mes amis, et la seule espèce d'amour que je connaisse est en laquelle je crois est l'amour de « personnes ». A Gershom Scholem, Fidélité et utopie.

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 13:37

 Texte Karl Marx 

Le travail aliéné, Karl Marx,

 Manuscrits de 1844

« Par la production pratique d’un monde objectif, le façonnement de la nature non organique, l’homme s’affirme comme un être générique conscient, c’est-à-dire comme un être qui se comporte à l’égard de l’espèce humaine comme il se comporte à l’égard de sa propre essence, ou à l’égard de soi en tant qu’être générique. […]

C’est précisément en façonnant le monde objectif que l’homme s’affirme réellement comme un être générique. Cette production est sa vie générique active. Grace à cette production, la nature apparaît comme son œuvre et sa réalité. L’objet du travail est donc l’objectivation de la vie générique de l’homme, car il ne se dédouble pas lui-même de façon seulement intellectuelle, comme c’est le cas dans la conscience, mais activement, réellement, se contemple dans un monde qu’il a lui-même créé. Ainsi tandis que le travail aliéné arrache à l’homme l’objet de sa production, il lui arrache sa vie générique, sa véritable objectivité générique, et transforme sa supériorité sur l’animal en infériorité, puisque son corps non organique, la nature, lui est dérobé.

De même en dégradant au rang de  moyen l’activité propre, la libre activité, le travail aliéné fait de la vie générique de l’homme le moyen de son existence physique.

Le travail aliéné conduit donc aux résultats suivants :

L’être générique de l’homme, sa nature, aussi bien que ses facultés intellectuelles générique, sont transformés en un être qui lui était étranger, en moyen de son existence individuelle. Le travail aliéné rend l’homme étranger à son propre corps, au monde extérieur aussi bien qu’à son essence spirituelle, à son essence humaine.

L’aliénation de l’homme par rapport à l’homme apparaît comme une conséquence immédiate du fait que l’homme est rendu étranger au produit de son travail, à son activité vitale, à son être générique. L’homme s’oppose à lui-même, il s’oppose aussi à autrui. Ce qui est vrai du rapport de l’homme à son travail, au produit de son travail et à lui-même, est vrai du rapport de l’homme à l’autre ainsi qu’au travail et à l’objet du travail de 

l’autre. » Karl Marx, Manuscrits de 1844, premier manuscrit, Editions Garnier Flammarion, page 108 à 117

 

 Texte Paul Lafargue

Le travail, une « étrange folie »

« Quand, dans notre Europe civilisée, on veut retrouver une trace de beauté native de l’homme, il faut l’aller chercher chez les nations où les préjugés économiques n’ont pas encore déraciné la haine du travail.

[…]

Par contre, quelles sont les races pour qui le travail est une nécessité organique ? Les Auvergnats ; les Écossais, ces Auvergnats des îles britanniques ; les Gallegos, ces Auvergnats de l’Espagne; les Poméraniens, ces Auvergnats de l’Allemagne ; les Chinois, ces Auvergnats de l’Asie. Dans notre société, quelles sont les classes qui aiment le travail pour le travail ? Les paysans propriétaires, les petits bourgeois, les uns courbés sur leurs terres, les autres acoquinés dans leurs boutiques, se remuent comme la taupe dans sa galerie souterraine, et jamais ne se redressent  pour regarder à loisir la nature.

Et cependant, le prolétariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilisées, la classe qui, en s’émancipant, émancipera l’humanité du travail servile, et fera de l’animal humain est un être libre, le prolétariat trahissant ses instincts, méconnaissant sa mission historique, s’est laissé pervertir par le dogme du travail.

[…]

Si, déracinant de son cœur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible, non pour réclamer les Droits de l’homme, qui ne sont que des droits de l’exploitation capitaliste, non pour réclamer le Droit au travail, qui n’est que le droit à la misère, mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la terre, la vieille terre, frémissant d’allégresse, se sentirait bondir en elle un nouvel univers… Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ? »

Le droit à la paresse, Edition Le temps des cerises, 1996, page 81.

 

 

 

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article
14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 12:02
Le revenu universel, une question philosophique

 Pour le revenu universel:  le débat est  philosophique ! 

 

 Hier soir,  à C dans l’air , Yves Calvi a dit « Le revenu universel , c’est un concept » (au sens négatif de ce terme, a-t-il cru bon d’ajouter..)

Je voudrais rebondir  sur cette remarque (avisée) d’ Yves Calvi…

  Le revenu universel, comme l'ont souligné à juste titre également ses invités, ce n'est pas pour demain … mais pour après demain peut-être. Il est vrai que c’est un thème qui ne constitue peut-être pas une urgence absolue dans le cadre de la préparation de la  présidentielle de 2017.

 

Ceci étant posé et acquis, je voudrais revenir sur le débat philosophique.. qui  me semble aujourd’hui  crucial. Non seulement parce qu'il porte sur la question de savoir quelle société nous voulons pour demain - je parle des sociétés avancées,    relativement opulentes mais qui laissent sur le bord du chemin encore une part considérable de nos concitoyens (chômage,  pauvreté, précarité..). L'utopie  du revenu universel   propose d'apporter une réponse partielle  à cette question de l’extrême et croissante inégalité … Moyennant quoi, il se heurte à une  opposition de taille :   l’une venant d’une gauche  qui se réclame du marxisme et qui considère que le travail constitue l'essence de l’homme… tandis qu’une autre tradition, procédant du protestantisme, pose que le travail est une obligation morale, l'homme ne pouvant parvenir à l'estime de soi sans travailler (Kant).

 

 

D’où un second ce débat, plutôt un débat  préliminaire,  puisqu'il constitue un préalable. 

C’est la question de fond : le travail constitue-t-il un propre de l’homme? le propre de l’homme? 

 À cette question on peut répondre en remarquant que le travail peut être un propre de l'homme même pas nécessairement un « propre essentiel ». À ce sujet il faut évoquer  l’ ambiguïté   de Marx qui a dit à la fois que le travail définissait l'homme et en même temps que le travail aliéné  « lui arrachait sa vie générique ». Que faire?
 

 

Le travail est-il l’essence de l’homme?  Je ne le crois pas… je pense que Hannah Arendt a eu raison de souligner que l'homme peut s’accomplir de différentes manières, soit par le travail soit par ce qu'elle nomme l’ « oeuvrer », soit par l’action (dans Condition de l'homme moderne). J’expose  son idée dans le post ci-dessous . Pour sa part,  elle privilégie l’action par rapport au travail et à l’oeuvrer même (activités productives et créatives..).
 L'homme peut-il s’accomplir en dehors du travail? Je le crois, et c'est pourquoi prôner le revenu universel ne doit pas être vu comme  pas un sacrilège parce qu’on est « de gauche » .. A l’appui de cette idée je poste un texte de Lafargue et un texte de Simone Weil. 

 

 Un homme a-t-il le droit de considérer qu’il a mieux à faire que de travailler? Oui si l’on en croit Nietzsche…

 Dernière question qui doit financer le  RU ? Les entreprises et les travailleurs? Non : je ne trouve pas qu'il soit juste que ceux qui travaillent financent  ceux qui ne travaillent pas…C’est la société tout entière qui doit reconnaitre ce droit à un revenu  d’existence, et donc l’assumer,  parce que toute personne qui existe a le droit d'obtenir les moyens d’exister… De plus tout le monde est susceptible d’en bénéficier (si ce n’est pas moi, supposée nantie,  ce seront mes enfants et petits-enfants.. un  revers de fortune est  vite arrivé !).

 J’ajoute que pour moi le RU n’est pas d’abord la possibilité offerte à tous de se tourner les pouces. C’est la chance offerte à tous de choisir son travail,  de se ménager des plages de loisir - comme le souhaitait  Marx - notamment pour se former. Et, surtout de s’accomplir en tant qu'être humain (Arendt) c’est-à-dire de s’insérer dans le monde par la parole et par l’action. Comme le font par exemple les acteurs des associations caritatives, les militants écologiques… 

 

  Vive le RU pour les zadistes de Notre Dame des Landes  et tous les « aidants «  de personnes âgées par exemple… (et pour les parents qui souhaitent  s’occuper davantage de leurs enfants.. tout en écrivant des poèmes)

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
commenter cet article