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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 12:52

Les programmes politiques, un outil dépassé, Le Cercle - Les Echos

Lire aussi le cahpitre "Désuétude du politique" dasn le livre de Michel Puech , Homo sapiens technologicus

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 09:22
Syrie: avant tout une guerre contre le fascisme

 

 

Sur la révolution syrienne, Editions La lenteur, 2017

 

 

«  Il y a une résistance démocratique en Syrie, et personne la soutient »

 

 

 

   Les raisons de ne pas s’intéresser à la guerre qui se déroule en Syrie depuis 2011 ne manquent pas. Les enjeux géopolitiques de ce conflit sont d'une ampleur et d'une complexité telles qu'ils découragent  a priori  toute bonne volonté, même de gauche, même droits-de-l’hommiste… il faut ajouter  que la couverture de la révolution puis de la guerre par la presse occidentale  fut pour le moins intermittente, sinon  partiale : « Rarement soulèvement populaire d'une telle ampleur et d'une telle portée aura été à ce point minimisé, calomnié, recouvert d'un tombereau  de mensonges, d'ordures et de cadavres » (Note des éditeurs). La publication d’un  ouvrage collectif  - Sur la révolution syrienne,  coordonné par les Editions La lenteur -  ne peut passer inaperçue ! Constitué pour l'essentiel de témoignages fournis par des acteurs de terrain – notamment des réfugiés syriens accueillis  dans la région toulousaine - le livre offre une représentation de la révolution qui est tout sauf idéologique. Concrète, vivante, fine et nuancée, l’ approche est inédite. Les  lecteurs les plus avertis,  soucieux en priorité d'intelligibilité et d’impartialité, liront  les mises au point géopolitiques des chercheurs - l’historien  Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-po Paris, Ziad Majeb enseignant  à l'université américaine de Paris - s’ils veulent  se faire une idée des forces en présence depuis que les russes ont inversé le rapport de force militaire; ils pourront lire aussi  les analyses de  Leïla El-Shami  (l’une des fondatrices de Tahir-ICN, un réseau qui tente de relier les mouvements anti autoritaires du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et d’ Europe) et Robin Yassin-Kassad, (auteur de The road to Damascus et co-auteur de Syria Speaks, Art and Culture from the Front- Line, et contributeur régulier du Guardian), qui portent plus particulièrement sur les  perspectives actuelles de la résistance démocratique en Syrie (« Où en est la révolution syrienne» ?).  

  Ce sont toutefois des témoignages épars (sur le rôle des femmes de Daraya par exemple) et des « paroles de  Syriens » rapportant des  expériences singulières, poignantes,   qui retiennent l’attention.  Comme, parmi tant d’ autres, ce récit  de Sabr  :«  Le 15  mars 2011, cinquante  personnes se regroupent devant la mosquée  Amawi (… )  On a quelques slogans du type: : « Dieu-Syrie-Liberté» encore  « Qui se bat contre son peuple est un traître »  (…) Une femme est violemment arrêtée. Moi aussi, je suis arrêté et envoyé  à la section de sécurité. On m’attache les mains  avec des menottes et on me suspend au  plafond par les mains. J'ai gardé des cicatrices de ces heures de torture. Enfin, la première chose qu'on te  fait, on te fait déshabiller, on te met les contacts électriques sur le corps. Et puis ensuite, j'ai passé dix jours dans une sorte de trous de un mètre sur un mètre cinquante ». (…).  « C'est comme un trou dans la terre, une grotte. C'est la torture par l'isolement, dans un espace très confiné » (…) Ou encore de Oula:  « Mon cousin est resté emprisonné pendant plusieurs années de la sorte. Il s’est fait arrêter à neuf ans parce qu’il  distribuait un tract. Il est ressorti à dix-sept  ans ! Tout ça  sans jugement! (« Paroles de Syriens réfugiés en région toulousaine ». (Fin 2015-début 2016 ).

  Avouons-le, il nous est difficile de nous faire une idée du degré d'héroïsme donc il faut faire preuve   pour affronter   la terreur,  la famine, le bombardement, les menaces permanentes sur les enfants, la torture … et  pour néanmoins continuer  le combat.  On doit  tout même  signaler que la révolution syrienne comporte aussi un volet émancipateur : «Avec la libération des villages et des villes, une nouvelle entité est née, dans la révolution, pour remplacer le vide institutionnel : les conseils locaux. Leur finalité était de réorganiser la vie quotidienne et de remettre en marche le service public, sous les bombes ». Ces témoignages indépendants mais concordants nous apprennent  que,  envers et contre tout,  dans des conditions de précarité et de souffrance inouïes, l'action des révolutionnaires a engendré  des structures parallèles destinées à  combler le vide créé par le retrait de l'État, jetant ainsi les bases d'une autre société possible  ( « Où en  est la révolution syrienne? » par Abù Nazem, été 2016). Ce qui est proprement sidérant,  c’est que, dans un tel contexte,  on a pu  observer  une reprise massive des manifestations comme  par exemple au mois de mars 2016 à l'occasion d’une trêve.   Ni  la résignation ni le désespoir n’ont jamais  pris le dessus.

   «  Notre vision du monde, écrivent en introduction  les coordinateurs de l’ouvrage,  est que le soulèvement  de 2011 était pacifique, multi-confessionnel  et  visait l’établissement d'un régime de liberté, au minimum une démocratie représentative  « à l’ occidentale ». Face  à la répression barbare d’Assad et à la création (pour une partie suscitée par ce dernier) d'une autre opposition, jdjihadiste, le mouvement s'est  radicalisé au sens où il a dû recourir à la violence armé pour se défendre (…). Dans le même temps il a été gangrené par des factions et des potentats islamistes,  qui ont pu prendre une telle place avant tout parce qu'ils étaient les seuls à bénéficiers  de financements et d’armements   importants en provenance de l’étranger ». Les acteurs et les témoins du conflit reviennent  à plusieurs reprises dans la suite de l'ouvrage sur les dérives et  les ambiguïtés d'une révolution, devenue une guerre civile, dont  certaines des  parties prenantes dénaturent, voir contredisent diamétralement les objectifs démocratiques initiaux :  « La militarisation du soulèvement, à partir de l'été et de l'automne 2011, a fait qu'il a perdu son organisation horizontale, participative et non sectaire, au profit de luttes entre factions autoritaristes, qui souhaitent imposer leur hégémonie, et refuser aux populations libérées  leur droit à l’autodétermination»  (« Défi à l'État Nation en Syrie », Leïla Al- Shami, printemps 2016). La   situation a évolué tant et  est si bien que Leïla Al-Shami la résume  finalement en ces termes : «La double bataille qui est imposée aux Syriens  consiste à se battre à la fois contre les fascistes assadistes en cravate et les fascistes islamistes barbus ». Les affrontements entre milices kurdes et djihadistes font l’objet d’un chapitre, l’occasion de signaler qu’entre  le régime de Bachar, l’Etat Islamique et les milices de la branche syrienne du PKK, une majorité de  Syriens se refuse aujourd'hui à choisir ( blog « Un oeil sur la Syrie », octobre 2014 ). 

 

    Si  ce conflit est réputé,  non sans quelque raison, extrêmement  « complexe »,  la lecture de cet ouvrage  permet  d'y voir un tout petit peu plus clair.  On retiendra premièrement que,  même si l'Islam est une composante culturelle non négligeable de la vie du peuple  syrien, le  mouvement ne se réduit pas à sa composante islamique  (Sophie Bessis).  Deuxièmement : « C'est le régime Assad avec ses alliés (Hezbollah, milice iranienne, armée russe) responsabilité de l' écrasante majorité des morts civils en Syrie, loin de  loin de Da’ech et  Al-Qaida. Ensuite, et contrairement à ce que l'on serait tenté de penser, la résistance n’a pas encore baissé les bras ( « Nous, citoyens Syriens, on est tous contre Da’ech et  contre les groupes islamistes extrémistes (…) on est optimiste. On lutte pour ça, pour que notre peuple ait sa liberté. Oui, il y a une solution qui va prendre du temps. Mais ça va aller » (« Les agents du régime ont écrit sur les murs: Assad, on brûle le pays»,  entretien avec un habitant de Douma, automne 2015). 

 

 Et nous dans tout cela? Y at-il quelque chose que nous puissions faire? : « Ce qui reste à la portée d'un français, d'un Européen, aujourd'hui, c'est de s'informer sur la réalité syrienne, ce qu'y font les puissances étrangères et les djihadistes ( parfois venu de chez nous) ; se mettre en lien avec les nombreux insurgés syriens réfugiés dans notre (nos) pays et les encourager à s'exprimer publiquement sur leur combat (…); envisager avec nos moyens d’ aider  politiquement  et matériellement « les charpentiers, les paysans, les ingénieurs », les Syriens ordinaires qui continuent de se battre pour un futur meilleur que ce qu'ils connaissaient sous la dictature, avant 2011 »  (Note des éditeurs) .

 

 

 

Laurence Hansen-Löve

   

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 16:10

Véronique Nahoum-Grappe m'autorise à reproduire son texte... accessible aux seuls abonnés 

 

https://blogs.mediapart.fr/veronique-nahoum-grappe/blog/200217/syrie-les-crimes-contre-l-enfance-comme-signe

 

 

Syrie :  Les crimes contre l’enfance comme signe 

   

 

 

 

Au moment où en France  un crime a été  commis contre l’intégrité physique, morale  et sociale d’un jeune homme violé par un policier en uniforme, toute les informations venues de l’espace syrien offrent un comble absolu dans l’usage du sadisme  en politique. 

Depuis 1970, la Syrie est dirigée par deux hommes, Hafez et Bachar el-Assad, le père et le  fils. Depuis plus de  50 ans,  leur régime se caractérise  non seulement par un mépris absolu des droits humains les plus fondamentaux — et donc par le choix politique d’une violence extrême dans la répression d’un peuple perçu comme opposant (les massacres de masse récurrents du père et du fils sont bien documentés, par exemple à Hama en  1982) — mais aussi par un usage ancien des tortures et assassinats à l’encontre de la population carcérale détenue dans ses prisons, de tous âges et sexes. 

La répression sauvage de plus en plus militarisée de la population civile, après les grandes manifestations pacifistes en faveur de la démocratie de 2011, s’est progressivement muée en guerre totale, une guerre de destructions de villages et de sites urbains assortie de massacres ou d’évacuations forcées d’une population civile prise délibérément comme cible (ce qui est aussi bien documenté, comme est avéré l’usage d’armes interdites comme les gaz chimiques). Ainsi, la ville historique d’Alep Est, patrimoine de l’humanité, a subi un siège de plus en plus meurtrier, qui s’est intensifié à partir de juillet jusqu’à décembre 2016 : la chute, la destruction du cœur historique de la  ville historique, assortie de l’évacuation des populations survivantes a frappé le monde. Le style de guerre des bombardiers russes est d’exterminer tout ce qu’il y a en dessous, comme à Grozny (1999-2000), maternité, hôpital,  école.  

 

Particularité d’un style

Il y a donc pour les  futurs juristes  qui viendront quand nous serons tous morts, deux niveaux de criminalité politique d’Etat : le niveau atteint pendant la guerre avec le meurtre délibéré et sauvage de populations  civiles bombardés avec l’ami russe qui  connaît  la musique.  Et le niveau de criminalité politique  de répression normalisé en temps de paix,  et accentué en temps de guerre,  qui concerne la question des prisons et des détenus. Et là, il y a quelques particularités du « style » de ce régime qui apparaissent : les enquêtes  sur la répression  dictatoriale du régime de Bachar  El Assad  montrent non seulement un usage politique  de la cruauté   envers tous les  corps humains, hommes femmes torturés violés, mais aussi l’usage croissant   et normalisé  de tortures d’enfants même tous petits ,  même nourrissons, incarcérés les prisons  d’adultes … Les photographies   de ces horreurs sont  délibérément exhibées par un régime qui produit la terreur à l’intérieur et le mensonge politique obscène pour le monde extérieur.  C’est un fait d’époque, les pires régimes du moment, exploitent la photographie de leurs tortures et crimes  pour reproduire souffrance d’une  scène qui n’a eu lieu physiquement qu’une fois  … 

  En Syrie,  les images de ces horreurs sont envoyées aux parents , elles sont mises en circulation cryptée pour  produire  une   terreur  politique non seulement  chez les opposants  mais dans tout l’espace social syrien, qui se retrouve abimé par ces images d’abominations. Distillées comme formes de répression politique intérieure, elles violent les yeux,  elles massacrent toute lueur de joie,  elles dévastent cette confiance  collective basique vis à vis du soleil,  du lien social : lorsque les résistantes et résistants syriens proclament actuellement :   « ils ne  tueront pas notre joie » , ils disent quelque chose de  très précis  au regard de ce contre quoi ils doivent  lutter.. Et ce  au  pire moment  en face  de la victoire de la force pure, celle de bombardements, confortables du point de vue de l’agresseur qui appuie sur le bouton… Il est tranquille,  il  a mal au  pouce, il ne risque jamais, en face,   une attaque du moindre avion ennemi. 

 Il n’y a pas  de limites ni d’innovation dans les pratiques de cruauté extrêmes qu’un dictateur peut infliger à sa propre population : son programme est d’une infinie répétition comme dans les œuvres de Sade, comme dans les  circuits de films porno-sadiens, destinées     aux malheureux qui vont se masturber dessus.  Mais, dans la  culture de la domination politique, il y a  comme un style propre, qui  est le signe d’un certain fonctionnement d’une part, lié à l’impunité  dans la durée,  et d’une certaine forme de culture d’autre part, fondée sur un système de croyance non clairement conscient. 


Le bourreau tortionnaire d’enfants attend la retraite

    Une impunité inscrite dans une filiation : depuis 50 ans, la répression des Assad, comme unique réponse politique à quiconque redresse le front, est transmise du père au fils.. La longue durée de l’impunité des responsables politiques de ces crimes massifs contre l’humanité inscrit leur perpétration dans une normalité. Leur violence politique extrême devient routine. A force de protéger leurs crimes, les responsables jouissent d’une impunité normalisée qui fonctionne comme un blanchiment de pratiques sales : elle les efface, les aplatit, grâce à ce train-train peinard de leur propre continuation pragmatique  dans la durée quotidienne. Le bourreau-violeur-tortionnaire d’enfant attend la retraite. Et le politique signe et re-signe le perfectionnement systémique des programmes de morts et de souffrances : ici, il commande les photos des personnes torturées, là, il réclame l’incarcération des bébés. Avec le temps, l’impunité produit des effets particuliers : elle est non seulement un grand confort du criminel, qui ment avec cette stupéfiante séduction hypnotique du maître des vivants et des morts, de leur terreur et de leur douleur,  mais en plus, avec son inscription dans la durée, elle fonctionne comme un sédatif progressif. 

  C’est alors qu’advient tout naturellement ce double accroissement des crimes, celui de leur massivité, celui de leur cruauté, jusqu’aux tortures et viols d’enfants tout petits emprisonnés en masse, ce qui est sans doute une de ses innovations. On connaissait les viols systématiques (le nettoyage ethnique en Bosnie en 1992), on savait que les tortures des pouvoirs totalitaires n’épargnent ni femmes, ni vieux, ni bébés, mais les emprisonnements et viols avec tortures systématiques d’enfants, c’est le style de Bachar, sa signature, produite par le vertige d’une impunité inscrite  dans  le temps long de sa filiation.  La diffusion d’images  d’une cruauté insoutenable qui  rend toute conscience, même éloignée du terrain, folle et hagarde, surtout celle de la jeunesse — on connaît  le rôle  de ces images diffusées par l’EI dans le chemin vers la radicalisation de certains jeunes français .  

 

Hérode au XXI e siècle

On savait qu’il y aurait un fascisme-totalitaire du XXIe siècle qui ne ressemblerait pas à celui du milieu du XXe siècle, comme avait écrit Primo Levi. Eh bien, il est là, le régime politique du XXIe siècle qui pue le nazisme auquel il ne ressemble pas. Comment l’appeler ? « L’Etat de barbarie », pour reprendre la formule de Michel Seurat lorsqu’il décrivait en 1980 déjà la manière dont ce système dictatorial  fonctionnait. 

 Mais de quel système de croyance  naît la possibilité  d’un tel franchissement  du tabou anthropologique de la protection collective  de toute petite enfance, fondée sur cette évidence devenue emblématique de son  innocence ? Lorsque l’ennemi est l’autre racial (mi-XX° siècle) « ethnique » (Europe années 90) « culturel, religieux ou national » (XXI°siècle), il se produit une  extension de la haine contre lui, fabriquée culturellement et mise en ébullition par la propagande aussi mensongère qu’obscène et transgressive. Cette haine planante, collective ,  dessine toujours la  silhouette, la figure de l’ennemi :   le ventre  des femmes, l’enfant tout petit qui joue près de sa mère, toute cela c’est l’ennemi qui menace l’avenir de la nation  (comme dans cette rumeur actuelle de  l’extrême droite française qui pense comme un  génocide « blanc » d’un grand remplacement du « peuple français » l’invasion démographique  de l’intrus culturel, ennemi dont les  femmes seraient  trop fécondes…). Femmes et enfants de l’Autre sont alors haïs  et  leur viol, leur torture,  leur massacre sont idéologiquement pensables, donc possibles.  Mais  ce qui est en jeu dans les tortures et massacres délibérés  de la petite enfance comme  aboutissement  de la répression extrême généralisée, et normalisée par l’impunité,  dans les  prisons syriennes est ici autre chose :  au minimum  le signe d’une qualité de haine exceptionnelle de la part du pouvoir dominant familial syrien, de son bloc pétrifié d’absence de pensée, seulement un  abime de panique fossilisée,  celle  d’un Hérode du XXI° siècle , ophtalmologue aveuglé,  panique  que naissent quelque part ceux  qui vont   détrôner son fils ?  

 
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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 18:04
Sur la révolution syrienne

Les chaînes doivent être brisées...

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 10:16
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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 15:07

 

 

 Oui mais voilà…

Le peuple est par excellence un mot piégé.. il désigne des  « réalités »   irréconciliables.

 

    Le « peuple » républicain est  une construction et non une entité naturelle ou historique  : c’est le peuple de Rousseau ou de Cicéron :

« Par peuple, il faut entendre, non tout un assemblage d'hommes groupés en un troupeau d'une manière quelconque, mais un groupe nombreux d'hommes associés les uns aux autres par leur adhésion à une même loi et par une certaine communauté d'intérêt. »

 Il procède, fictivement,  d’un contrat social.  Conçu en ces termes,  il  est l’agrégation  volontaire et consensuelle des individus qui le constituent. Le peuple c’est la TOTALITE des citoyens.

 

     Ce concept rationnel et  élaboré du peuple comporte son pendant négatif et maléfique : le gros animal irascible de Alain (« Ce gros Léviathan, n’est pas du tout civilisé…Tout fragment et même le plus petit morceau de Léviathan frétille comme son père et pense de même  »  Propos sur les pouvoirs, § 123, Folio-essais, p. 317), la « masse ameutée » de Canetti (« Leur pare-mort est l’ennemi, et tout ce qu’ils  ont à faire est de le prévenir. Il faut seulement être assez rapide et ne pas hésiter un seul instant dans sa besogne de mort » (Masse et puissance,  1966, Tel Gallimard, p 75), la « masse »  de Hannah Arendt (« Une société sans classe », in Le système totalitaire, Coll. Points-Seuil)  … 

 Dans sa version positive et fantasmatique, c’est le mythe du peuple-Un (Claude Lefort, L'invention démocratique, les limites de la domination totalitaire,  Éd. Fayard, 1981) et Raoul Girardet, Mythes et mythologies politiques, 1990).  Dans sa version historique,  c’est le parti de ces inadaptés, la « populace » délaissée et désorientée : « qui ne peut s’intégrer dans aucune organisation fondée sur l’intérêt commun » (Arendt, ibid, p32), et  «qui se découvre un formidable appétit d’organisation politique ». Cette « masse atomisée et amorphe » va  se rassembler sous l’égide d’un leader anti-système … Certains mots de Hannah Arendt résonnent plus que jamais aujourd’hui :  «  La fascination naissait non pas de l’habileté de Staline ou de Hitler dans l’art du mensonge, mais du fait qu’ils étaient capable d’organiser les masses en une unité collective qui soutenait leurs mensonges avec une impressionnante magnificence »  (Ibid, p 59). Ce « peuple » là est le fond de commerce  de tous les types de fascisme… Mais le populisme,  ce n’est pas  le fascisme.

    

 

   Le populisme  repose sur  un « concept » de peuple pour  le moins oiseux,  car à géométrie variable. Dans tous les cas,  le « peuple » du populisme,  désigne non pas  la totalité de citoyens mais une fraction du peuple dont on a retranché préalablement toute la part « inassimilable » (par ce qu’impure dans  la variante ethniciste et fascisante du populisme). Chez Trump,  ce sont toutes les « minorités » ( démocrates, citadins éduqués, gays, féministes, musulmans, professionnels médiatiques, militants des droits de l’homme, écologistes  etc..) tant et si bien que le peuple  des électeurs de Trump ne constitue numériquement qu’une minorité de citoyens. 

  Pour un populiste de gauche, le peuple, c’est le peuple sociologique, les travailleurs pauvres, les sans-grade, précaires, chômeurs etc.. (le peuple ethnique n’est plus invoqué ici). Le problème c’est que cette entité (?) est inconsistante, aucune conscience de classe, position dans le processus de production  ni intérêts communs ne la  cimente ni ne la structure…  Elle n’est unifiée que sur un mode purement négatif : le peuple,  comme le dit Michel Onfray, c’est  « l’ensemble de tous ceux  sur qui s’exerce  le pouvoir ».  L’ hostilité aux « élites » et l’aversion pour le « système » réunit  ses membres sans les rassembler sur des valeurs républicaines ou  humanistes  claires et explicites (cf les positions ambiguës  sur Poutine et Trump, des «  élus du peuple », l’hostilité de principe au revenu de base, le rejet de « l’empire allemand »  etc…).  Or un  tel imaginaire, qui reste essentiellement négatif, est foncièrement clivant : le peuple du « dégagisme » (cf Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous, vite ! ») n’est pas vraiment  potentiellement rassembleur de toutes les composantes de la gauche -   un tel slogan vaut aussi bien pour le FN…
    Dans tous les cas, le problème du « peuple " invoqué par tous les populismes,  qu’ils soient de gauche ou de droite, c’est qu’il n’est en aucun cas le peuple républicain (tous les citoyens, électeurs et éligibles) mais seulement une fraction du peuple en lutte contre ses « élites » et  contre un système de représentation faussé (il ne donne pas le pouvoir au « peuple » ) dans les régimes parlementaires.

 

 Le peuple du populisme n’est pas le peuple… mais une partie du peuple,  jugée plus saine et plus authentique que la partie  excommuniée - la « caste » , autrement dit tous ceux qui on partie liée de près ou de loin avec « le système », ce qui peut faire beaucoup de monde..

 

 

 C’est ce « malentendu »  qu’il faut dénoncer (nommer le mal, ici une imposture) sans se laisser intimider par  le fameux argument  non moins  spécieux    que terrorisant: 

 

« Dans populisme, il y a  « peuple »

 

 

http://www.philomag.com/blogs/les-carnets-aleatoires-de-lhl/en-democratie-le-lieu-du-pouvoir-est-vide

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 17:39

"Il ne faut pas mentir. Voilà une évidence du sens commun, à laquelle chacun adhère spontanément, sans même avoir lu Emmanuel Kant, sans avoir même jamais songé à le lire un jour... Et il est vrai qu'il y a bien des raisons, tant esthétiques qu'éthiques, pour condamner le mensonge.

Le mensonge est esthétiquement condamnable

Qui se soucie d'esthétique le sait fort bien, il n'est pas beau de mentir! La franchise, la sincérité sont du côté de la belle droiture, quand le mensonge, la fourberie sont du côté de la courbure, du tordu. L'homme franc est droit, il expose avec une belle netteté son visage, son front. Les mots sortent de sa bouche avec l'impeccabilité, la spontanéité d'un bel accord de do majeur : la loyauté, la spontanéité, la probité, la rectitude ont la beauté d'Apollon. La dissimulation, la fausseté, l'hypocrisie, la sournoiserie sont en revanche laides. Duplicité du menteur : le "di-able" [1] ne fut pas pour rien représenté par un serpent, c'est-à-dire par l'animal à la langue fourchue. Regardez cet enfant tenter ses premiers mensonges... Son regard est fuyant, son corps même se tord sous l'effet du mensonge. Les mots sortent avec peine de sa bouche, tout est en lui biaisé, tordu. Quand il aura développé ses dons de comédien, quand il aura appris à "bien mentir", il jouera alors la franchise, la netteté, exposant son visage et son front avec une excessive et ostentatoire droiture [2]. On pourra dire alors qu'il ment effrontément, de façon éhontée : car tout se passe comme si son front (ce qu'il y a de plus droit en son corps) l'obligeait à la franchise, à la droiture. Et il se sentira inévitablement sale, laid et moche si, d'aventure, on se rend compte qu'il a menti : "Il en rougit, le traître![3] Oui, celui dont le mensonge est découvert, celui qui "perd la face", comme le dit si bien la langue française, mériterait de perdre son front et devrait, au minimum, rougir d'avoir ainsi menti.
   Tout montre que le mensonge, cette désertion de sa propre parole, est esthétiquement condamnable : le menteur est furtif, tordu, dissimulateur, sournois, double, biaisé, laid en somme. Beau est en revanche le sincère [4], celui qui ouvre son coeur avec franchise, c'est-à-dire avec liberté, noblesse, netteté et droiture. Il peut nous regarder droit dans les yeux, il fait bien l'homme, fait bien son métier d'homme.

Le mensonge est éthiquement condamnable

A cette disqualification esthétique du mensonge, Kant substituera une inoubliable disqualification éthique et ce, parce que pour le penseur de Konigsberg, le mal vient de la contradiction [5] et qu'il me suffit en vérité d'être un instant attentif à ce que me murmure ma propre raison et la loi morale qui s'y trouve, pour comprendre que le mensonge est un acte contradictoire, triplement contradictoire.
   D'abord parce que le mensonge est contradiction entre la parole et la pensée, et qu'il ruine l'essence même de la parole qui est la confiance. Tout acte de parole promet la vérité, même - et surtout! - l'acte de parole qui ment et qui peut aller jusqu'à jurer qu'il dit vrai, alors qu'il ment. La société des hommes deviendrait vite infernale, si chacun devait se méfier de chacun. Je fais spontanément confiance au quidam auquel je demande mon chemin, perdu que je suis dans les rues de Metz ou de Bordeaux... Pourquoi ? Parce que tout se passe comme si me liait à lui une sorte de contrat de confiance, contrat antérieur à tous eux que je pourrais un jour signer avec lui, et qui en est la condition de possibilité. Comme disent fort bien les Anglais, je n'aurais de relations humaines avec lui que si je peux supposer qu'il "means what he says", qu'il est présent dans sa parole au moment où il me parle. Mentir, c'est violer l'essence même de la parole, laquelle devrait être le moyen d'expression de la pensée..." Philosophie pour tous, Eric Fiat

http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Eric/mensongeethique.htm
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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 11:42
 

La jalousie

"Il n’est pas facile de comprendre pourquoi, aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire et aussi diverses que soient les sociétés, les hommes ont, semble-t-il, toujours cherché à imposer leur domination sur les femmes. Françoise Héritier, célèbre anthropologue et féministe s’est longtemps intéressée à cette question et a formulé l’hypothèse que la domination des femmes reposait d’abord sur la jalousie des hommes à ne pouvoir eux-mêmes procréer. Dans le deuxième tome de son livre Masculin/Féminin paru en 2002, elle explique:

«Pour se reproduire à l’identique, l’homme est obligé de passer par un corps de femme. Il ne peut le faire par lui-même. C’est cette incapacité qui assoit le destin de l’humanité féminine. […] Cette injustice et ce mystère sont à l’origine de tout le reste, qui est advenu de façon semblable dans les groupes humains depuis l’origine de l’humanité et que nous appelons la “domination masculine”.»

 

 
 
 
 

 

De cette crainte teintée d’envie seraient issues de nombreuses croyances et pratiques dans lesquelles la femme apparaît tout à la fois comme celle qui a le pouvoir d’enfanter, de saigner sans être blessée (et d’y survivre) mais aussi comme un être d’essence maléfique. À ce titre, le sang qui coule de l’utérus, aussi bien pendant les règles qu’après un accouchement, a souvent été considéré comme impur (voir malfaisant) et a donné lieu à des pratiques de bannissement"

 

http://www.slate.fr/story/135683/corps-femmes-mathematiques

 

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 16:20
Utopique, l'écologie, vraiment?

 

 

(Attention : ceci n’est pas un cours mais un billet d’humeur…) 

 

 

 Pour la première fois un candidat du Parti Socialiste place l’écologie au centre de son projet (voir le Monde, ce soir: « Environnement, une fracture majeure » (Hamon contre Valls) et aussi  p.124 :  « Le revenu universel est une réponse intelligente aux nouveaux défis » par Jean-Marc Ferry et aussi  Philippe Von Parijs et Guy Sorman.
   Que nous objecte-t-on ? Que nos propositions sont utopiques  !

Alors que les politiques  (René Dumont, 1974) et les philosophes (Hans Jonas, 1979, entre autres ..) nous alertent depuis quatre  décennies maintenant - en vain, voilà que nous (les écologistes)  nous sommes accusés d’être des rêveurs  !?

  Tandis que la droite arriérée et la  gauche archaïque campent sur ses positions absurdes et dévastatrices, nous voilà mis en accusation. « Alors que la maison brûle, il nous faudrait continuer de détourner le regard ? » (question posée par Chirac dans un moment de rare clairvoyance). Ce sont eux  les utopistes (dans le sens péjoratif de ce terme : irréalistes,  inconscients, irresponsables et dangereux).

Au moment où des clowns et des tyrans sont aux commandes  à l’échelle mondiale, il serait peut-être temps de se ressaisir :  la banquise fond sous nos yeux,  l’on ne peut plus respirer dans les villes,  même les couches des enfants sont cancérigènes,  le monde vivant disparaît,  la révolution numérique détruit les emplois,  des milliers de gens se noient en Méditerranée, il ne faudrait se préoccuper que de croissance et de pouvoir d'achat ? De frontières et de murs? De préservation des voies sur berge  à Paris,  de retour   en France  de l’industrie automobile, sans même parler de la prospérité du  complexe  miltaro-industriel et du nucléaire !!!???

   

Le revenu universel ce n’est pas pour demain. Mais c’est un projet qui s’inscrit dans une perspective vraiment nouvelle, réfléchie, stimulante  et soucieuse des intérêts des générations à venir. Un nouveau monde se dessine sous nos yeux, qui abolit le monde actuel, comme dirait Marx. Tout le contraire d’une utopie car ce monde de travailleurs sans emplois, de personnes déplacées privées de ressources et de patrie, le désastre d’une espèce suicidaire  qui éradique non pas Daech mais ses  animaux sauvages et abandonne  ses "frères inférieurs", les  primates  :  c’est une réalité qui est déjà là et se déploie  à une vitesse vertigineuse sous nos yeux. Les dégâts sont hélas sans doute  irréversibles.  Or tout se tient ! Le vieux monde productiviste, prodigue  et insouciant est derrière nous, la croissance n’est pas la panacée. 


 

 L’observer et le déplorer, c’est donc cela être utopique? 

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 12:58
Sur le prétendu  libéralisme de Trump

 

 

J’aimerais bien que l’on arrête de dire  que Trump est libéral. Premièrement, le libéralisme est une philosophie, ou en tout cas une idéologie adossée à une philosophie. Or Trump n’a ni philosophie ni  même idéologie,  faute de toute pensée articulée.  Il ne s’exprime que par  slogans et diatribes,  ignorant  toute argumentation. Tweeter dispense de raisonner…( raisonner: proposer un projet et une vision du monde plus ou moins cohérents).

 

A part cela la ploutocratie est diamétralement opposée au libéralisme (anti-monopolistique) et le  protectionnisme au libre-échange, quant à son programme économique, il  est plus keynésien que néolibéral..

De toute façon Trump est hors norme…

 

https://www.franceculture.fr/emissions/lesprit-public/la-dynamique-macron-leurope-face-donald-trump (seconde partie)

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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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