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8 janvier 2026 4 08 /01 /janvier /2026 14:27
Le Pouvoir des femmes;. Un défi pour la démocratie

Gilluia Sissa, l’auteure de  cet ouvrage  (Le pouvoir des femmes. Un défi pour la démocratie) , rappelle quels sont les fondements philosophiques, mythologiques et théologiques de la représentation inégalitaire des sexes/genres- masculins et féminins -  depuis 2500 ans en Occident.

Il y a beaucoup de choses que l'on savait   par exemple la consternante position conservatrice  de Rousseau dans Emile.

Mais ce que j'ai appris en  lisant Guiulia Sissa  c'est que les Anciens (notamment  Hérodote, les tragiques grecs,  mais aussi Aristote , avaient  une position beaucoup plus nuancée que les « modernes -  (de Saint-Thomas d’Aquin à Louis  de Jaucourt, auteur de l’entrée  « Femme » de l’Encyclopédie ) sur la question  de l'infériorité « naturelle »,  congénitale des femmes.

 

 

 

Pourquoi les femmes doivent de toute éternité obéir aux hommes

 

Extraits  de Le Pouvoir des femmes

 

« Dans Histoire des animaux, Aristote établit la même corrélation parmi les vivants humains et non humains. Les mâles sont chargés en thumos (fougue). Les femelles sont plus humides, c'est-à-dire plus froides que les mâles donc moins fougueuses et lâches ». p..85

(…)

« Dans le contexte de sa réflexion éthique sur la malakia (mollesse) , Aristote  suit la même ligne de pensée : les femmes (…) sont molles, et elles le sont tout simplement à cause de leur genre, et de la façon dont la femelle diffère du mâle.

. Comme toutes les femelles, à l'exception des ourses  et des panthères, les femmes sont fortes en intelligence et en ruse, mais faible en thumos et andreia  (vertu fougueuse) »

(pp. 110- 111)

 

« Chez Aristote : l'ardeur et l'intellect sont en  proportion inverse. Les femmes, en conclusion,  n'ont pas beaucoup de thumos mais sont bien mieux loties  dans toute une gamme de qualités cognitives : la capacité d'apprendre, le souci intelligent, la mémoire, la vivacité d’esprit  (…)

Or, cette même manière d’argumenter, d'après Aristote,  est celle des personnages de théâtre » (p.17 3)

 

 

 

« Les mots de la pensée tragique, en l'occurrence ceux d’Euripide résonnent ainsi avec la tradition homérique, omniprésente à Athènes.

Dans Les Suppliantes, Jocaste  enseigne à ses deux fils, Etéocle et Polynice  comment mettre en place la rotation entre gouverner et être rgouverné.  Dans Les  Suppliantes, c'est une autre reine mère , Aithra, qui donne à son enfant, le roi Thésée, des cours de droit international. Une théorie du politique se dégage du discours des héroïnes tragique : d'avoir Antigone veux traiter ses deux frères, des fins à égaler, ensuite ses mères, tâche de ramener leurs enfants à la raison. »

p.158.

« C'est comme si les femmes avaient inventé la démocratie » (p.185)

 

 

La femme ne pense pas du tout

L’ère chrétienne constitue une  étonnante régression !

Aristote admettait  la puissance intellectuelle des femmes. Au contraire, le lecteur chrétien d’Aristote  efface les nuances de cette pensée:

 

« À partir de la mollesse chère à Aristote, la pensée chrétienne crée la femme flottante, fluctuante, toujours mobile. Exposée aux affects qui l’entraînent , elle s'égare et ne saurait se concentrer pour réfléchir. Elle est donc foncièrement irrationnelle . La femme ne pense pas du tout. » p . 194

 

« La femme rejoint l'enfant, mais ne grandit jamais » (p. 193)

« C'est la compétence rationnelle des femmes qui se trouve ainsi niée » p.200

« C’est leur irrationalité qui justifie les relations de pouvoir naturelles  et nécessaires au sein de la famille.

Une femme fluctue au gré de ses passions. Il va de soi qu'elle doit être soumise à un  mâle  qui, comme chacun sait, est un être, stable, fiable, fidèle et constant », p.200.

 

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5 octobre 2025 7 05 /10 /octobre /2025 20:05

Sont elles aussi violentes et cruelles que les hommes? 

 

 

Jusqu’à une date récente – quelques décennies –, l’histoire était écrite par des hommes. C’était l’histoire des « grands hommes », l’histoire des grandes conquêtes, des grands empires, des grandes guerres. Parfois, par des concours de circonstances qui faisaient dévier le cours réglé des faits et des événements, des femmes se trouvaient projetées dans l’exercice du pouvoir. Elles se nommaient Messaline, Agrippine, Frédégonde ou Brunehaut. On en tremble encore ! Car, pour jouer ce rôle contre-nature, on ne pouvait bien sûr rencontrer que des dénaturées – intrigantes et criminelles. Les seules qui trouvaient grâce aux yeux des historiens étaient celles qui se conformaient à leur destin de femme en disparaissant de cette scène sur laquelle elles n’avaient rien à faire, si possible au moyen d’une mort violente : Lucrèce, Cléopâtre, Jeanne d’Arc, Marie-Antoinette…

Les travaux des historiennes et des historiens ne véhiculent plus aujourd’hui ce type de sornettes, mais il en reste à l’évidence quelque chose. Ainsi est-il écrit : « Les femmes de pouvoir sont-elles moins violentes que les hommes de pouvoir ? Catherine de Médicis, Elisabeth Ière ou Catherine II ont été parmi les plus violents des personnages politiques. C’est la place au pouvoir qui « libère » le désir et la pratique de la violence et non une affaire de sexe.  » C’est dit ! Mais : bien dit ? Cette assertion, formulée sur le ton de l’évidence, mérite peut-être d’être vérifiée ?

Commençons par la première citée, Catherine de Médicis. Il est vrai qu’existe à son propos une véritable « légende noire ». Étrangère retorse (Florentine, donc machiavélique !), ivre de pouvoir, manipulatrice, responsable de crimes et de massacres innombrables – on la voit, toute de noir vêtue ordonnant d’un geste celui de la Saint-Barthélemy, comme si on y était. (Relisons La Reine Margot !)

Voilà pour le roman. Mais quels sont les faits ?

Catherine de Médicis a vécu soixante-neuf ans (1519-1589). Sa vie peut être découpée en trois grandes périodes :

1. Son enfance. Fille de Laurent II de Médicis, elle est orpheline de père et de mère dès ses premiers jours et vit à Rome ou à Florence sous la protection des papes Léon X puis Clément VII, son oncle et son cousin. À dix ans, elle est confrontée à la violence extrême : les républicains de Florence se révoltent, prennent d’assaut le palais ducal, la violentent et peut-être la violent. Par ailleurs, elle bénéficie d’une excellente éducation.

2. Son mariage avec Henri II. À quatorze ans, elle est mariée avec Henri, second fils du roi de France François Ier, principalement choisie pour sa dot destinée à éponger les dettes du royaume de France. Elle devient reine à vingt-sept ans lorsque son mari succède à François Ier sous le nom d’Henri II. Son « métier » consiste alors essentiellement a fournir de futurs héritiers au trône de France : elle est mère de dix enfants, dont sept survivront. Elle apprécie cette vie de princesse, puis de reine, organise des fêtes, fréquente des artistes, des savants, des astrologues (Nostradamus !), est d’humeur enjouée, bien qu’elle doive supporter la présence des maîtresses du roi, dont la grande favorite Diane de Poitiers. Pas trop rancunière, elle lui demandera après la mort d’Henri II d’aller se faire voir ailleurs qu’à la cour en disposant de sa fortune, sans lui causer plus d’ennuis que ça. Ombre au tableau : il est possible qu’elle ait été contaminée par son mari trop volage par la bactérie treponemia pallidum pallidum, maladie sexuelle qui se transmet à l’embryon sous la forme d’une syphilis héréditaire, ce qui pourrait expliquer la santé fragile de ses enfants. À noter qu’elle ne fut pas enceinte durant ses dix premières années de mariage et fut à deux doigts d’être répudiée pour infertilité, jusqu’à ce que les médecins découvrent que l’époux avaient le membre recourbé, ce qui empêchait l’acte d’être fécond. Le remède préconisé, à savoir la position en levrette, eut, comme on peut le constater, les meilleurs résultats. Mais ces précisions sont-elles bien dans le sujet ?

3. La reine-mère. Henri II meurt lorsqu’elle a quarante ans. Elle portera son deuil pendant le reste de sa vie (d’où ses habits noirs) et devient reine-mère, mère de trois rois qui vont se succéder sans avoir d’héritier : François II (roi de 1559 à 1560), Charles IX (de 1560 à 1574), Henri III (de 1574 à 1589).  Durant ces trente années, son rôle à la tête de l’État est prépondérant, soit parce que ces rois sont trop jeunes pour régner, soit parce qu’ils tiennent à avoir leur mère auprès d’eux.

Cette période est celle des sanglantes « guerres de religion », guerres atroces, religieuses et politiques, entre clans de grands féodaux, foules fanatisées, troupes de mercenaires et puissances étrangères. Rappelons qu’elles furent huit, de 1562 à 1598, que Catherine de Médicis fut confrontée à toutes et qu’elle mourut sans avoir vu la fin de la dernière. Ce fut une tempête de cruauté, de barbarie, de brutalité sans retenue. Le parti catholique, la Ligue, les Guise, les Montmorency, le pape et l’Espagne avaient pour but l’éradication du protestantisme et, s’il fallait exterminer, on exterminait. Le parti huguenot, les Condé, les Châtillon, puis les Bourbons, les reîtres allemands et l’Angleterre visaient à conquérir le plus grand nombre de positions politiques et territoriales et, quand il fallait le faire en bataillant, on bataillait. À quoi s’ajoutèrent les complots du duc d’Alençon, dernier fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, qui voulait être roi à la place du roi. Tous ces clans s’entretuaient en poursuivant, chacun pour leur part, un objectif similaire : soumettre le pouvoir royal. Faire du roi leur fantoche était pour chacun d’eux la condition de leur propre victoire.

Très logiquement, l’objectif de Catherine de Médicis était exactement inverse. Sans entrer dans le récit de chaque péripétie, massacre, assassinat, alliance et renversement d’alliance, on peut le repérer clairement au travers de chacune de ses initiatives tant il fut constant : il s’agissait de dégager le royaume de l’emprise des « grands » et de préserver l’autorité du roi. C’est sous le « règne » de Catherine de Médicis, en effet, que s’imposa peu à peu la conception d’une monarchie investie d’une autorité souveraine (ce qu’on nommera plus tard la « monarchie absolue »), seule capable de garantir la paix civile  menacée par les logiques confessionnelles et les appétits des grandes familles aristocratiques. (Conception du parti des « politiques » formulée et théorisée par Michel de l’Hospital, qui fut son conseiller avant d’être écarté sous la pression du parti catholique, puis par Jean Bodin, qui était du camp du duc d’Alençon cité plus haut.) La guerre était l’arme de ceux qui voulaient que le roi fût à leur botte ; la paix était le seul moyen pour le pouvoir royal de s’affirmer. Très souvent trop faible, le roi dut parfois plier et s’engager du côté du parti le plus fort ; mais, dès que s’offrait la possibilité d’une conciliation,  dès qu’un accord de paix (toujours fragile, toujours rompue) pouvait être conclu, on trouvait Catherine de Médicis. On citera notamment l’édit de janvier 1562 et celui de 1576 qui instauraient la liberté de culte.

Et la Saint-Barthélemy ? Sa responsabilité dans cette horreur est aujourd’hui discutée parmi les historiens. On ignore en effet aujourd’hui si elle a pris part ou non à la décision de faire assassiner le chef des protestants, Gaspard de Coligny, par les hommes du duc de Guise. On sait,  en tout cas, qu’elle et son fils, le roi Charles IX, ont tenté d’arrêter le carnage qui s’en est suivi et s’est étendu à plusieurs villes de France. Cette série de massacres renforça en effet considérablement le parti catholique, ce qui n’était pas leur intérêt. Quant à l’assassinat du duc de Guise sur l’ordre d’Henri III, on sait aujourd’hui qu’elle n’en avait pas été informée, qu’elle le tint pour une grave faute politique qui affaiblirait le roi (en quoi elle n’avait pas tort, comme la suite le prouvera) et qu’elle mourut d’une pleurésie quelques jours plus tard en étant fort mécontente de cette bêtise.

Peut-être le verdict du « tribunal de l’histoire », si celui-ci avait la fibre républicaine et démocratique, serait-il plus favorable aux « monarchomaques », ces héritiers de La Boétie  qu’on rencontrait dans les deux camps et qui opposaient l’autorité du peuple à toute version tyrannique de la royauté, qu’à Catherine de Médicis, qui fit tant pour la monarchie absolue ?… Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il n’en ferait pas « un des personnages les plus violents de l’histoire ». De plus violents qu’elle, on en trouvera une ribambelle à son époque !

Au demeurant, son goût et ses choix intellectuels ne la portaient pas précisément à la violence. Elle était en effet néoplatonicienne médicéenne, cette école philosophique de Florence, à laquelle appartint par exemple Pic de la Mirandole, qui tenta de concilier christianisme et platonisme, notamment au travers des arts et de l’élévation du Beau jusqu’au Bien. On y verra peut-être une relation avec le fait qu’elle fut un des grands mécènes de son temps. Elle fit construire le château des Tuileries et rénova celui de Chenonceau. Elle fit venir à la cour des peintres, des poètes, des musiciens qu’elle pensionna. Elle protégea Montaigne et Ronsard. Elle eut même l’idée – ingénieuse ! – de s’entourer de jolies femmes pour ramollir le cœur des spadassins qui venaient la rencontrer et les convaincre ainsi que la paix vaut mieux que la guerre… Les historiens s’accordent aujourd’hui à considérer que l’édit de Nantes d’Henri IV s’inscrivit en continuation de la politique de Catherine de Médicis.

On sera plus bref pour les deux autres souveraines, « monstres de violence » présumées, afin de ne pas lasser le lecteur.

Elisabeth Ière d’Angleterre, donc. Il s’agit de la fille du roi Henry VIII et de sa deuxième femme, Anne Boleyn. Privée de sa mère, exécutée sur ordre de son père alors qu’elle a moins de trois ans, Elisabeth est violée à plusieurs reprises à quatorze ans par le nouveau mari de Catherine Parr, dernière épouse d’Henry VIII, qui l’a recueillie. Son demi-frère le roi Édouard VI décède lorsqu’elle a vingt ans, sa demi-sœur Marie Ière, catholique fervente, lui succède et meurt à son tour après l’avoir emprisonnée parce qu’elle était protestante. Elisabeth devient reine à vingt-cinq ans. Son règne durera près de quarante-cinq ans.

 Fut-il particulièrement « violent » ? Ce n’est pas ce que la postérité aura le plus souvent retenu. On a parlé à son propos d’« Âge d’or » en citant par exemple la victoire contre l’Invincible Armada, les exploits du corsaire Francis Drake contre les galions espagnols ou le fameux « théâtre élisabéthain » de Marlowe et Shakespeare. Les historiens ont depuis lors émis un jugement plus critique. On ne peut pas, par exemple, passer par pertes et profits les massacres épouvantables commis par ses armées contre les Irlandais catholiques, ou encore oublier que les dernières années de son règne furent marquées par une crise économique profonde.

Peut-on, au travers de ses décisions (on comprend qu’elles furent nombreuses durant cette période de quarante-cinq années), repérer une logique politique ? Assurément. Elisabeth Ière s’identifia au projet qui était le sien : assurer la paix civile et l’indépendance du Royaume en établissant une Église elle-même indépendante (« anglicane ») qui concilie les rites et les dogmes des catholiques et des protestants. Cela n’alla pas sans mal. Le pape l’excommunia et appela les catholiques à la destituer, L’Espagne lui fit la guerre, les luthériens et les calvinistes refusèrent ce culte trop « papiste »… On a indiqué qu’on n’entrerait pas dans les détails ; on se contentera donc de constater qu’Elisabeth assuma les conséquences de son choix tout en prônant une modération, certes relative. Elle eut des accents churchilliens pour appeler l’Angleterre à résister, mais elle donna toujours l’impression que les guerres lui étaient imposées, ne manqua pas une occasion de dire qu’elle ne contrôlait pas toujours ses généraux, se démarqua de l’expédition anglaise aux Pays-Bas, tint à faire savoir qu’elle n’avait pas donné l’ordre de la décapitation de Marie Stuart… On peut penser que le commerce et la diplomatie lui paraissaient davantage d’avenir que les solutions de force, comme ses mains tendues à l’Empire ottoman, au Maroc ou à la Russie en témoignent.

 « Je préférerais être mendiante et célibataire que reine et mariée », dit-elle un jour. C’était peut-être le fond de sa pensée. Peut-on y voir la marque des viols perpétrés par son beau-père à l’adolescence ? – elle ne se maria jamais et fit de son état une vertu au point de se nommer elle-même la « reine vierge ».

 Bref, pas toutes les qualités, Elisabeth Ière. Sévère, froide, névrosée. Mais la classer parmi « les plus violents des personnages politiques » – ce serait injuste.

On saute deux siècles et on arrive à la dernière citée, Catherine II de Russie (1729-1796). Un drôle de numéro, celle-ci ! Née Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbs, de moyenne noblesse allemande, elle est sélectionnée par l’impératrice Élisabeth Ière de Russie pour épouser celui qui lui succédera, le futur Pierre III. Elle apprend le russe, est baptisée par l’église orthodoxe, prend le prénom de Catherine, est mariée à quinze ans, mère d’un garçon (le futur tsar Paul Ier) à vingt-cinq.

 Pierre III devient empereur lorsqu’elle a trente-trois ans. Mais il ne fait pas l’affaire. Fils d’un père allemand et d’une mère russe (la fille de Pierre le Grand), il garde trop de sympathie pour la Prusse. Les nobles russes sont mécontents. Ils voient en Catherine une issue possible – qu’à cela ne tienne, elle a l’âme aventureuse ! En à peine huit mois, l’affaire est conclue, son mari est renversé puis exécuté (on ignore si elle en a donné l’ordre), et la voilà impératrice de toutes les Russies.

 Elle règne pendant trente-quatre années, pendant lesquelles elle utilise tous les leviers de pouvoir à sa disposition (ils sont considérables : elle est une monarque absolue) pour parvenir à faire de la Russie une très grande puissance en étendant son empire et en modernisant sa société et son économie. Elle est ainsi – après et avant d’autres… – un des fers de lance de l’impérialisme russe : c’est sous son règne que la Crimée est annexée et que la Pologne est démembrée, jusqu’à disparaître pour être découpée entre la Prusse et la Russie. Elle décide plusieurs réformes institutionnelles et économiques qui visent à développer l’agriculture chroniquement archaïque et l’industrie naissante ; mais le capitalisme pèsera trop peu face à la grande propriété foncière et au servage qui enkystaient l’économie, et les nobles s’enrichiront encore. Enfin, conquise par les Lumières, lectrice de Montesquieu, de Bayle, de L’Encyclopédie, elle nourrit l’ambition de faire de la Cour de Saint-Pétersbourg le rendez-vous des plus grands esprits du temps, institua les écoles publiques dans les villes, fonda l’Académie russe des Beaux-Arts, entretint une correspondance avec Diderot et Voltaire, qui voyait en elle une « monarque éclairée » ; mais il ne fut jamais question que cet engouement nourrisse quelque réforme politique qui aurait ébréché l’absolutisme. La Révolution française lui fit horreur (les droits de l’homme ? Et quoi encore !).

Elle n’aimait pas beaucoup son fils, le futur Paul Ier, qui le lui rendait bien et reportait son affection sur son père disparu, l’empereur Pierre III qu’elle avait destitué. Lequel Pierre n’était pas son père, car, soit qu’il était impuissant, soit qu’il était atteint d’un phimosis, il était défaillant. La jeune Catherine s’ouvrit de son infortune à l’impératrice Elisabeth Ière, qui lui conseilla de prendre un amant afin de donner un héritier à la Couronne. C’est ainsi que naquit le petit Paul, qui ne sut pas qu’il était le fils du diplomate Sergei Saltykov. Catherine eut plusieurs autres amants, puis, devenue impératrice, en eut de nombreux, qu’elle remercia puis congédia en les comblant d’honneurs et de présents. Ceux qui étaient repérés pour remplir cette fonction devaient auparavant passer un examen médical puis un autre, avec une proche de l’impératrice, pour tester leurs capacités sexuelles. Elle était ainsi assurée de toucher un partenaire qui lui donnerait satisfaction.

Catherine II fut donc indéniablement une femme de caractère, autoritaire, ambitieuse, autocratique et libre de mœurs. Fut-elle pour autant « un des personnages les plus violents de l’histoire » ? Non, elle non plus.

 *

L’absolutisme, le pouvoir concentré entre les mains d’un ou d’une seule est par soi-même un abus de pouvoir ; la violence, puisque la soumission de tous ne peut être imposée en dernier recours que par la force, lui est consubstantielle, et elle est décuplée en temps de guerre, civile ou extérieure. Les trois souveraines citées ont exercé ce pouvoir dans de telles conditions ; on trouvera donc de la violence perpétrée sous leurs règnes. Moins, autant, davantage que sous ceux de leurs homologues masculins ? Catherine de Médicis avait face à elle Philippe II, roi d’Espagne, qui a aussi sa « légende noire », enchaîna guerre sur guerre et favorisa l’Inquisition à qui il confia le soin de condamner à mort son propre fils à qui il avait chipé sa fiancée (une des filles de Catherine). Elisabeth Ière fut vraiment une reine laxiste et clémente, comparée à son père Henry VIII, féminicide multirécidiviste. Catherine II, cela a été indiqué, n’appréciait pas son fils, mais elle n’alla pas jusqu’à le faire tuer, au contraire de ses prédécesseurs, Ivan le Terrible et Pierre le Grand. « C’est la place au pouvoir qui « libère » le désir et la pratique de la violence et non une affaire de sexe » ? En l’occurrence, la comparaison entre les exemples féminins sollicités et des monarques masculins ayant exercé le pouvoir dans des conditions équivalentes semble attester que le « désir de violence » fut davantage « libéré » chez les hommes que chez les femmes. Cela, non pas pour une « affaire de sexe », si on entend par ce vocabulaire suranné que le « beau sexe » serait « par nature » voué à la douceur et le mâle à la force virile, mais plus simplement parce que tout contribuait (contribue) à ce que le désir de violence, et plus généralement l’attrait pour la puissance et le pouvoir, fût (soit) encouragé et cultivé chez l’homme et réfréné chez la femme. Au contraire des fils de roi et d’empereur (quand leur père voulait bien leur laisser la vie…) préparés dès leur plus jeune âge à leur destin de demi-dieu, aucune des trois souveraines citées n’avait été programmé dans son enfance et sa jeunesse pour jouer le rôle historique qui fut le leur. De surcroît, chacune d’elles dut affronter des épreuves propres à sa condition féminine : violence et peut-être viol dans l’enfance, inceste à l’adolescence, mariages contraints à quinze ans, injonction d’enfanter... Ajoutons que toutes les trois avaient bénéficié d’une éducation qui les avait fait accéder à une culture étendue, ce qui leur avait évité de devenir des brutes épaisses comme la plupart des « grands » de leur époque. Par exemple, Catherine de Médicis était moins transportée que son mari Henri II par l’extrême amusement de rompre des lances, ce qui lui évita de mourir stupidement comme lui lors d’une joute.

 À tout prendre, donc, s’il faut être gouverné par un tyran, mieux vaut qu’il soit une femme qu’un homme. Le mieux, évidemment, étant de se débarrasser de la tyrannie.

 Il reste une question. Pourquoi l’affirmation que le pouvoir rend les femmes aussi despotiques que les hommes et souvent plus cruelles fut-elle longtemps aussi banale, et se rencontre même encore aujourd’hui ? L’histoire, a-t-on rappelé, a longtemps été écrite par les hommes. Mais les historiens n’ont pas inventé cette idée, qui était largement partagée. C’est par leurs contemporains que les trois souveraines citées ont été la cible d’attaques très virulentes parce qu’elles étaient femmes. Elisabeth Ière n’avait pas d’amant, on la soupçonna d’être un homme travesti ; Catherine II en eut beaucoup, on la traita de débauchée ; et la légende noire de Catherine de Médicis commença à être contée de son vivant.

Une fois de plus, le cas de cette dernière mérite qu’on s’y arrête.

Lorsqu’elle accède aux plus hautes responsabilités de l’État, en 1559, elle est loin d’être une exception en Europe. Marguerite d’Autriche, après avoir dirigé de fait le duché de Savoie, avait été « gouvernante » des Pays-Bas pendant vingt-trois ans. Marie Stuart, qui avait été l’épouse de son fils François II, est reine d’Ecosse. Marie Ière est reine d’Angleterre et Elisabeth Ière lui succédera. Jeanne d’Albret est reine de Navarre en coresponsabilité avec son époux. Elle n’est pas non plus une exception en France. Anne de Beaujeu, à la fin du siècle précédent, avait été deux fois régente du royaume. Puis Anne de Bretagne, deux fois reine de France tout en demeurant duchesse souveraine de Bretagne. Régente deux fois également, la mère de François Ier, Louise de Savoie. À qui il faut ajouter Jeanne d’Albret, Renée de France et Marguerite de France aux rôles politiques majeurs, ou encore la dame d’honneur de Catherine de Médicis, Catherine de Clermont, figure de la vie intellectuelle de son temps

Cette place des femmes au plus haut niveau du pouvoir n’allait pas de soi. On n’apprendra rien à personne en rappelant que leur statut dans la société était celui de l’infériorité et de la subordination vis-à-vis des hommes. La femme est soumise, par la force s’il le faut, au rôle qui lui est assigné : épouse, mère, objet sexuel. Dans les familles de la noblesse, elle est mariée, sans qu’on lui demande son avis et souvent avant d’être nubile, dans une visée patrimoniale : dot et alliance avec une autre famille. Or, paradoxalement, dans les conditions du droit féodal, c’est précisément ce statut qui peut lui permettre en certaines circonstances d’accéder à l’exercice du pouvoir. Le « seigneur », en effet, est le maître de son domaine, c’est son patrimoine, il lui appartient et cette propriété se transmet par la voie du lignage. À la mort du père, la transmission du domaine s’effectue donc, logiquement, vers le fils aîné. Ou vers le premier fils s’il y a des sœurs aînées. Et s’il n’y a que des filles pour héritières ? En Angleterre (Marie et Elisabeth) ou en Bretagne (Anne), les filles héritent du domaine, en l’occurrence du royaume ou du duché, et deviennent donc reines ou duchesse souveraines. Comme on le sait, ce n’est pas le cas en France, depuis qu’en 1316, après la mort du roi Louis X, sa fille avait été évincée par son oncle, le frère du roi défunt, et que cet événement a été institutionnalisé sous le nom de « loi salique ». Les filles de roi n’héritent pas du royaume, donc. Mais en droit seigneurial, le rôle de l’épouse du seigneur est de diriger le domaine en l’absence de son mari ; et de la veuve de veiller à sa transmission en le  gérant tant que les héritiers ses fils sont mineurs. C’est donc par ce principe que les reines de France (épouses des rois) exercent la régence, c’est-à-dire le pouvoir du roi empêché ou décédé.

Ce hiatus entre la capacité avérée des femmes à gouverner et leur statut de créatures inférieures (ou, à  l’inverse, le scandale que constitue leur accès au pouvoir alors qu’elles sont par nature incapables de se gouverner elle-même) ne peut manquer d’interroger. D’autant plus que l’époque (l’époque moderne, pour reprendre le vocabulaire des historiens, qui s’extirpe progressivement du Moyen Âge à la charnière des XVe et XVIe siècles) est à la remise en question et à  l’innovation en tous domaines : religieux, politique,  économique, social, militaire, culturel, artistique, philosophique… S’ouvre ainsi le débat sur la légitimité de la soumission des femmes, qu’on nommera la « querelle des femmes » (car les femmes qui réclament la reconnaissance de leurs droits sont nécessairement « querelleuses »…). Dès 1405, Christine de Pisan avait écrit La Cité des femmes. Le juriste André Tiraqueau relance le débat en 1513 avec son traité Des lois du mariage qui prône la totale soumission de la femme à l’homme dans le mariage. Ce que contestent Amaury Bouchard dans son Apologie du sexe féminin en 1522 et  Cornelius Agrippa dans De la supériorité des femmes en 1509, publié en 1529. Ces ouvrages sont à l’époque de grande notoriété et chacun reconnaît dans Le Tiers Livre de Rabelais de 1547 Agrippa ridiculisé sous les traits du mage Her Trippa et Tiraqueau, ami de l’auteur, déclarer par la voix du bon maître Rondibilis : « Quand je dis femme, je dis un sexe tant fragile, tant variable, tant muable, tant inconstant et imparfait que Nature me semble (parlant en tout honneur et révérence) s’être égarée de ce bon sens par lequel elle avait créé et formé toutes choses quand elle a bâti la femme. Et, y ayant pensé cent et cinq cents fois, je ne sais à quoi m’en résoudre sinon que, forgeant la femme, elle a eu égard à la sociale délectation de l’homme et à la perpétuité de l’espèce humaine plus qu’à la perfection de l’individuelle mulièbrité (féminité) »…

Les chiens, aboient la caravane passe… Quoi qu’en disent et répètent les tenants de la bien-pensance misogyne, les femmes investissent la scène de la connaissance et de la création. Marguerite de Navarre publie l’Heptaméron (1558), qui reste un des grands romans de la littérature française. Louise Labé (Œuvres, 1555), en contrepoint à Plutarque, du Bellay ou Ronsard, fait s’exprimer le sujet féminin dans la poésie amoureuse. Catherine des Roches annonce le féminisme dans À maquenouille (1579). Plus tard, Marie de Gournay, « fille d’alliance » de Montaigne et éditrice de la troisième édition de ses Essais écrira Égalité des hommes et des femmes et Grief des dames.

 Ce débat va bien sûr toucher la politique. La régence de Catherine de Médicis, a-t-il été noté, prépare un changement de gouvernance du royaume : la transformation du roi suzerain des « grands » en roi monarque absolu de ses sujets, membres de l’aristocratie ou du tiers-état ; du roi seigneur du domaine royal et de ses vassaux en roi souverain de l’État qu’est le royaume de France. Dès lors, le droit seigneurial doit être dépassé. La « dame » épouse du seigneur est associée à la gestion du domaine ; mais la souveraineté, elle, ne se partage pas ; le roi en est le seul dépositaire et son épouse, la reine, n’en possède pas de parts. Il est vrai que, par la force de la tradition, il y aura au XVIIe siècle deux régences exercées par des veuves de rois défunts, Marie de Médicis et Anne d’Autriche. Mais ce statut de reines mères exerçant le pouvoir au nom de leurs fils respectifs, Louis XIII et Louis XIV, est une survivance – qui sera d’ailleurs mal acceptée. La première aura elle aussi sa « légende noire » et sera chassée par son fils, la seconde devra affronter la Fronde. La régence de Louis XV sera confiée au duc d’Orléans.

Il est éclairant d’observer le traitement différent qui réservé aux femmes qui entourent le roi. Les reines, épousées pour des raisons d’alliances avec d’autres cours, voient leur rôle limité à l’enfantement d’héritiers. Mais les maîtresses du roi qui accèdent au statut de favorites peuvent avoir une influence importante, y compris politiques. On connaît Catherine de Médicis, Marie de Médicis et Anne d’Autriche parce qu’elles ont gouverné le pays après la mort de leurs maris respectifs, Henri II, Henri IV et Louis XIII, mais aurait-on retenu leurs noms si elles avaient été seulement leurs épouses ? Qui peut citer (sauf à bien connaître cette période) les reines Marie-Thérèse d’Autriche et Marie Leszczinska, femmes de Louis XIV et de Louis XV ? En revanche, les noms des maîtresses des uns et des autres sont restés dans les mémoires : la Belle Ferronnière, Diane de Poitiers, Gabrielle d’Estrées, les marquises de Montespan, de Maintenon, de Pompadour et la comtesse du Barry... La femme du roi est un instrument qui lui est fourni pour lui permettre d’accomplir un des devoirs attachés à sa fonction, qui est d’assurer sa descendance mâle. (Si cet instrument est défectueux, il est possible de le répudier et d’en obtenir un autre plus performant.) La favorite est une conquête, elle est pour le souverain la preuve de sa puissance et, puisque toute autorité émane de lui, elle-même, auréolée par ce choix, acquiert une autorité et une influence de premier plan. Plus le souverain multiplie ces conquêtes, plus sa vigueur ajoute à sa gloire ; à l’inverse, que le moindre soupçon d’adultère (donc de possibilité de naissance de fils illégitime) frôle la reine et c’en est fait pour elle. Les pamphlets qui viseront Louis XVI et Marie-Antoinette (lui, impuissant et imbécile ; elle, dépravée et intrigante) illustreront a contrario cette façon de voir.

En France, donc, le régime de monarchie absolue va être l’occasion pour la domination masculine, qui se perpétuait depuis l’Antiquité sous le modèle de la famille patriarcale, de s’affirmer encore davantage en excluant en toute circonstance  les femmes de l’accès au pouvoir. À cette fin, on va donner à cette exclusion une solide base théorique, voire philosophique. Jean Bodin, le théoricien du nouveau « bon gouvernement », écrit ainsi en 1576 : «  La gynécocratie est droitement contre les lois de Nature, qui a donné aux hommes la force, la prudence, les armes, le commandement, et l’a ôté aux femmes ; et la loi de Dieu a disertement ordonné que la femme fût sujette à l’homme, non seulement au gouvernement des royaumes et empires, (mais) aussi en la famille de chacun en particulier. »

« Loi de Nature, loi de Dieu »… C’est en puisant dans des arguments tirés de la démonologie que Bodin et les siens vont « prouver » le caractère par essence néfaste et pervers de l’accès des femmes à la décision et au pouvoir politiques. Les femmes sont les descendantes d’Eve, séduite par Satan et devenue son alliée pour provoquer la chute de l’homme ; leur désir de s’ingérer dans les affaires relevant du pouvoir de l’homme participe de la sorcellerie. (Pas de caricature dans cette assertion : « Jeanne la bonne Lorraine qu’Anglais brulèrent à Rouen » ne fut pas la seule « femme politique » à connaître ce sort ; près de deux siècles après elle, en 1617, après la disgrâce de Marie de Médicis, son ami est confidente Leonora Galigaï sera jugée pour sorcellerie, décapitée et son corps jeté au bûcher.)

 Durant les décennies et les siècles qui ont suivi, les arguments qui visaient à légitimer l’interdiction de l’accès des femmes aux responsabilités politiques n’ont pas toujours été aussi « incandescents », mais, reprise à l’époque des Lumières, puis à la Révolution française, puis sous l’Empire, puis tout au long du XIXe siècle et une bonne partie du XXe, l’idée que, par nature, les femmes étaient faites pour s’occuper de leurs fourneaux et en aucun cas des affaires de l’État est devenue de l’ordre du sens commun. L’expérience historique ne prouvait-elle pas que, lorsque par malheur elles avaient été hissées au sommet du pouvoir, elles avaient pris place parmi les personnages les plus violents de l’histoire ? Voyez Catherine de Médicis ! Voyez Elisabeth Ière ! Voyez Catherine II de Russie !

 Merci JF Gau 

 

 

 

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27 novembre 2024 3 27 /11 /novembre /2024 11:06
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30 septembre 2024 1 30 /09 /septembre /2024 13:24

Section À la une

 

 

 

https://www.metamorphosepodcast.com/.../ce-que-la...

Ce que la philo doit aux femmes, avec la docteure en philosophie Laurence Devillairs #527

Saison 6, épisode 527

Par Anne Ghesquière avec Laurence Devillairs : philo / femmes philosophes / histoire écoféminisme / essentialisme / philosophie / féminisme / MeToo /

[METAMORPHOSE PODCAST] Anne Ghesquière reçoit Laurence Devillairs, normalienne, agrégée et docteur en philosophie. Ensemble, elles explorent "Ce que la philosophie doit aux femmes". Les femmes sont-elles des philosophes comme les autres ? Connaissez-vous Gabrielle Suchon ou Elisabeth de Bohême ? Ce sont les noms de femmes philosophes qui n'ont rien à envier à Descartes ou Spinoza. Pourtant, elles restent encore très méconnues. Laurence Devillairs a co-dirigé, avec Laurence Hansen-Løve, Ce que la philosophie doit aux femmes aux éditions Robert Laffont, une histoire de la philosophie dans laquelle les contributrices mettent en avant les femmes qui ont contribué à l’évolution de la pensée humaine : Hypatie, Ban Zhao, Rosa Luxemburg, Olympe de Gouges, Jeanne Hersh, Simone de Beauvoir, Mary Wollstonecraft, Isabelle Stengers, Rachel Carson, entre autres. Parcourons l'histoire de la philosophie à la recherche de ces femmes qui ont participé à l'écrire et redonnons-leur toute leur place dans l'histoire des idées. Passionnant ! Épisode #527

Avant-propos et précautions à l'écoute du podcast

Recevez un mercredi sur deux l’inspirante newsletter Métamorphose par Anne Ghesquière

 

Quelques citations avec Laurence Devillairs :

"Il n'y a pas une pensée féminine, il y a de la pensée."

"Comment parler de ces philosophes sans les réduire à leur féminité, mais sans non plus occulter leur féminité."

"Je crois que MeToo a permis, permet et permettra de repenser la justice et donc l'injustice."

Thèmes abordés lors du podcast avec Laurence Devillairs :

00:00 Introduction

04:12 Pourquoi les femmes sont-elles les grandes oubliées de la philosophie ?

09:42 Est-ce qu'être une femme impacte la façon de penser ?

17:23 L'Histoire de la philosophie reflète-t-elle réellement l'Histoire ?

21:37 Quelle place était accordée aux femmes dans la cité antique ?

26:05 Qu'est-ce que la philo ? Qui peut être reconnu comme philosophe ?

29:48 La philosophie comme manière de vivre : l'incroyable Gabrielle Suchon au 17e

37:33 Elisabeth de Bohême, bien plus qu'une simple correspondante de Descartes.

48:55 Quel apport des femmes mystiques au Moyen-âge sur notre façon de penser l'amour ?

58:44 L'injustice institutionnelle dénoncée par Catherine McKinnon au 20e s.

01:01:49 Le corps : un enjeu de la pensée pour les femmes philosophes d'aujourd'hui.

01:12:00 Comment les révolutions dans l'histoire n'ont jamais bénéficié aux femmes.

01:16:06 Comment l'après MeToo permet de repenser la justice.

01:19:47 Que vaut le consentement dans un contexte d'inégalité systémique ?

01:24:38 L'écoféminisme, le CARE ou la nécessité de penser selon un nouveau paradigme.

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4 septembre 2024 3 04 /09 /septembre /2024 17:38

Les femmes sont-elles des philosophes comme les autres ?

En dépit de leur oubli et leur effacement, les femmes ont contribué à l’histoire de la philosophie, en lui apportant les idées qui pouvaient lui manquer.

Cet ouvrage vise à leur rendre justice, en mettant en avant leur pensée et leurs apports décisifs. Qu’elles aient été féministes ou non, elles ont ouvert à la philosophie de nouveaux territoires.

Les auteures et chercheures qui ont collaboré à cette autre histoire de la philosophie ont consacré leurs travaux à faire connaître cette part oubliée de l’histoire de la pensée, d’Hypathie à Simone de Beauvoir, en passant par Rosa Luxemburg, Jeanne Hersch et Hannah Arendt, jusqu’aux débats récents après #Metoo.

Laurence Devillairs et Laurence Hansen-Løve analysent ce que la philosophie doit aux femmes, avec les contributions des philosophes Sandrine Alexandre, Annabelle Bonnet, Marie Chartron, Estelle Ferrarese, Geneviève Fraisse, Marie Garrau, Isabelle Koch, Catherine Larrère, Catherine Malabou, Maud M’Bondjo et Camille de Villeneuve.

Laurence Devillairs est normalienne, agrégée et docteure en philosophie. Laurence Hansen-Løve est agrégée de philosophie.

En couverture : © Zentralbibliothek Zürich, Nachl. Jeanne Hersch 1.3. Tous droits réservés

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9 août 2023 3 09 /08 /août /2023 20:07

Discours sur le bonheur,

Madame du Châtelet (1706-1749)

 

« Il est certain que l’amour de l’étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu'à celui des femmes. Les hommes ont une infinité de ressources pour être heureux, qui manquent entièrement aux femmes. Ils ont bien d’autres moyens d’arriver à la gloire, et il est sûr que l’ambition de rendre ses talents utiles à son pays et de servir ses concitoyens, soit  par son habilité dans l’art de la guerre, ou par ses talents pour le gouvernement, ou les négociations, est fort au-dessus de celle qu’on peut se proposer pour l’étude ; mais les femmes sont exclues, par leur état, de toute espèce de gloire, et quand, par hasard, il s’en trouve quelqu’une qui est née avec une âme assez élevée, il ne lui reste que l’étude pour la consoler de toutes les exclusions et de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état.

(…)

J’ai dit que l’amour de l’étude était la passion la plus nécessaire à notre bonheur ; c’est une ressource sûre contre les malheurs, et c’est une source de plaisir inépuisable, et Cicéron a bien raison de le dire. Les plaisirs des sens  et ceux du cœur sont, sans doute, au-dessus de ceux de l’étude ; il n’est pas nécessaire d’étudier pour être heureux ; mais il l’est peut-être de se sentir en soi cette ressource et cet appui. On peut aimer l’étude, et passer des années entières, peut-être sa vie, sans étudier ; et heureux qui la passe ainsi : car ce n’est peut-être qu’à des plaisirs plus vifs qu’il sacrifie un plaisir qu’il est toujours sûr de trouver, et qu’il rendra assez vif pour le dédommager de la perte des autres »

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17 janvier 2022 1 17 /01 /janvier /2022 12:45
La civilisation, c'est-à-dire?

Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité

David Graeber et David Wengraow

 

 

 

Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité

David Graeber et David Wengrow

P. 464

`

Sur la place des femmes dans l’histoire (et leur invisibilisation) :

 

Qu’appelle-t- on « Civilisation"?

 

« Arrêtons-nous un instant sur le mot « civilisation » ( … )La plupart des gens quand ils parlent  des « premières civilisations » ont précisément en tête les sociétés décrites dans ce chapitre et leurs héritières : l'Égypte des pharaons, le Pérou inca, le Mexique aztèque, la Chine des  Hans la Rome impériale, la Grèce antique Plus quelques autres caractérisées par la vastitude  et le monumentalisme. Toutes étaient  des sociétés extrêmement stratifiées dont la cohésion reposait prioritairement sur le pouvoir d'un gouvernement autoritaire, le recours à la violence et la subordination totale des femmes. Derrière cette conception de la civilisation se tapit  la notion de sacrifice – le sacrifice de notre liberté élémentaire, mais aussi le sacrifice de sa propre vie au nom d'un objectif toujours inatteignable ( un idéal d'ordre mondial, le

Mandat du ciel, les bénédictions que des dieux jamais rassasiés pourraient  nous prodiguer, etc.). Comment s'étonner que dans certains cercles, l'idée même de civilisation soit désormais discréditée ? Il est évident que quelque chose, et même quelque chose de fondamental, est allé de travers ».

(…)

 

« Civilisation  » dérive du latin civilis, un terme qui renvoie aux  vertus de sagesse politique et d'entraide qui permettent aux sociétés de s'organiser sur la base de la coalition volontaire. Or ces vertus sont bien mieux représentées par les  andins aylluz ou les villages basques qu’à la cour inca ou chez les souverains Shang. Si l'on considère que c'est l'entraide, la coopération sociale, la participation citoyenne, l'hospitalité ou même simplement le souci de l'autre qui font la civilisation, alors son histoire reste presque intégralement à écrire.

(…)

Comme nous n'avons cessé de le montrer au fil de ses pages, des groupes de taille modeste ont  fondé aux quatre coins du monde des civilisations  au vrai  sens du terme, c'est-à-dire des communautés morales étendues.

(…)

C’est à ces civilisations authentiques que l'on doit les principales technologies du textile et de la vannerie, le tour du potier, le travail de la pierre et des perles, la voile et la navigation maritime… La liste est longue.

Sitôt que l'on adopte cette acception beaucoup plus juste du terme, on se rend compte que la civilisation est centrée sur les femmes, leur labeur, leurs préoccupations et leurs innovations.

 

( Des mathématiques complexes comme celles qui transparaissent dans les tablettes de la Mésopotamie antique pourraient-elles vraiment être sorties prêtes à l'emploi du cerveau d’un scribe ou d’un sculpteur tel Athéna jaillissant de la tête de Zeus?)

 

« Il est beaucoup plus probable qu'elles soient  le fruit d'un savoir accumulé à travers les âges par le biais de pratiques très concrètes, comme l'application de la géométrie des solides et du calcul infinitésimal au tissage ou au travail des perles. Ce qu'on a pris jusqu'à présent pour la « civilisation » n’est  peut être que l'appropriation par les hommes  - ceux-la cela même qui gravaient leurs revendications dans la pierre – d'un système de connaissances préexistant centré sur les femmes »

 

Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité

David Graeber et David Wengrow

page 550

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 18:13

Lettre de Victor Hugo à Léon Richer,  6 juin 1872

 

 

il est difficile de composer le bonheur de l'homme avec la souffrance de la femme.

 

« Il est douloureux de le dire : dans la civilisation actuelle, il y a une esclave. La loi a des euphémismes : ce que j'appelle une esclave, elle l'appelle une mineure ; cette mineure selon la loi, cette esclave selon la réalité, c'est la femme. L'homme a chargé inégalement les deux plateaux du Code, dont l'équilibre importe à la conscience humaine ; l'homme a fait verser tous les droits de son côté et tous les devoirs du côté de la femme. De là un trouble profond. De là, la servitude de la femme. Dans notre législation telle qu'elle est, la femme ne possède pas, elle n'este pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n'est pas. Il y a des citoyens, il n'y a pas de citoyennes. C'est là un état violent : il faut qu'il cesse.

(…)

 

Quoi ! il y a un être, un être sacré, qui nous a formés de sa chair, vivifiés de son sang, nourris de son lait, remplis de son cœur, illuminés de son âme, et cet être souffre, et cet être saigne, pleure, languit, tremble. Ah ! Dévouons-nous, servons-le, défendons-le, secourons-le, protégeons-le ! Baisons les pieds de notre mère !

Avant peu, n'en doutons pas, justice sera rendue et justice sera faite. L'homme à lui seul n'est pas l'homme : l'homme, plus la femme, plus l'enfant, cette créature une et triple constitue la vraie unité humaine. Toute l'organisation humaine doit découler de là. Assurer le droit de l'homme sous cette triple forme, tel doit être le but de cette providence d'en bas que nous appelons la loi.

Redoublons de persévérance et d'efforts. On en viendra, espérons-le, à comprendre qu'une société est mal faite quand l'enfant est laissé sans lumière, quand la femme est maintenue sans initiative, quand la servitude se déguise sous le nom de tutelle, quand la charge est d'autant plus lourde que l'épaule est plus faible : et l'on reconnaîtra que, même au point de vue de notre égoïsme, il est difficile de composer le bonheur de l'homme avec la souffrance de la femme.

Source texte: Victor Hugo, Ecrits politiques, Anthologie établie et annotée par Franck Laurent, Le livre de poche, Références, 2001

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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 11:40
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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 08:47
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