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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 20:20

L'histoire jugera  par Leo Le BON

 

Introduction

L’expression « l’histoire jugera » suggère que le cours du temps apporterait un verdict

sur les actions humaines, comme si l’histoire elle-même était un tribunal moral. Cette

formule, popularisée par Hegel, provient du vers de Schiller « L’histoire du monde est

le tribunal du monde ». Elle évoque un jugement di!éré par la postérité : ce que le

présent ne peut trancher avec certitude serait sanctionné par l’avenir. On y entrevoit l’idée

d’une justice immanente à l’Histoire universelle, rappelant en écho le Jugement dernier

de la théologie chrétienne. Mais peut-on réellement attribuer à l’Histoire un pouvoir de

jugement ? Ne risque-t-on pas de projeter sur elle des valeurs humaines ou divines qu’elle

n’a pas ? La formule pose de redoutables problématiques : l’Histoire est-elle un sujet

jugeant ou un simple récit des historiens ? Le verdict de l’« histoire » est-il forcément plus

vrai ou plus juste que celui des contemporains ? Sur quels critères l’histoire « garde » ou

condamne les actes ? Enfin, quel rapport entre ce « jugement de l’histoire » et la justice

au sens humain (morale, juridique) ou divin ?

1 L’histoire est-elle le tribunal du monde ?

1.1 L’idée que « l’histoire jugera » prolonge une vision théo-

logique où la justice triomphante est di!érée à la fin des

temps.

Dans la tradition judéo-chrétienne, c’est Dieu qui, au Jour du Jugement, doit juger les

nations et les individus (Évangile selon Matthieu, 25, 31–46 (« Le jugement des nations

»)). L’histoire conçue comme tribunal séculier en hérite l’intuition d’une justice ultime,

mais en la transposant hic et nunc dans le devenir temporel.

Hegel lui-même reconnaît cette filiation : il emprunte à Schiller la maxime selon laquelle

« l’histoire du monde est le tribunal du monde », qu’il qualifie de « chose la plus profonde

qu’on puisse dire sur l’histoire » (G.W.F. Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire).

Cependant, si la théologie promet un juge transcendant (Dieu), l’histoire considérée en

elle-même n’est pas une personne : dès lors attribuer à l’histoire le rôle du juge pose

problème. Les penseurs chrétiens ont tenté de concilier les deux ordres, a"rmant que «

tout comme l’histoire universelle est le tribunal du monde, Dieu, pour sa part, est le juge

de l’histoire universelle ». Autrement dit, Dieu utiliserait l’histoire comme instrument

de son jugement. Toutefois, une telle “théologie de l’histoire” fait sortir le jugement de

l’histoire elle-même : c’est une instance extérieure (divine) qui en dernier ressort juge les

actes. Pour que l’histoire juge en son nom propre, il faut supposer qu’elle possède une

norme interne – par exemple la Raison – apte à sanctionner le Bien et le Mal au fil du

2temps.

suite sur Academia Edu 

https://www.academia.edu/144073688/Lhistoire_jugera
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