23 mars 2007
5
23
/03
/mars
/2007
16:17
Echantillon du lexique de Philosophie magazine, que je vous recommande par ailleurs
Réalisé par : Julien Charnay, Emmanuel Giannesini, Nicolas Truong
L'AUTORITE
Restaurer l'autorité... par la contrainte ou par la persuasion ?
"Difficile de trouver antienne plus ressassée que celle du rétablissement de l'autorité. Jean-Marie Le Pen l'illustre dans son discours à Yvetot, en Normandie, le 27 janvier : « L'autorité parentale a été diabolisée au nom des droits de l'enfant... L'autorité et l'exemplarité de l'État ont été sacrifiées sur l'autel de l'argent sale et de la corruption potitico financière. » Depuis plusieurs décennies, cette thématique, issue de la droite réactionnaire, gagne l'opinion. Mais restaurer l'autorité peut s'opérer de manières différentes selon le sens que l'on confère à ce concept classique de la politique. Elle est, comme le souligne Hannah Arendt, ce pouvoir singulier qui ne repose ni sur la contrainte par la force, ni sur la persuasion par les arguments. Dans le rapport hiérarchique qu'elle régit, sa légitimité est présupposée. Si elle recourt à la force au lieu de s'appuyer sur le consentement, elle devient une puissance tyrannique. Si elle doit sans cesse argumenter pour se faire respecter, c'est qu'elle est devenue un pouvoir comme les autres.
Ces distinctions se trouvent au coeur des appels à restaurer l'autorité. Le candidat d'extrême droite, en posant l'autorité comme caractère immanent d'une fonction (être parent, être maître), tient un discours antimoderne, réactionnaire, et range clairement l'autorité du côté de la force. Ségolène Royal, mater familial assumée, propose, quant à elle, une lecture très classique à gauche de l'autorité, intrinsèquement liée à la légitimité de ses fins. « L'autorité vraie oblige, au sens le plus noble d'une obligation librement conseante, sans avoir besoin de s'imposer par la forée. L'autorité vraie suppose un pouvoir légitime et reconnu comme tel », déclarait-elle à Rodez, dans l'Aveyron, en mai dernier. Et Nicolas Sarkozy, enfin, balance entre les deux : «L'autorité ce n'est pas l'autoritarisme. L'autorité, ce n'est pas l'obéissance aveugle. C'est l'obéissance consentie. » Mais aussi « Comment l'État pourrait-il avoir encore une autorité s'il ne remplit plus ses missions régaliennes : l'ordre public, la protection des personnes et des biens, la répression de la délinquance, la justice, la lutte contre le terrorisme, la maîtrise de l'immigration ? C'est cela l'autorité de la République », assurait-il à Perpignan, le 23 février.
LA DEMOCRATIE
Irréprochable ou participative ?
Depuis son discours d'investiture à l'UMP, Nicolas Sarkozy développe le thème de la « démocratie irréprochable », une notion composite qui mêle une contrainte d'efficacité de l'État (nombre réduit de ministres, service minimum garanti dans les services publics...) et un enjeu moral : il s'agit de latter contre le « fait du prince », les nominations de convenance, les procédures de recrutement opaques, les dépenses somptuaires et la corruption. Seule la valeur, voire la vertu des politiques peut restaurer la vraie démocratie, celle où les citoyens ont confiance en leurs élus et considèrent qu'ils « représentent » le peuple dans son ensemble. Ainsi le candidat affirme, le 26 janvier à Poitiers (Poitou-Charentes), que « la démocratie, c'est d'abord une exigence de vertu qu'il faut s'appliquer à soi-même avant de la réclamer chez les autres ». C'est par la force de l'exemple des élus que le sentiment démocratique se restaure chez les citoyens : « On ne réconciliera les Français avec la politique que si les hommes politiques sont irréprochables. » Cette conception de la démocratie comme vertu passe également, pour le candidat de l'UMP, par l'égalité des chances. Il s'agit alors de garantir l'impartialité du système éducatif et des institutions, voire d'instaurer des mécanismes de discrimination positive, pour lutter contre les ségrégations. Même si les méthodes peuvent se moderniser, il s'agit de pérenniser le principe républicain de l'excellence et du mérite.
De l'autre côté, la candidate socialiste, avec sa proposition de « démocratie participative », revendique une vision moins élitiste de la démocratie. Pour lutter contre la crise de la représentation, Ségolène Royal entend proposer « une véritable révolution démocratique qui s'appuie à la fois sur une démocratie représentative forte d'un Parlement qui fonctionne mieux et joue vraiment son rôle, et sur une démocratie participative qui donne plus souvent et réellement la parole aux citoyens » (Frangy-en-Bresse, en Saône-et-Loire, le 23 août). Il doit y avoir participation constante des citoyens au processus de gouvernement. « Nous ne reconnaissons de réelle légitimité qu'aux décisions auxquelles nous avons été associés. » Une vision populaire, voire anti-oligarchique de la démocratie, qui semble s'être inspirée de la thèse développée par le philosophe Jacques Rancière dans La Haine de la démocratie. Moins qu'un régime ou une valeur morale, la démocratie représente, pour ce dernier, un processus toujours recommencé, « l'action qui sans cesse arrache aux gouvernements oligarchiques le monopole de la vi e publique ». C'est pourquoi elle a de nombreux ennemis, notamment chez « ceux qui sont habitués à exercer le magistère de la pensée» " .
Réalisé par : Julien Charnay, Emmanuel Giannesini, Nicolas Truong
L'AUTORITE
Restaurer l'autorité... par la contrainte ou par la persuasion ?
"Difficile de trouver antienne plus ressassée que celle du rétablissement de l'autorité. Jean-Marie Le Pen l'illustre dans son discours à Yvetot, en Normandie, le 27 janvier : « L'autorité parentale a été diabolisée au nom des droits de l'enfant... L'autorité et l'exemplarité de l'État ont été sacrifiées sur l'autel de l'argent sale et de la corruption potitico financière. » Depuis plusieurs décennies, cette thématique, issue de la droite réactionnaire, gagne l'opinion. Mais restaurer l'autorité peut s'opérer de manières différentes selon le sens que l'on confère à ce concept classique de la politique. Elle est, comme le souligne Hannah Arendt, ce pouvoir singulier qui ne repose ni sur la contrainte par la force, ni sur la persuasion par les arguments. Dans le rapport hiérarchique qu'elle régit, sa légitimité est présupposée. Si elle recourt à la force au lieu de s'appuyer sur le consentement, elle devient une puissance tyrannique. Si elle doit sans cesse argumenter pour se faire respecter, c'est qu'elle est devenue un pouvoir comme les autres.
Ces distinctions se trouvent au coeur des appels à restaurer l'autorité. Le candidat d'extrême droite, en posant l'autorité comme caractère immanent d'une fonction (être parent, être maître), tient un discours antimoderne, réactionnaire, et range clairement l'autorité du côté de la force. Ségolène Royal, mater familial assumée, propose, quant à elle, une lecture très classique à gauche de l'autorité, intrinsèquement liée à la légitimité de ses fins. « L'autorité vraie oblige, au sens le plus noble d'une obligation librement conseante, sans avoir besoin de s'imposer par la forée. L'autorité vraie suppose un pouvoir légitime et reconnu comme tel », déclarait-elle à Rodez, dans l'Aveyron, en mai dernier. Et Nicolas Sarkozy, enfin, balance entre les deux : «L'autorité ce n'est pas l'autoritarisme. L'autorité, ce n'est pas l'obéissance aveugle. C'est l'obéissance consentie. » Mais aussi « Comment l'État pourrait-il avoir encore une autorité s'il ne remplit plus ses missions régaliennes : l'ordre public, la protection des personnes et des biens, la répression de la délinquance, la justice, la lutte contre le terrorisme, la maîtrise de l'immigration ? C'est cela l'autorité de la République », assurait-il à Perpignan, le 23 février.
LA DEMOCRATIE
Irréprochable ou participative ?
Depuis son discours d'investiture à l'UMP, Nicolas Sarkozy développe le thème de la « démocratie irréprochable », une notion composite qui mêle une contrainte d'efficacité de l'État (nombre réduit de ministres, service minimum garanti dans les services publics...) et un enjeu moral : il s'agit de latter contre le « fait du prince », les nominations de convenance, les procédures de recrutement opaques, les dépenses somptuaires et la corruption. Seule la valeur, voire la vertu des politiques peut restaurer la vraie démocratie, celle où les citoyens ont confiance en leurs élus et considèrent qu'ils « représentent » le peuple dans son ensemble. Ainsi le candidat affirme, le 26 janvier à Poitiers (Poitou-Charentes), que « la démocratie, c'est d'abord une exigence de vertu qu'il faut s'appliquer à soi-même avant de la réclamer chez les autres ». C'est par la force de l'exemple des élus que le sentiment démocratique se restaure chez les citoyens : « On ne réconciliera les Français avec la politique que si les hommes politiques sont irréprochables. » Cette conception de la démocratie comme vertu passe également, pour le candidat de l'UMP, par l'égalité des chances. Il s'agit alors de garantir l'impartialité du système éducatif et des institutions, voire d'instaurer des mécanismes de discrimination positive, pour lutter contre les ségrégations. Même si les méthodes peuvent se moderniser, il s'agit de pérenniser le principe républicain de l'excellence et du mérite.
De l'autre côté, la candidate socialiste, avec sa proposition de « démocratie participative », revendique une vision moins élitiste de la démocratie. Pour lutter contre la crise de la représentation, Ségolène Royal entend proposer « une véritable révolution démocratique qui s'appuie à la fois sur une démocratie représentative forte d'un Parlement qui fonctionne mieux et joue vraiment son rôle, et sur une démocratie participative qui donne plus souvent et réellement la parole aux citoyens » (Frangy-en-Bresse, en Saône-et-Loire, le 23 août). Il doit y avoir participation constante des citoyens au processus de gouvernement. « Nous ne reconnaissons de réelle légitimité qu'aux décisions auxquelles nous avons été associés. » Une vision populaire, voire anti-oligarchique de la démocratie, qui semble s'être inspirée de la thèse développée par le philosophe Jacques Rancière dans La Haine de la démocratie. Moins qu'un régime ou une valeur morale, la démocratie représente, pour ce dernier, un processus toujours recommencé, « l'action qui sans cesse arrache aux gouvernements oligarchiques le monopole de la vi e publique ». C'est pourquoi elle a de nombreux ennemis, notamment chez « ceux qui sont habitués à exercer le magistère de la pensée» " .