28 décembre 2006
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L'image est-elle dialolique?
Il ne faut pas redouter le pouvoir des images. Les images appartiennent à la culture comme toutes les autres formes symboliques, et il faut défendre toutes les figures de la diversité . Parmi celles-ci, les images tiennent une place notable:
"Que signifie diabolique ? « Diabolique » est un mot emprunté au grec ancien « diaballo, diabolè » signifiant « jeter entre, pousser entre, insérer ». Est diabolique ce qui divise une communauté. L'image est vécue comme diabolique dans certaines religions dans la mesure où elle est susceptible de diviser la communauté des croyants. Là où la transcendance du dieu est posée comme l'x inconnaissable, l'image risque de remplir cette vacuité en y inscrivant une idole locale.
Pour aller vite, l'image semble diabolique à ceux qui s'inquiètent de la voir prendre la place de ce dont elle est l'image. Un peu comme si l'amant pouvait oublier l'aimée parce qu'il emporterait avec lui son portrait. Dans une telle conception, on pose d'abord l'éminence d'une réalité, puis on fait de l'image un double de cette réalité. Par suite, il est inévitable de rencontrer les inquiétudes inhérentes au thème du double. Dans les histoires de doubles, les ombres, les masques se substituent à l'authentique, au réel, à l'être. Lorsque les doubles se rencontrent, l'un des deux meurt. L'inquiétude réelle est alors de voir périr l'être authentique. Dans notre actualité, cette inquiétude s'appréhende dans la rencontre réel/virtuel. Mais cette angoisse est induite par la position philosophique de Platon. Or, celle-ci n'est pas séparable de ses enjeux politiques. C'est parce qu'il pose l'éminence de l'idée que les corps et les images des corps sont subordonnés à l'idée et à son pouvoir. Et dès lors surgit la crainte de voir l'idée se perdre dans le devenir des corps et les simulacres des idées. Entre chien et loup, le sophiste et le philosophe se confondent, et c'est l'ordre de la kallipolis (1 qui est d'un seul coup menacé. Si l'image est diabolique, c'est seulement dans une telle problématique où le souci de l'ordre conduit à s'inquiéter toujours davantage des risques de sédition. Gouvernant par la division des idées, on craint les divisions

d'images et leur prolifération. Mais c'est oublier que l'image est un produit de l'art au même titre que les tragédies et les textes philosophiques. Comme tel, il appartient et exprime une culture. Or, seule une pétition de principe peut conduire à poser la prééminence d'une région de la culture sur une autre. Et Hegel d'affirmer que les formes les plus hautes de l'esprit sont l'art, la religion et la philosophie. Contre ce type d'attitude, il me semble nécessaire d'affirmer que l'image (l'image-son, l'image-temps et l'image-mouvement) n'est pas une réalité de seconde main, mais bel et bien l'une des formes de la culture. Le peintre n'est pas un personnage moins essentiel à la vie de la cité que le philosophe. En ce sens, réfuter que l'image puisse être diabolique doit constituer un enjeu non seulement philosophique, mais encore politique. Cela relève presque du devoir si on se propose de défendre une conception de la culture où la différence est conçue comme une richesse. Notre civilisation est travaillée en fait par deux tendances de fond. L'une développant un rapport positif à l'image, et l'autre un rapport négatif. Je note tout simplement que l'image ne pose pas de problème ontologique dans l'héritage gréco-romain où Platon fait figure d'exception, mais que c'est en revanche le cas dans notre héritage judéo-chrétien. Or, si j'assume pleinement mon héritage gréco-romain, mon hésitation est très nette quant à la part judéo-chrétienne. Bref, l'idée d'image diabolique m'apparaît très clairement comme une perversion de l'esprit". Philippe Bounichou
Peut-il y avoir une pédagogie basée sur le cinéma? in Philosophie et cinéma, Editions CinemAction.
1) Kallipolis: la belle cité
Image tirée du Locataire de Polanski