Extrait de l'article de Robert Redeker paru dans Débat , (novembre décembre 2006)
" Plus que les religions, qui sont diversifiées (aucune ne s'est imposée à toute la planète, aucune n'est parvenue à l'universalité géographique totale et stable), dont les dogmes rencontrent souvent la contestation, dont les fidèles risquent de devenir la proie du doute, le sport, dont la propension à parodier le religieux dans un registre kitsch n'a jamais été démentie, couvre pour sa part, sans grande
opposition, la planète entière. Parodie kitsch de la religion? Le sport prend, à sa façon, le relais de l'Empire romain et de l'Église catholique. Il cherche à conjointe l'idée de l'Empire et l'idée de l'Église, dans l'universalité et le gouvernement des âmes. La Coupe du monde de football est bien cette assemblée universelle (toute l'humanité concentrée autour du calice, cette coupe Jules Rimer, que les vainqueurs, tel le prêtre pendant l'office, élèvent fièrement vers le ciel le jour de leur victoire), mais aucun message spirituel ou intellectuel ne s'en dégage, aucun espoir pour l'humanité, aucune promesse pour la condition humaine ne sortent de cette cérémonie, on n'y célèbre que le culte des marques et de la loi du plus fort. C'est le culte du lycanthrope (l'homme loup : homo homini lupus) qui apparaît dans cette cérémonie, et non celui de l'Homme-Dieu. Le sport est la parodie mercantile et vide, pitoyable et dérisoire, faite de toc et de truquages, de l'idéal catholique : la réunion dans une Église universelle, la communion autour d'un calice, la liturgie autour de personnages hissés à la sacralité de`s prêtres. Les sportifs sont une caste sacerdotale, comme la liturgie en toc des événements sportifs le suggère; mais c'est une caste sacerdotale au rabais, qui n'a rien à transmettre. La Coupe du monde de football n'est rien d'autre que la catholicité du vide ! Quant à l'absence
d'opposition devant le sport, elle constitue une vraie source d'étonnement. Qui s'oppose au sport? Personne, ou presque. Les Incuits s'intéressent à la Coupe du monde de football comme les Argentins, les Congolais et les Européens. Le sport, dira-t-on, engendre les mêmes excès que les religions. Mais le fanatisme sportif, aux effets souvent dévastateurs, est en fait une parodie du fanatisme religieux. Les guerres entre supporters parodient les guerres de religion. Non que les protagonistes de ces joutes ne soient pas sincères - ils sont convaincus avec autant de force que les croyants religieux ! Mais la différence : il n'y a pas de contenu, ils croient en quelque chose qui n'est rien. La différence entre le sport et les religions apparaît : dans le sport il n'y a aucune idée, et peut-être même aucun idéal véritable. Le sport ne dessine pas la voie d'un salut pour l'humanité, il ne véhicule aucune eschatologie. Misère spirituelle du sport : quand le salut de l'homme constitue la loi de toute religion, le sport ne peut proposer que la loi du plus fort...."