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4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 19:41
 Comme la plupart des philosophes des Lumières - à l'exception notable de
 Rousseau - Condorcet postule le perfectionnement continu de l'humanité.
 Chaque génération hérite des acquis de ses ancêtres. Elle en tire à son tour
 un profit dont  bénéficieront  ses descendants.


   " Il n'est pas aussi chimérique qu'il le paraît au premier coup d'oeil de
 croire que la culture peut améliorer des générations elles-mêmes, et que leur
 perfectionnement dans les facultés des individus est transmissible à leurs
 descendants. [...] Il est donc assez simple de penser que si plusieurs géné-
 rations ont reçu une éducation dirigée vers un but constant', si chacun de
 ceux qui les forment a cultivé son esprit par l'étude, les générations suivantes
 naîtront avec une facilité plus grande à recevoir l'instruction et plus d'ap-
 titude à en profiter. Quelque opinion que l'on ait sur la nature de l'âme, ou
 dans quelque scepticisme que l'on soit resté, il serait difficile de nier l'exis-
 tence d'organes intellectuels intermédiaires nécessaires même pour les pen-
 sées qui semblent s'éloigner le plus des choses sensibles. [...] Leur degré de
 force ou de flexibilité, quoiqu'il ne soit pas indépendant du reste de la consti-
 tution, n'est cependant proportionné ni à la santé, ni à la vigueur, soit du
 corps, soit des sens. Ainsi, l'intensité de nos facultés est attachée, au moins
 en partie, à la perfection des organes intellectuels, et il est naturel de croire
 que cette perfection n'est pas indépendante de l'état où ils se trouvent dans
 les personnes qui nous transmettent l'existence. [...]
    Si ce perfectionnement indéfini de notre espèce est, comme je le crois,
 une loi générale de la nature, l'homme ne doit point se regarder comme
 un être borné à une existence passagère et isolée, destiné à s'évanouir après
 une alternative de bonheur et de malheur pour lui-même, de bien et de mal
 pour ceux que le hasard a placés près de lui; il devient une partie active du
 grand tout et le coopérateur d'un ouvrage éternel. Dans une existence d'un
 moment sur un point de l'espace, il peut, par ses travaux, embrasser tous
 les lieux, se lier à tous les siècles, et agir encore longtemps après que sa
 mémoire a disparu de la terre"

              Marie Jean Antoine Carotta, marquis de Condorcet,
         Cinq Mémoires sur l'instruction publique (1791), premier mémoire,
                  Flammarion, colt. «GF», 1994, p. 70-72.








                  1 Condorcet présuppose ici
                  que des éducateurs éclairés
                  guident l'humanité dans son
                  ensemble dans un même et
                  bon sens, et cela en
                  l'absence d'obstacles
                  rédhibitoires. Une telle
                  hypothèse paraît quelque
                  peu hasardeuse.
                  2 La sensibilité, la mémoire,
                  l'imagination (par exemple)
                  sont des aptitudes
                  intellectuelles
                  «intermédiaires» (entre le
                  corps et l'esprit). Condorcet
                  suppose que, n'étant pas
                  entièrement déterminées par
                  le corps, elles sont acquises
                  (et non innées). Elles
                  peuvent, dans ce cas, être
                  sollicitées, développées,
                  grâce à une éducation
                  appropriée.
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