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6 avril 2007 5 06 /04 /avril /2007 10:40
le 4 avril 2007
Point de Vue
Un regard américain sur la présidentielle
par  Dick Howard (*)

"Le public américain n'est pas abreuvé d'informations sur l'élection française, loin de là. Chaque pays reste nombriliste. Pour faire comprendre la France aux Américains, il faut leur parler des... États-Unis. En s'intéressant à l'Hexagone, le lecteur américain se posera des questions sur son propre pays. Et vice-versa.
Malgré leurs différences, nos démocraties affrontent des problèmes semblables, qu'il s'agisse de l'intégration des populations diverses, de l'avenir d'une sécurité sociale pour des populations dans des sociétés vieillissantes, ou de la concurrence d'une main-d'oeuvre apparemment pléthorique et bon marché. Chacun sait, plus ou moins, les mesures qui s'imposent. Celles-ci vont bousculer les habitudes, secouer les acquis sociaux, imposer des formes nouvelles de solidarité. Pour les faire accepter, il faut que le jugement politique l'emporte sur la volonté des individus et des intérêts organisés qui tiennent à conserver des positions acquises. C'est l'un des enjeux de toute élection.
Dans les deux pays, le débat présidentiel s'est personnalisé, au détriment des autres pouvoirs. Peut-on imaginer, en France comme aux États-Unis, que le pouvoir se rééquilibre en faveur du Parlement ? On dit souvent que la centralisation du pouvoir est nécessaire pour imposer des choix à des intérêts récalcitrants. L'expérience américaine dément cette prétendue évidence. La nette défaite du parti républicain de G. Bush lors des élections parlementaires de 2006 n'était pas simplement une réaction à sa politique irakienne. Les commissions d'enquête montées par les démocrates au Congrès sont en train de démontrer à nouveau que " le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument ".
À partir de cette expérience américaine, on arrive à mieux comprendre les enjeux du " match sportif " que les sondages font miroiter jour après jour en France. Nos démocraties arrivent à bien maîtriser la mise en scène de la politique. Mais où en est le débat public ?
Qu'a-t-on observé chez les candidats majeurs du premier tour ? Ségolène Royal a voulu rallier de nouveaux adhérents à un socialisme rénové, avec des méthodes qui voulaient assurer une vraie écoute de la base sans trop réfléchir au contenu de son programme. La parade de Nicolas Sarkozy consiste à imposer du libéralisme par le haut, avec une dose de discrimination positive pour répondre à la demande d'égalité des chances.
Le déjà " vieux routier " François Bayrou fait peau neuve, en dénonçant un clivage gauche-droite dans lequel le citoyen ne se reconnaît souvent plus. Quant à Jean-Marie Le Pen, il ressort la vieille recette nationaliste comme si rien n'était. Il s'agit de bien se positionner sur un échiquier déjà défini.
Le lecteur américain s'étonne parfois de voir que les journalistes perdent la distance critique et deviennent des juges-arbitres comptant les points et les " coups " d'un match sportif. L'évaluation se fait à la lumière de sondages répétés qui donnent un aperçu dynamique, mais se soucient peu de l'enjeu de la compétition pour le spectateur engagé qu'est le citoyen.
Et si l'on retrouvait les questions communes à nos démocraties, celles du politique : la solidarité face à une mondialisation dont la force vient justement de sa capacité de vaincre toute résistance simplement humaine ?. Les formes qu'elle pourra prendre dans un pays ou un autre dépendent de l'histoire civique du pays. Dans le cas français, par exemple, la question d'une Ve République à renouveler ou à dépasser, par le haut ou par le bas. Autrement dit, celle de la relation entre la Constitution nationale et le texte européen rejeté en mai 2005.
Enfin, l'analyste doit reconnaître que le changement ne se fait pas du jour au lendemain. Au-delà de la présidentielle se trouvent les législatives qui - cette fois peut-être - ne viendront pas renforcer la tendance centralisatrice dont l'inefficacité se révèle à l'oeuvre dans des contextes aussi différents que les États-Unis et la France. Est-ce un voeu pieux ?"

(*) Professeur de philosophie à Stony Brook University (New York). Auteur de La démocratie à l'épreuve, Buchet-Chastel.



http://www.ouest-france.fr/ofedito.asp?idDOC=391382&idCLA=3633



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