La compréhension des images nécessite-t-elle une éducation ? (sujet tombé en 2003)
(On opposera comprendre et expliquer. La compréhension est immédiate et globale. Elle peut donc, en ce sens, se passer de concepts (" comprendre " une émotion, un œuvre d'art)
On opposera l'image (singulière) et les images (composées).On examinera les cas mixtes ( images de pub par exemple). On se demandera de quel type de " nécessité " on parle, et, bien sûr quel type d'éducation peut être envisagé.
Tout se jouera autour de la notion de " compréhension ".
Comprendre les images est une chose. Bien les comprendre (en déjouant les pièges qu'elles nous tendent ) en est une autre.)
Problématique :
L'image n'est pas un discours. En toute rigueur, elle ne peut tromper ni mentir. L'image qui montre, fait signe ou témoigne sans démontrer, est donc immédiatement (sans médiation) " comprise " , d'où sa puissance de séduction. Comprendre une image ne nécessiterait aucune éducation particulière. Mais les images articulées (cinéma, TV, BD, jeux-vidéos etc...) constituent l'équivalent d'un discours, qui, en tant que tel, doit être décrypté. En outre, bien comprendre (c'est-à-dire ne pas être dupe des images) nécessite évidemment une éducation appropriée.
PLAN
I (NON) Le propre des images est de se passer de toute explication
1) Lisibilité immédiate de l'image, qui s'oppose au concept et au discours.
2) L'image est accessible sans explication : l'image atteste de la présence de l'invisible (cf filiation culte des morts /culte des images)
3) La fonction originelle des images (l'imago est le portrait de l'ancêtre que l'on porte lors des funérailles)
Clsion : l'image fascine parce qu'elle évacue les médiations, mais de ce point de vue elle peut court-circuiter la pensée
II (OUI) Sans éducation, pas d'esprit critique
1) L'image trompe d'autant plus qu'elle est plus " vraie ".
2) Filiation animisme /polythéisme : le monothéisme abolit les images
3) Les images ne peuvent être réfutées ; mais elles doivent être interprétées.
Clsion : la culture comme mise à distance ( nécessaire) de soi à soi.
III Quel type d'éducation est approprié pour nous libérer, aujourd'hui, du culte des images
1) Education du jugement : comme toute éducation .
2) Particularité du jugement esthétique : se développe par la familiarité avec les images sensibles, ou avec les œuvres d'art.
3) Le cas particulier des images aujourd'hui (Cf Mac Luhan, dans Pour comprendre les médias : " Le message, c'est le médium "). Victoire relative de l'eidolon sur l'eikon . ( Eidolon : image auto suffisante. Eikon : image- médiation). On atteindrait le terme d'une logique selon Jean Baudrillard : celle de l' " extermination du référent " (cf Matrix, cf la TV réalité). En d'autres termes , notre fascination pour les images est révélatrice d'une idéologie qui est celle de la " société du spectacle " ce Debord) et du monde dit " de la communication " . Les enjeux sont largement politiques ( captation ou manipulation subtile de nos désirs etc..). Qui éduquera qui ?
Clsion : Puissance d'aliénation de l'image propre au monde actuel, qui appelle une éducation spécifique. Mais qui éduquera nos éducateurs ?
Conclusion
Pour bien comprendre les images, il faut une éducation appropriée.
Education du jugement esthétique. Tout le pb de ce sujet : expliquer en quoi et pourquoi le jugement esthétique et le jugement politiques sont étroitement liés, comme le montre H. Arendt dans son ouvrage " Juger " Seuil 1991
Bibliographie :
Mac Luhan Pour comprendre les médias. Points Seuil
Regis Debray Manifeste Médiologiques (II Défendre l'image) Gallimard.
Guy Debord La société du spectacle Editions Champ libre
Budrillard Le crime parfait Galilée
MJ Mondzain L'image peut-elle tuer ? Bayard
O. Mongin La violence des images ou comment s'en débarasser ? Seuil
H. Arendt Juger Seuil
Citations :
La Fontaine " Chacun tourne en réalité
Autant qu'il peut, ses propres songes.
L'homme est de glace aux vérités :
Il est de feu pour les mensonges " Le statuaire et le statue de Jupiter
Régis Debray : " L'image est idiote... C'est son mutisme pré-sémantique qui confère à l'image ces pouvoirs exceptionnels si chichement dévolus au texte : accessibilité, crédibilité , affectivité, motricité, à des taux défiant toute concurrence " (Manifeste médiologiques, p189)
" L'icône byzantine est un plan d'occupation de l'esprit, le film hollywoodien est un plan d'occupation des miroirs mondiaux ".
Jean Baudrillard : Nos images médias modernes sont le lieu de la disparition du sens et de la représentation : " il y a un plaisir primaire, une jouissance anthropologique de l'image, une fascination brute qui ne s'encombre pas de jugements esthétiques, moraux, sociaux ou politiques. Celle -là est immorale et cette immoralité est fondamentale " " Au delà du vrai et du faux "
Marie-José Mondzain " Le spectacle de la violence n'entraîne ni ne suspend l'exercice de la violence, tout comme le spectacle de la vertu n'entraîne ni ne suspend l'exercice de la vertu. La seule véritable violence est de suspendre la pensée, fut-ce ave le spectacle de la vertu. Leni Riefenstahl n'a pas eu besoin de la violence pour induire de la violence ... Alors que les véritables images, au contraire, permettent l'élaboration symbolique qui rend vivable la réalité au lieu de la faire, et lui donnent un sens ".
( " Les enjeux de la violence à la TV ", in Alternatives non violentes, 1999)