6 février 2007
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Pour Georges Bataille l'art comporte une fonction : lié à la fête et au jeu, cette activité serait l'une des conditions d'existence de la société.
"Les formes de l'art n'ont d'autre origine que la fête de tous les temps, et la fête, qui est religieuse, se lie au déploiement de toutes les ressources de l'art. Nous ne pouvons imaginer un art indépendant du mouvement qui engendre la fête. Le jeu est en un point la transgression de la loi du travail : l'art, le jeu et la transgression ne se rencontrent que liés, dans un mouvement unique de négation des principes présidant à la régularité du travail. Ce fut apparemment un souci majeur des origines - comme il l'est encore dans les sociétés archaïques - d'accorder le travail et le jeu, l'interdit et la transgression, le temps profane et les déchaînements de la fête en une sorte d'équilibre léger, où sans cesse les contraintes se composent, où le jeu lui-même prend l'apparence du travail, et où la transgression contribue à l'affirmation de l'interdit. Nous avançons avec une sorte d'assurance qu'au sens fort, la transgression n'existe qu'à partir du moment où l'art lui-même se manifeste et qu'à peu près, la naissance de l'art coïncide, à l'Âge du renne, avec un tumulte de jeux et de fête, qu'annoncent au fond des cavernes ces figures où éclatent la vie, qui toujours se dépasse et qui s'accomplit dans le jeu de la mort et de la naissance.
La fête, de toute façon, pour la raison qu'elle met en oeuvre toutes les ressources des hommes et que ces ressources y prennent la forme de l'art, doit en principe laisser des traces. En effet, nous avons ces traces à l'Âge du renne, alors qu'à l'âge antérieur, nous n'en trouvons pas. Elles sont, comme je l'ai dit, fragmentaires, mais si nous les interprétons dans le même sens que les préhistoriens (ils admettent l'existence de la fête à l'époque des peintures des cavernes), elles donnent à l'hypothèse que nous formons un caractère si accentué de vraisemblance que nous pouvons nous appuyer sur elle. Et même à supposer que la réalité différa de la reconstitution que nous tentons, elle n'en put différer qu'assez peu et si, un jour, quelque vérité nouvelle apparaissait, je gage qu'avec peu de variantes je pourrais redire ce que j'ai dit.
La réalité de la transgression est indépendante des données précises. Si nous nous efforçons de donner d'une ouvre une explication particulière, nous pouvons avancer par exemple - on l'a fait - qu'une bête fauve gravée dans une caverne l'avait été dans l'intention d'éloigner les esprits. Chaque fait relève toujours d'une intention pratique particulière, s'ajoutant à cette intention générale que j'ai voulu saisir en décrivant les conditions fondamentales du passage de l'animal à l'homme que sont l'interdit et la transgression par laquelle l'interdit est dépassé".
Georges BATAILLE, Lascaux ou la Naissance de l'art, © 1955 et © 1980 by Editions d'Art Albert Skira SA, Genève, p. 38.
"Les formes de l'art n'ont d'autre origine que la fête de tous les temps, et la fête, qui est religieuse, se lie au déploiement de toutes les ressources de l'art. Nous ne pouvons imaginer un art indépendant du mouvement qui engendre la fête. Le jeu est en un point la transgression de la loi du travail : l'art, le jeu et la transgression ne se rencontrent que liés, dans un mouvement unique de négation des principes présidant à la régularité du travail. Ce fut apparemment un souci majeur des origines - comme il l'est encore dans les sociétés archaïques - d'accorder le travail et le jeu, l'interdit et la transgression, le temps profane et les déchaînements de la fête en une sorte d'équilibre léger, où sans cesse les contraintes se composent, où le jeu lui-même prend l'apparence du travail, et où la transgression contribue à l'affirmation de l'interdit. Nous avançons avec une sorte d'assurance qu'au sens fort, la transgression n'existe qu'à partir du moment où l'art lui-même se manifeste et qu'à peu près, la naissance de l'art coïncide, à l'Âge du renne, avec un tumulte de jeux et de fête, qu'annoncent au fond des cavernes ces figures où éclatent la vie, qui toujours se dépasse et qui s'accomplit dans le jeu de la mort et de la naissance.
La fête, de toute façon, pour la raison qu'elle met en oeuvre toutes les ressources des hommes et que ces ressources y prennent la forme de l'art, doit en principe laisser des traces. En effet, nous avons ces traces à l'Âge du renne, alors qu'à l'âge antérieur, nous n'en trouvons pas. Elles sont, comme je l'ai dit, fragmentaires, mais si nous les interprétons dans le même sens que les préhistoriens (ils admettent l'existence de la fête à l'époque des peintures des cavernes), elles donnent à l'hypothèse que nous formons un caractère si accentué de vraisemblance que nous pouvons nous appuyer sur elle. Et même à supposer que la réalité différa de la reconstitution que nous tentons, elle n'en put différer qu'assez peu et si, un jour, quelque vérité nouvelle apparaissait, je gage qu'avec peu de variantes je pourrais redire ce que j'ai dit.
La réalité de la transgression est indépendante des données précises. Si nous nous efforçons de donner d'une ouvre une explication particulière, nous pouvons avancer par exemple - on l'a fait - qu'une bête fauve gravée dans une caverne l'avait été dans l'intention d'éloigner les esprits. Chaque fait relève toujours d'une intention pratique particulière, s'ajoutant à cette intention générale que j'ai voulu saisir en décrivant les conditions fondamentales du passage de l'animal à l'homme que sont l'interdit et la transgression par laquelle l'interdit est dépassé".
Georges BATAILLE, Lascaux ou la Naissance de l'art, © 1955 et © 1980 by Editions d'Art Albert Skira SA, Genève, p. 38.