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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 20:48
Comment évaluer convenablement le travail, afin de le rémunérer justement?

"Dans une société coopérative de production', est-il juste ou non que le talent ou l'habileté donnent droit à une rémunération plus élevée? Ceux qui répondent négativement à la question font valoir l'argument suivant: celui qui fait ce qu'il peut a le même mérite et ne doit pas, en toute justice, être placé dans une position d'infériorité s'il n'y a pas faute de sa part; les aptitudes supérieures constituent déjà des avantages plus que suffisants, par l'admiration qu'elles excitent, par l'influence personnelle qu'elles procurent, par les sources intimes de satisfaction qu'elles réservent, sans qu'il faille y ajouter une part supérieure des biens de ce monde; et la société est tenue, en toute justice, d'accorder une compensation aux moins favorisés, en raison de cette inégalité injustifiée d'avantages plutôt que de l'aggraver encore. À l'inverse, les autres disent: la société reçoit davantage du travailleur dont le rendement est supérieur; ses services étant plus utiles, la société doit les rémunérer plus largement; une part plus grande dans le produit du travail collectif est bel et bien son oeuvre; la lui refuser quand il la réclame, c'est une sorte de brigandage. S'il doit seulement recevoir autant que les autres, on peut seulement exiger de lui, en toute justice, qu'il produise juste autant, et qu'il ne donne qu'une quantité moindre de son temps et de ses efforts, compte tenu de son rendement supérieur. Qui décidera entre ces appels à des principes de justices divergents? La justice, dans le cas en question, présente deux faces entre lesquelles il est impossible d'établir l'harmonie, et les deux adversaires ont choisi les deux faces opposées; ce qui préoccupe l'un, c'est de déterminer, en toute justice, ce que l'individu doit recevoir, ce qui préoccupe l'autre, c'est de déterminer, en toute justice, ce que la société doit donner. [...] C'est l'utilité sociale seule qui permet de décider entre l'un et l'autre".
John Stuart Mill, L'Utilitarisme, (1863), trad. G. Tanesse, Éd. Garnier-Flammarion, 1968, pp. 145-146.
1. C'est-à-dire une entreprise.
2. Lutilitarisme, qui apparaît au XVIII` siècle avec Claude Adrien Helvétius (1715-1771) et. David Hume (1711-1776), mais qui trouve sa formulation systématique avec Jeremy Bentham (1748-1832) et J. S. Mill (1806-1873), repose sur l'idée qu'une société est bien
ordonnée, et donc juste, lorsque ses institutions sont conçues pour apporter la plus grande somme totale de satisfaction à l'ensemble de ses membres.

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