Ceci (le "point de vue de O Pourrioul) est pour mes élèves de prépas à qui cela rappelera sûrement quelque chose:
(
Fight club est un film de David Fincher )
"Percevoir, c'est avoir un point de vue.Maurice Merleau-Ponty disait du cinéma qu'il était 'l'art philosophique, car il permettait de saisir imédiatement ce que signifiait « être au monde ». Non pas simplement être dans le monde comme un objet inanimé, ni hors du monde comme un dieu,mais au monde comme un homme. Être au monde, est toujours être pris dans une situation qui définit un certain point de vue. Pourtant, la caméra ne correspond pas toujours un oeil, ni à une conscience. C'est le point de vue d'un sujet, mais virtuel, le point de vue le quelqu'un, mais sans corps, d'un oeil qui serait "déjà dans les choses ». On peut parler, avec Gilles Deleuze , de liquéfaction, ou mieux, de gazéification de la perception. Une perception plus fluide, c'est une perception plus libre, libérée des contraintes du corps et de plus humain, plus souple et plus rapide, ou plus lente. Libérée du sujet. Mais libérée également de tout objet. En un mot, le point de vue de personne. Au début de Fight Club, on a le point de vue d'un gaz, le gaz qui s'échappe du brûleur de la cuisinière, et dont on suit la fuite, l'expansion, le trajet derrière le frigo jusqu'à l'étincelle provoquant l'explosion. Le point de vue d'un gaz, voilà la fluidité maximale, rendue possible par les seuls effets spéciaux. Au cinéma, ce qui explose, c'est avant tout l'ancrage perceptif habituel du sujet.Le cinéma se détache donc de la « perception naturelle » où voulait l'enfermer Maurice Merleau-Ponty et explore ce que Henri Bergson appelait la « perception pure ». La perception détachée de tout sujet, le monde libéré de l'homme, telle est l'étrange expérience que permet le cinéma, tel est le cadeau qu'il nous fait ." Olivier Pourriol
Fight-Cub (1999).
Disponible en DVD (Fox Pathé Europa).