25 janvier 2007
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C'est cette illusion de croire que le Bien et le Mal sont dans la nature, comme des réalités objectives. Mais si le Bien et le Mal n'existent pas en soi, que sont-ils ? Quel type de réalité peut-on encore leur attribuer ? Et comment, dans ces conditions, l'homme peut-il encore savoir ce qu'il doit faire ?
1. - "Pour dire d'un mot ce que sont en eux-mêmes le bien et le mal, nous dirons d'abord que certaines choses sont dans notre entendement et non dans la nature : elles ne sont donc que notre œuvre propre et ne sont utiles que pour comprendre distinctement les choses ; parmi elles, nous comptons toutes les relations qui se rapportent à des choses différentes et nous les appelons entia rationis [1] .
2 . - Voici la question qui se pose : le bien et le mal appartiennent-ils aux entia rationis, ou bien aux entia realia [2] ? Le bien et le mal n'étant autre chose que des relations, il n'est pas douteux qu'il faut les ranger dans les entia rationis ; car jamais on ne dit qu'une chose est bonne, sinon par rapport à une autre qui n'est pas aussi bonne, ou qui ne nous est pas aussi utile ; ainsi on ne dit qu'un homme est mauvais que par rapport à un autre qui est meilleur ; ou encore qu'une pomme est mauvaise que par rapport à une autre qui est bonne, ou meilleure.
3. - On ne pourrait le dire s'il n'y avait pas de bon ou de meilleur qui, par comparaison, nous permette d'appeler une chose mauvaise.
Par conséquent, si on dit qu'une chose est bonne, cela signifie simplement qu'elle s'accorde avec l'idée générale que nous avons des choses de cette espèce. Or, nous l'avons déjà dit auparavant, les choses doivent s'accorder avec leur idée particulière, dont l'essence doit être une essence parfaite, et non avec l'idée générale, car alors elles n'existeraient pas du tout.
4. - [...]
D'où résulte encore une fois que le bien et le mal ne sont ni des choses ni des effets qui soient dans la nature ".
Spinoza
Court Traité (1663)
Traduction (du latin ?) Roland Caillois
Œuvres complètes
Editions Gallimard
Bibliothèque de la Pléiade 1954,pp 41-42
Note 1 : Etres de raison
Note 2 : Etres réels
1. - "Pour dire d'un mot ce que sont en eux-mêmes le bien et le mal, nous dirons d'abord que certaines choses sont dans notre entendement et non dans la nature : elles ne sont donc que notre œuvre propre et ne sont utiles que pour comprendre distinctement les choses ; parmi elles, nous comptons toutes les relations qui se rapportent à des choses différentes et nous les appelons entia rationis [1] .
2 . - Voici la question qui se pose : le bien et le mal appartiennent-ils aux entia rationis, ou bien aux entia realia [2] ? Le bien et le mal n'étant autre chose que des relations, il n'est pas douteux qu'il faut les ranger dans les entia rationis ; car jamais on ne dit qu'une chose est bonne, sinon par rapport à une autre qui n'est pas aussi bonne, ou qui ne nous est pas aussi utile ; ainsi on ne dit qu'un homme est mauvais que par rapport à un autre qui est meilleur ; ou encore qu'une pomme est mauvaise que par rapport à une autre qui est bonne, ou meilleure.
3. - On ne pourrait le dire s'il n'y avait pas de bon ou de meilleur qui, par comparaison, nous permette d'appeler une chose mauvaise.
Par conséquent, si on dit qu'une chose est bonne, cela signifie simplement qu'elle s'accorde avec l'idée générale que nous avons des choses de cette espèce. Or, nous l'avons déjà dit auparavant, les choses doivent s'accorder avec leur idée particulière, dont l'essence doit être une essence parfaite, et non avec l'idée générale, car alors elles n'existeraient pas du tout.
4. - [...]
D'où résulte encore une fois que le bien et le mal ne sont ni des choses ni des effets qui soient dans la nature ".
Spinoza
Court Traité (1663)
Traduction (du latin ?) Roland Caillois
Œuvres complètes
Editions Gallimard
Bibliothèque de la Pléiade 1954,pp 41-42
Note 1 : Etres de raison
Note 2 : Etres réels