22 janvier 2007
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De Gaulle, Prince machiavélien ?
"Il y aurait une lecture machiavélienne à faire de l'action politique du général de Gaulle. Il n'est que de songer aux conditions de son retour au pouvoir, avec ce qu'il lui fallut alors de ruse, de dissimulation, de double langage, et aussi de souveraine ingratitude envers ceux au_; cot=e
Soustelle ou Salan, l'y avaient aidé. La manière dont il sut convaincre un Parlement et des partis qui lui étaient hostiles de lui confier le pouvoir constituant qu'il exerça
tambour battant pour soumettre au peuple, trois mois plus tard, une Constitution nouvelle, taillée à sa mesure et qui, bien qu'altérée, va bientôt fêter son cinquantenaire, est tout aussi machiavélique. Comme le fut l'appel à Michel Debré, partisan affiché de l'Algérie française, pour diriger un gouvernement qui devait par étapes conduire l'Algérie à l'indépendance tout en menant une action de modernisation de la France, de son administration, de sa justice, action que poursuivra Georges Pompidou sur le plan de l'économie. Tournant le dos au nationalisme que, non sans raison, on prêtait à celui qui avait ironisé au sujet de la première étape de la construction européenne (« ce méli-mélo de charbon et d'acier »), de Gaulle parraina et soutint le lancement du Marché commun, tout en faisant preuve à l'égard des partenaires européens de la France et de ses alliés anglo-américains d'une rudesse et d'une intransigeance rares, mais aussi d'une inflexible loyauté dans les crises graves, comme celle des missiles de Cuba à l'automne 1962.Comme pour Machiavel, le choix du meilleur régime pour l'État était, dans l'esprit du général de Gaulle, la première condition de la recherche du bien commun au-dedans, mais
aussi, au-dehors, celle de la puissance et de l'indépendance de la nation. Pour parvenir à ses fins, il prit le parti de n'être pas très regardant sur les moyens, qu'il s'agisse. de l'Algérie, de l'armée ou des médias ; mais, comme le dit Machiavel dans les Discours : « Quand l'acte accuse, le résultat excuse » (I, 9). Ou encore « Les hommes doivent être ou caressés ou écrasés ; ils se vengent des injures légères. » Cette hauteur, cette rigueur n'excluaient pas chez le Général une grande attention à l'opinion, même lorsqu'il la bravait par des initiatives hardies. On ne peut qu'admirer l'aisance avec laquelle ce militaire qui avait laissé, à la Libération et ensuite, une image de raideur et de gaucherie avec ses grands bras agités mécaniquement qui lui donnaient des airs de sémaphore, apprivoisa la télévision alors balbutiante par une présence et un talent que mont jamais égalés ses successeurs, pourtant plus aguerris. S'y mêlaient la majesté et la gouaille, les vastes perspectives à la Chateaubriand et les formules à l'emporte-pièce. Je ne suis pas sûr que de Gaulle ait jamais eu la faiblesse de chercher à être aimé des Français, mais il a tout fait pour qu'ils en soient convaincus. Pour reprendre les références animalières chères à Machiavel, il sut à la fois être « renard » et « lion », tout en se laissant aller parfois à considérer les Français comme des « veaux ». Il est vrai que, comme l'a noté un jour Georges Pompidou avec philosophie, le Général était « spécial »..." Jacques Rigaud
Le Prince au miroir des médias , pp 63-65
Published by laurence hansen-love
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Actualité commentée pour la prépa IEP
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