5 janvier 2007
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Voici trois étapes de la mise en place d'une logique totalitaire:
"En premier lieu, le pouvoir s'affirme comme le pouvoir social; il figure en quelque sorte la Société elle-même en tant que puissance consciente et agissante: entre l'État et la société civile la ligne de clivage se fait invisible. [...]
En second lieu, se trouve dénié le principe d'une division interne à la société. Tous les signes de celle-ci, qui n'a nullement disparu, sont rapportés à l'existence de couches sociales (koulaks, bourgeois) qui proviennent de l'Ancien Régime ou à celle d'éléments accusés de travailler pour le compte de l'impérialisme étranger. La nouvelle société est censée rendre impossible la formation de classes ou de groupements dont les intérêts seraient antagonistes. Cependant, l'affirmation de la totalité requiert non moins impérativement la dénégation de la différence des normes en fonction desquelles se définit chaque mode d'activité et chaque institution où il s'exerce. À la limite, l'entreprise de production, l'administration, l'école, l'hôpital ou l'institution judiciaire apparaissent comme des organisations spéciales, subordonnées aux fins de la grande organisation socialiste. À la limite, le travail de l'ingénieur, du fonctionnaire, du pédagogue, du juriste, du médecin échappe à sa responsabilité et se voit soumis à l'autorité politique.
Enfin, c'est la notion même d'une hétérogénéité sociale qui est récusée, la notion d'une variété de mode de vie, de comportement, de croyance, d'opinion, dans la mesure où elle contredit radicalement l'image d'une société accordée avec elle-même. Et là où se signale l'élément le plus secret, le plus spontané, le plus insaisissable de la vie sociale, dans les moeurs, dans les goûts, dans les idées, le projet de maîtrise, de normalisation, d'uniformisation va au plus loin".
Claude Lofent, «La logique totalitaire», L'Invention démocratique (1980), Éd. Fayard, 1981, pp.. 101-103.