Eléments de vocabulaire
VOCABULAIRE DE SPINOZA
Affection : " Mode " de la substance, par lequel il agit ou subit. Mais aussi le sentiment : " par sentiment (affectus) j'entends les affections du corps, par lesquels la puissance d'agir de ce corps est augmentée ou diminuée, aidée ou contenue, et en même temps les idées de ces affections " (Livre III, définition 3)
Amour : joie associée à l'idée d'une cause extérieure.
Amour de Dieu : béatitude et liberté de l'âme du sage en tant qu'elle se perçoit elle-même comme le siège de l'amour que Dieu se porte à lui-même.
Attribut : ce que l'entendement perçoit d'une substance comme constituant son essence
Conatus : (du latin conatus, effort, de conari, entreprendre) effort par lequel chaque chose s'efforce autant que possible de persévérer dans son être.
Connaissance : capacité d'intellection de l'homme, à ne pas confondre avec la perception ni avec l'imagination. Il existe trois degrés de connaissance
Connaissance du premier genre : par les sens ou par ouï-dire (mérite à peine le nom de connaissance !)
Connaissance du deuxième genre : connaissance par notions communes et générales, c'est la connaissance rationnelle ou scientifique. Elle est fiable mais ne donne pas accès au singulier.
Connaissance du troisième genre : connaissance par intuition qui nous donne accès au singulier et à l'absolu, à Dieu ( Ethique Deuxième partie prop 40-42)
Démocratie : " Union des hommes en un tout qui a un droit souverain collectif sur tout ce qui est en son pouvoir " La démocratie est pour Spinoza " le régime le plus naturel et le moins éloigné de la liberté " (Traité Théologico-politique, chapitre 16)
Désir : puissance d'affirmation propre à l'homme qui s'exprime dans la joie d'adhérer à ce qui est. Contrairement aux apparences, le désir ne tend pas vers une fin. Il n'est qu'un effet de la conscience du conatus (Livre 3, prop 9, scolie)
Idée adéquate : idée qui possède en elle-même toutes les propriétés d'un idée vraie.
Dieu
Dieu n'est autre que la totalité de l'être, ce que Spinoza traduit par le mot " substance ". Il donne les définitions suivantes dans le livre I de l'Éthique:
• Dieu est une substance : " J'entends par substance ce qui est en soi et est conçu par soi, c'est-à-dire ce dont le concept n'a pas besoin du concept d'une autre chose pour être formé " (déf. 3).
• Cette substance est infinie, c'est-à-dire limitée par rien : " Toute substance est nécessairement infinie " (prop. 7).
• Elle existe nécessairement: " Dieu, c'est-à-dire une substance constituée par une infinité d'attributs dont chacun exprime Une essence éternelle et infinie, existe nécessairement " (prop. 11)
• Elle est éternelle : " J'entends par éternité l'existence elle même " (déf. 8). Existence signifie ici être. Exister éternellement est ne pas cesser d'être.
• Dieu est cause de soi (causa sui), à lui-même son propre ton dément. Il est une essence qui se confère à elle-même sa pro pre existence. Cette essence est donc puissance. Elle est uni que, parfaite, c'est-à-dire complète. Il n'y a rien en dehors d'elle Elle est donc la Nature (Deus sive Natura, " Dieu, c'est-à-dire la Nature ").
• Cette Nature est " nature naturante " : elle se produit elle même. Dieu est ainsi cause immanente de la Nature : la Nature ne suppose aucun être extérieur, différent, " surnaturel " pour
la produire : " Les décrets de Dieu sont des lois naturelles ~(T.T.P., chap. IV et VI).
• Cette Nature se diversifie en modes (" Nature naturée façons qu'a l'être de se présenter, d'apparaître, modalités do l'être corporel ou de l'être pensé : " De la nécessité de la nature divine doivent suivre en une infinité de modes une infinité der choses, c'est-à-dire tout ce qui peut tomber sous un entende ment infini " (prop. 76).
Ces définitions de Dieu sont donc celles d'une puissance impersonnelle, non subjective, non douée de conscience ni de volonté, ce qui s'oppose à la vision
- soit d'un Dieu transcendant, le " tout autre ", extérieur à Ia Nature, la dominant et la dirigeant de façon arbitraire (vision juda que originelle) ;
- soit d'un Dieu humanisé, providentiel, à la fois Père et Justicier (vision chrétienne).
Ces visions finalistes, c'est-à-dire qui voient dans la Nature un projet divin, des causes finales, une téléologie (de télés, " lointain ", et logos, " discours rationnel "), c'est-à-dire une fin dernière pensée par une volonté, sont anthropomorphiques : elles calquent leurs modèles sur les désirs humains (morphé, " la forme " ; anthropos, " l'homme "). (extrait de Traité Théologico-politique, analyse de Myrielle Pardo)
Éthique
Du grec éthos, " conduite, règle de vie ".
En un premier sens, l'éthique est un ensemble de moyens pour atteindre le Souverain Bien, la vertu, identifiée à la Béatitude. En ce premier sens, l'éthique répond à la définition rationaliste de la morale. Ces moyens sont en particulier la purification des passions, qui suppose la connaissance de l'homme et de la nature : " Les affections suivent la même nécessité de la nature que toutes les choses singulières " (Éthique, III, Introduction).
En un second sens, l'éthique est la réalisation en l'homme de la fin visée dans le premier moment: la Béatitude. Elle est la jouissance de la Béatitude. Si la purification des passions est le chemin moral que suit celui qui atteint la connaissance ration pelle (connaissance du deuxième genre), à un stade supérieur de connaissance et de sagesse, la possession de la Béatitude, ne dérive pas de cette purification, elle en est la condition ( 11, le Sage, en effet, " la Béatitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-même, et ce n'est pas par la soumission de nos appétits que nous jouissons d'elle, mais c'est parce que nous jouissons d'elle que nous soumettons nos appétits " (Ethique V, prop. 42).
Idée : formation ou production de l'âme en tant qu'elle est une chose pensante. L'âme elle-même est l' " idée du corps "
Haine : tristesse accompagnée de l'idée d'une cause extérieure ( Livre prop 13, scolie)
Joie : passion par laquelle l'esprit passe à une perfection plus grande (Live II, prop 11, scolie)
Liberté : est libre tout ce qui agit selon la nécessité de sa nature. Il ne faut pas confondre nécessaire et déterminé (qui obéit à des causes quelconques, notamment extérieures à al volonté). Ni liberté et absence de contrainte.
Notions communes : ensemble de caractéristiques est communes à tous les corps, ou à tous les esprits, et constituant ce qui est donc identique dans la partie et dans le tout.
Parallélisme : théorie d'après laquelle il existe une correspondance terme à terme entre les phénomènes psychiques et les phénomènes physiologiques : tout ce qui se produit dans le corps a un équivalent dans l'esprit et réciproquement (Ethique III, prop11 scolie) .
République : communauté politique ou Etat tel que le pouvoir y est assumé par la totalité des citoyens. Au XVI ième siècle en Hollande, désigne, de la part des hollandais, leur propre gouvernement, par opposition à tous les systèmes tyranniques ou despotiques, c'est-à-dire reposant sur l'autorité arbitraire d'une personne ou d'un groupe dépourvu de légitimité.
Sagesse : Méditation de la vie et non de la mort
Sentiments : voir affection (Livre III, définition 3)
Tristesse : passion par laquelle l'esprit pass à une perfection moindre "(Livre III ; prop 11, scolie)