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5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 18:32
Certains propos constituent par eux-mêmes des actes. Ce sont les énoncés dits "performatifs"

"En disant Je te promets de venir, je fais l'acte qui est mentionné dans l'énoncé, je promets. Il en va de même pour je t'ordonne, je te permets, etc. Un critère commode permet de détecter ces énoncés, c'est leur comportement particulier lorsqu'ils sont traduits du style direct dans le style indirect. La phrase Il m'a dit «Je te promets un livre» peut se rendre, au style indirect comme Il m'a promis un livre, alors que Il m'a dit «Je t'apporte un livre » ne saurait avoir pour équivalent Il m'a apporté un livre. Quand nous disons que l'énonciation du performatifs accomplit l'action décrite dans l'énoncé, il faut entendre par là que l'accomplissement de cette action est la fonction
i même de l'énonciation et non pas seulement une de ses conséquences indirectes. Ainsi l'énoncé je te parle n'est pas un performatif, bien que son énonciation implique que l'on parle. Si en effet l'énonciation de je te parle ne peut se faire sans parole, l'emploi de cette formule n'est pas destiné essentiellement à constituer une parole, mais à appeler l'attention d'un audi
 teur distrait ou récalcitrant. Le critère du discours indirect corrobore d'ailleurs les résultats de l'analyse intuitive: Il m'a parlé ne peut pas être en général considéré comme une traduction de Il m'a dit «Je te parle».
La découverte des performatifs [...] fournit l'exemple de conventions sociales qui déterminent la valeur - non plus seulement d'énoncés - mais
o d'actes d'énonciation. Car c'est bien une convention qui fait que l'emploi d'une certaine formule a pour effet de lier celui qui l'a prononcée, de créer pour lui une obligation. Et cet effet, c'est le point important, n'est pas une simple conséquence externe de l'acte d'énonciation, conséquence dont on pourrait faire abstraction, et conserver néanmoins la possibilité de décrire et de caractériser l'acte. La création d'une obligation a, avec l'acte de dire je promets, un rapport infiniment plus étroit que celui qui lie par exemple une sanction et un acte considéré socialement comme criminel. Car un vol et un meurtre peuvent encore être décrits sans qu'on fasse allusion à la condamnation dont ils sont l'objet; mais l'acte linguistique de promettre ne serait plus rien - juste un simulacre ou une plaisanterie - s'il n'engageait pas celui qui l'accomplit. Il cesse d'être lui-même dès qu'il n'inaugure plus une obligation. C'est la raison pour laquelle nous avons employé le mot valeur (nous aurions d'ailleurs pu dire sens ou signification, si nous ne préférions, provisoirement, réserver ces mots pour parler des énoncés) : la convention sociale qui attache l'obligation à l'acte de promettre est inséparable de la valeur même de cet acte".
Oswald Ducrot, «De Saussure à la philosophie du langage»,

dans R. Searle, Les Actes de langage, Préface de l'édition française,

Hermann, 1972, p. 11-12.
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