11 octobre 2006
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L'écrivain français Georges Bataille montre ici, à la suite de Rousseau, que,
par la culture, l'homme ne modifie pas seulement son environnement. Il se
réforme également lui-même par l'éducation.
"La négation du donné naturel (par le travail) et le refus de sa propre animalité

(par l'élaboration d'interdits) sont indissociables et définissent, d'un même mouvement, l'humanité.
Je pose en principe un fait peu contestable : que l'homme est l'ani-
mal qui n'accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change
ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués
qui composent un monde nouveau, le monde humain. L'homme parallè-
lement se nie lui-même, il s'éduque, il refuse par exemple de donner à la
satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre', auquel l'animal n'apporte
pas de réserve. Il est nécessaire encore d'aborder que les deux négations que,
d'une part, l'homme fait du monde donné et, d'autre part, de sa propre ani-
malité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l'une
ou à l'autre, de chercher si l'éducation (qui apparaît sous la forme des inter-
dits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence
d'une mutation morale. Mais en tant qu'il y a homme, il y a d'une part tra-
vail et de l'autre négation par interdits de l'animalité de l'homme"
Georges Bataille, (1957), Éd. de Minuit, 1995, p. 238-239.