7 février 2007
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13:50
Lire le papier de Oilvier Séguret aujourd'hui dans LIbé. Cinephilie retorse. Je n'ai pas trouvé le lien
"A quoi ressemble le tableau de la vie cinématographique française selon nos perfides amis britanniques?C'est bien simple: «Le public français plébiscite les comédies romantiques ou les grosses farces et rejette en bloc le cinéma artistique tandis que pendant ce temps, les cinéphiles agonisent> (1). Ce jugement nuancé s'étalait la semaine dernière sur les quatre colonnes d'une page du Guardian, dans laquelle la correspondante à Paris du quotidien londonien, enfonçait à la massue le même vieux clou. Dans un vertigineux confusionnisme, on y lisait notamment qu'«après des années de déclin au cours desquelles le public a attendu en vain un nouveau Renoir ou un nouveau Louis Malle (sic!), la fréquentation des films d'auteur [ou «arthouse film», ndlr] est en chute libre». Plaçant résolument sa plume du côté de lamente plutôt que de celui du lièvre, la journaliste développe ensuite pour étayer ce point devise les «arguments» caricaturaux de l'anti-intellectualisme primaire. En gros: c'est la faute à la critique, forcément snob ou corrompue, et aux cinéastes eux-mêmes, naturellement vains et prétentieux. Les seuls auteurs qui, selon la rédactrice, consolident chez nous leur popularité, sont, tels Michèle Haneke, étrangers: donc ça ne compte pas, semble-t-elle déduire. Enfin, un peu plus loin, emporté par sa propre fronde, l'article déraille à propos des Bronzés 3 de ses 10 millions d'entrées: «Ironiquement le film le film réalisé par Patrice Leconte, autrefois l'un des plus grands espoirs du cinéma d'auteur français.» On aura donc tondu.
Après tout, peu importent les détails malhonnêtes dont cette plaidoirie poussiéreuse fourmille. Ce qui compte ici, c'est une fois de plus le message général qu' ellev éhicule,
absolument synchrone avec toutes les sortes de bassesse déversées par notre époque sur l'art ou la culture lorsqu'ils onde toupet d'échapper ou de ne pas correspondre aux lois du marché. La sanction du succès, la légitimation par le chiffre d'affaires, la péréquation idiote entre l'oeuvre et son impact quantitatif immédiat (car il s'agit désormais de faire ses preuves en quatre j ours d'exploitation): voilà désormais les seuls critères intelligibles retenus pour appréhender la «valeur» d'un film. Fondé sur le dogme implicite et ravageur selon lequel«lepublic a toujours raison», ce discours n'aqu'un objectif discréditer les formes les plus courageuses, novatrices et risquées en dissertant sur ces fameuses «bonnes raisons» au nom desquelles les spectateurs s'en éloignent. Parmi les diagnostics les mieux répandus chez nos Diafoirus des années zéro, on trouve également cette épitaphe devenue un peu trop courante et à ce titre suspecte: la cinéphile serait morte. Gilles Jacob luimême (toujours président suprême du Festival de Cannes) a déclaré les cinéphiles «espèce en voie de disparition» (2) et le distributeur Thomas Ordonnera (société Shellac) juge que «la cinéphilie n'existe plus en France»(3). Outre qu'on est un peu vexé de ne pas avoir reçu le fairepart, on aimerait poser autre ment le problème. La cinéphilie change, évolue et se transmute sans interruption depuis son origine. Le «corps cinéphile», si une telle chose existe, est en ce sens immortel. Que certains cinéphiles «historiques» ne le reconnaissent plus aujourd'hui témoigne sans doute de leur propre éloignement de l'objet cinéma et de ses transfigurations postmodernes. Mais cette perplexité, finalement, concerne davantage leur propre histoire qu'un «destin» de la cinéphile auquel ils aimeraient tant identifier leurs vies. Hélas pour eux, le cinéma est éternel; tant mieux pour nous, la cinéphile aussi".
(1) et (3) The Guardian du
29 janvier et guardian.co.uk/film
(2) Lire à ce propos le billet remarquable de Patrice Blouin dans les Inrocks du 23 janvier.
"A quoi ressemble le tableau de la vie cinématographique française selon nos perfides amis britanniques?C'est bien simple: «Le public français plébiscite les comédies romantiques ou les grosses farces et rejette en bloc le cinéma artistique tandis que pendant ce temps, les cinéphiles agonisent> (1). Ce jugement nuancé s'étalait la semaine dernière sur les quatre colonnes d'une page du Guardian, dans laquelle la correspondante à Paris du quotidien londonien, enfonçait à la massue le même vieux clou. Dans un vertigineux confusionnisme, on y lisait notamment qu'«après des années de déclin au cours desquelles le public a attendu en vain un nouveau Renoir ou un nouveau Louis Malle (sic!), la fréquentation des films d'auteur [ou «arthouse film», ndlr] est en chute libre». Plaçant résolument sa plume du côté de lamente plutôt que de celui du lièvre, la journaliste développe ensuite pour étayer ce point devise les «arguments» caricaturaux de l'anti-intellectualisme primaire. En gros: c'est la faute à la critique, forcément snob ou corrompue, et aux cinéastes eux-mêmes, naturellement vains et prétentieux. Les seuls auteurs qui, selon la rédactrice, consolident chez nous leur popularité, sont, tels Michèle Haneke, étrangers: donc ça ne compte pas, semble-t-elle déduire. Enfin, un peu plus loin, emporté par sa propre fronde, l'article déraille à propos des Bronzés 3 de ses 10 millions d'entrées: «Ironiquement le film le film réalisé par Patrice Leconte, autrefois l'un des plus grands espoirs du cinéma d'auteur français.» On aura donc tondu.
Après tout, peu importent les détails malhonnêtes dont cette plaidoirie poussiéreuse fourmille. Ce qui compte ici, c'est une fois de plus le message général qu' ellev éhicule,
absolument synchrone avec toutes les sortes de bassesse déversées par notre époque sur l'art ou la culture lorsqu'ils onde toupet d'échapper ou de ne pas correspondre aux lois du marché. La sanction du succès, la légitimation par le chiffre d'affaires, la péréquation idiote entre l'oeuvre et son impact quantitatif immédiat (car il s'agit désormais de faire ses preuves en quatre j ours d'exploitation): voilà désormais les seuls critères intelligibles retenus pour appréhender la «valeur» d'un film. Fondé sur le dogme implicite et ravageur selon lequel«lepublic a toujours raison», ce discours n'aqu'un objectif discréditer les formes les plus courageuses, novatrices et risquées en dissertant sur ces fameuses «bonnes raisons» au nom desquelles les spectateurs s'en éloignent. Parmi les diagnostics les mieux répandus chez nos Diafoirus des années zéro, on trouve également cette épitaphe devenue un peu trop courante et à ce titre suspecte: la cinéphile serait morte. Gilles Jacob luimême (toujours président suprême du Festival de Cannes) a déclaré les cinéphiles «espèce en voie de disparition» (2) et le distributeur Thomas Ordonnera (société Shellac) juge que «la cinéphilie n'existe plus en France»(3). Outre qu'on est un peu vexé de ne pas avoir reçu le fairepart, on aimerait poser autre ment le problème. La cinéphilie change, évolue et se transmute sans interruption depuis son origine. Le «corps cinéphile», si une telle chose existe, est en ce sens immortel. Que certains cinéphiles «historiques» ne le reconnaissent plus aujourd'hui témoigne sans doute de leur propre éloignement de l'objet cinéma et de ses transfigurations postmodernes. Mais cette perplexité, finalement, concerne davantage leur propre histoire qu'un «destin» de la cinéphile auquel ils aimeraient tant identifier leurs vies. Hélas pour eux, le cinéma est éternel; tant mieux pour nous, la cinéphile aussi".
(1) et (3) The Guardian du
29 janvier et guardian.co.uk/film
(2) Lire à ce propos le billet remarquable de Patrice Blouin dans les Inrocks du 23 janvier.