29 décembre 2006
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Le cinéma, art populaire et, par ailleurs, " impur " car il est tributaire des machines, allie d'innombrables ingrédients et croise de multiples domaines, a suscité dès son origine des commentaires enflammés : aux réactions de fascination des spectateurs et à l'enthousiasme des premiers théoriciens ont répondu en écho le mépris ou le rejet de certains observateurs. Avec le recul, on peut penser que ces réactions contrastées témoignent du sentiment de l'immense portée sociale et politique de l'invention, bien au-delà du seul enjeu esthétique. L'acte de naissance officiel du cinéma est la projection, en 1895, des films des Frères Lumière, sur trois sujets disparates : la sortie des usines Lumière, l'arrivée du train en gare de Ciotat, et une fiction, L'Arroseur arrosé. En 1997, Méliès crée un studio, invente les trucages, et tourne pour la première fois en lumière artificielle. D'emblée les différentes perspectives ouvertes par le cinéma sont esquissées : d'un côté il offre un moyen inédit et prodigieux d'enregistrement du réel, de l'autre, il paraît quasiment illimité. De ce double point de vue, les potentialités du cinéma sont encore très mal appréciées aujourd'hui, puisque l'on continue d'aller de surprises en surprises en découvrant les retombées d'innovations technologiques incessantes. Pour ses détracteurs, le cinéma fait office d'anti-culture dès le départ. Pour le plus notable d'entre eux, l'écrivain et polémiste Georges Duhamel, le cinéma, comme il l'écrit dans un texte resté célèbre datant de 1930, n'est qu'un " divertissement d'ilotes ", ou encore : " un passe-temps d'illettrés, de créatures misérables, ahuries par leur besogne et leurs soucis[...] un spectacle qui ne demande aucun effort, qui ne suppose aucune suite dans les idées, n'éveille au fond des cœurs aucune lumière, n'excite aucune espérance, sinon celle, ridicule, d'être un jour " star " à Los Angeles " (Scènes de la vie future, p. 58). Pour l'écrivain Paul Valéry, qui ne cache pas sa perplexité, c'est un " rêve artificiel ". Louis Delluc écrit pour sa part en 1922, avec plus de mesure : " Le cinéma est un art, mais c'est une industrie, [...], un commerce, c'est un monstre aussi difficile à étiqueter dans le rayon des arts que dans le rayon des machines "....
(la suite dans Cours particulier de philosophie)
Image : Senso de Visconti