Pour expliquer que l'on n'a rien à dire , il faut beaucoup de mots, dit Jankélévitch. Pour parler de la mort par exem
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"La difficulté est, à partir du langage, de penser tout ce qui est pensable dans l'impensable de la mort. Or cette difficulté est presque une impossibilité; presque mais pas tout à fait cependant. Il s'agit d'un jeu acrobatique avec quelque chose qui n'est rien et sur quoi il n'y a rien à dire. On pourrait répéter de la mort ce que nous disions du temps elle n'est jamais l'accusatif du verbe penser ni le complément direct d'une intention transitive; on ne peut penser qu'à propos d'elle ou autour d'elle; obliquement, en glissant à côté. Mais le jeu avec la mort est plus aigu encore que le jeu avec le temps, parce que le temps au moins se prolonge dans la continuation de la durée; une capture manquée en ce moment même peut réussir l'instant d'après... La mort, au contraire, n'arrive qu'une fois, une seule fois pour chacun dans toute l'éternité, et puis plus jamais! C'est le refrain obsédant de Poe et de Baudelaire. Par conséquent l'occasion d'une coïncidence avec l'instant de la mort, si on la laisse perdre, ne nous sera jamais renouvelée. Vouloir penser la mort est donc une folle entreprise condamnée d'emblée à l'échec. Il faudrait un miracle pour tomber à point nommé sur cet instant si vertigineusement unique qu'il diffère du néant tout juste par le fait d'être une fois advenu. Différence infinitésimale pour une occurrence non pas seulement rarissime mais unique. En somme l'ironie du sort fut d'écrire tout un livre pour dire qu'il n'y a rien à dire sur la mort. C'est ce qui m'est arrivé. Mais pour dire, pour expliquer qu'il n'y a rien à dire, il faut beaucoup de mots. La philosophie apophatique a besoin de beaucoup de paroles pour dire que la mort, que le temps, que la musique sont indicibles, et pour détourner les hommes des vains babillages. Permettez-moi de l'avouer :j'ai écrit ce livre, La Mort, dans l'espoir qu'il n'y aurait pas d'autre livre sur la mort, dans l'espoir que ce livre serait le dernier!" Quelque part dans l'inachevé
Note : apophatique: qui procède par négations pour approcher la connasissance de son objet (inconnaissable par les modes cognitifs ordinaires)