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1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 17:43



 Encore un texte provocateur. L'amour n'a rien de sublime pour Schopenhauer. Il n'est qu'une variante d'un instinct que nous partageons avec les (autres) bêtes:

"Manifestement le soin avec lequel un insecte recherche telle fleur, ou tel fruit, ou tel fumier, ou telle viande, ou, comme l'ichneumon, une larve étrangère pour y déposer ses neufs, et à cet effet ne redoute ni peine ni danger, est très analogue à celui avec lequel l'homme choisit pour la satisfaction de l'instinct sexuel une femme d'une nature déterminée, adaptée à la sienne, et qu'il recherche si ardemment que souvent pour atteindre son but, et au mépris de tout bon sens, il sacrifie le bonheur de sa vie par un mariage insensé, par des intrigues qui lui coûtent fortune, honneur et vie, même par des crimes comme l'adultère et le viol, - tout cela uniquement pour servir l'espèce de la manière la plus appropriée et conformément à la volonté partout souveraine de la nature, même si c'est au détriment de l'individu. Partout en effet l'instinct agit comme d'après le concept d'une fin, alors que ce concept n'est pas du tout donné. La nature l'implante là où l'individu qui agit serait incapable de comprendre son but ou répugnerait à le poursuivre; aussi n'est-il, en règle générale, attribué qu'aux animaux, et cela surtout aux espèces inférieures, qui ont le moins de raison; mais il n'est guère donné à l'homme que dans le cas examiné ici, car l'homme pourrait sans doute comprendre.  Le but- mais ne le poursuivrait pas avec toute l'ardeur indispensable, c'est-à-dire même aux dépens de son bonheur personnel. Aussi, comme pour tout instinct, la vérité prend ici la forme de l'illusion, afin d'agir sur la volonté. C'est un mirage voluptueux qui leurre l'homme, en lui faisant croire qu'il trouvera dans les bras d'une femme dont la beauté lui agrée, une jouissance plus grande que dans ceux d'une autre; ou le convainc fermement que la possession d'un individu unique, auquel il aspire exclusivement, lui apportera le bonheur suprême. Il s'imagine alors qu'il consacre tous ses efforts et tous ses sacrifices à son plaisir personnel, alors que tout cela n'a lieu que pour conserver le type normal de l'espèce, ou même pour amener à l'existence une individualité tout à fait déterminée, qui ne peut naître que de ces parents-là".
Arthur Schopenhauer, Métaphysique de l'Amour (1818), trac. M. Simon, Éd.. ÂGE, cool. 10-18, 1964, pp.. 52-53.
 Image de la Marquie d'O de Rohmer

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commentaires

B
Bonsoir, je suis élève en TS2 et j'ai exactement c'est extrait à étudier pour mercredi prochain.Je ne comprend pas tellment le texte qui s'avère très flou pour moi ...Pourriez vous m'orientez en m'indiquant l'idée générale du texte, son thème, la thèse et pourquoi pas une idée de plan ! En vous remerciant à très bientôt.PS : Vous pouvez me répondre par mail.Bonsoir.
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L
<br /> Non, je ne réponds pas par mail (un blog n'est pas un service particulier). Et je ne donne pas le plan , car en philo on ne fait pas des explications par plan. On explique mot à mot...<br /> L'idée générale  : c'est la dénonciation du caractère sublime de l'amour. Nous ne sommes que des animaux , mûs par l'intinct sexuel et nous croyons que nous tombons amoureux d'une personne<br /> unique et irremplaçable.<br />  Il faut expliquer la phrase clef : l'instinct poursuit le concept d'une fin , alors que ce concept n'est pas donné. Cela signifie que l'animal n'a pas la cosncience (concept) de la fin (but)<br /> qu'il poursuit.<br /> Ensuite il faut rapprocher Schopenahauer de tous les philosophes qui montrent la part d'illusion dans tout désir: voyez le texte de Rousseau "Malheur à qui n'a plus rien à désirer".<br />  Pour la partie critique, il faut montrer toute la différence entre l'instinct sexuel et l'amour fou qui , dans les romans, conduit souvent au désespoir,parfois à la mort! Voir la Princesse de<br /> Clèves par exemple qui dit NON à l'amour, ce que ne fait jamais un animal.<br /> <br /> <br />
V
Bonjour Julie, je voudrai savoir si tu pourrais me contacter  car j'ai le meme texte a étudier que toi, mon email ggetvy@aol.com. Merci
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J
Bonjour ,je me presente : Julie , lyonnaise ,actuellement en terminale L je vous écris car je dois etudier un passage de Schopenhauer et la Metaphysique de l ' amour pour le cours de philosophie. Le passage que je dois etudier est p.45 du livre La metaphysique de l ' amour et la mort : " Car c ' est la generation future dans toute sa determination individuelle qui tend à l ' existence au moyen de ses menées et de ces efforts. Oui elle se fait remarquer déjà dans le choix si prudent, si précis, si obstiné, qui preside à la satisfaction de l ' instinct sexuel et que l ' on apelle l ' amour. (...) en qui survivent les qualités hereditaires de l ' un et de l ' autre, confondues et unies en un seul individu.<br /> <br /> Je vous avoue que malgré avoir compris les lignes principales de ce texte , je ne sais que dire mis à part des choses tres superficielles.Ce que j ' en ai degagé :<br /> - le fait que l ' amour ne soit en réalité que volonté , qu ' instinct de reproduction de l\\\'espece <br /> -que l\\\'homme embrasé par l\\\'amour soit trompé par cette volonté en pensant a quelque chose de beaucoup plus grand<br /> -que la personne que l\\\'on choisit est inconsciemment choisis dans le but d\\\'une meilleure reproduction.<br /> <br /> Je sais que Schopenhauer était tres pessimiste et qu\\\'il ne voyait aucune beauté ni à la vie , ni à l\\\'amour et qu\\\'il semblait apparement detester les femmes ( peut-être à cause de sa mere avec laquelle il ne s\\\'est jamais entendu ) etant donné son essais sur les femmes.<br /> Pensez-vous que je puis inserer ceci dans le commentaire de mon passage ?<br /> Pourriez vous m\\\'eclairer sur quelques pistes (si vous en avez le temps et l 'envie )? <br /> <br /> Aurevoir <br /> Merci
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L
 Il ne faut surtout pas insérer ces considérations sur la vie de Schopenhauer. Dans un premier temps, en vous appuyant sur Platon (le mythe du Phédre, vous connaissez?) et Freud, donnez raison à Schopenhauer en montrant à quel point nous sommes gouvernés par des forces (libido, pulsions, réminiscences etc...) que nous ne gouvernons pas. Vous pouvez aussi vous appuyer sur le texte de Descartes sur la fille qui louche. Mais dans un second temps, il faut tout de même dire que l'homme se différencie de l'animal , car il a le choix.. .malgré tout!   Il compare, il apprécie aussi des qualité morales ou intellectuelles.Pour lui, contrairement à ce que semble indiquer Schopenhauer, tous les partenaires ne sont pas équivalents..Ca ira?