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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 19:48

 Selon Locke, l'identité personnelle n'est pas fondée sur une identité de substance, mais sur une identié de conscience:

§ 9. "En quoi consiste l'identité personnelle. - Cela posé, pour trouver en quoi consiste l'identité personnelle, il faut voir ce qu'emporte le mot de personne. C'est, à ce que je crois, un être pensant et intelligent, capable de raison et de réflexion, et qui se peut considérer soi-même comme le même, comme une même chose qui pense en différents temps et en différents lieux ; ce qu'il fait uniquement par le sentiment qu'il a de ses propres actions, lequel est inséparable de la pensée, et lui est, ce me semble, entièrement essentiel, étant impossible à quelque être que ce soit d'apercevoir sans s'apercevoir qu'il aperçoit. Lorsque nous voyons, que nous entendons, que nous flairons, que nous goûtons, que nous sentons, que nous méditons, ou que nous voulons quelque chose, nous le connaissons à mesure que nous le faisons. Cette connaissance accompagne toujours nos sensations et nos perceptions présentes ; et c'est par là que chacun est à lui-même ce qu'il appelle soi-même. On ne considère pas, dans ce cas, si le même soi est continué dans la même substance, ou dans diverses substances. Car puisque la conscience accompagne toujours la pensée, et que c'est là ce qui fait que chacun est ce qu'il nomme soi-même, et par où il se distingue de toute autre chose pensante : c'est aussi en cela seul que consiste l'identité personnelle, ou ce qui fait qu'un être raisonnable est toujours le même. Et aussi loin que cette conscience peut s'étendre sur les actions ou les pensées déjà passées, aussi loin s'étend l'identité de cette personne : le soi est présentement le même qu'il était alors, et cette action passée a été faite par le même soi que celui qui se la remet à présent dans l'esprit.".

Essai concernant l'entendement humain , 1694,  Livre II, chapitre 27
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commentaires

O
Il me semble, Simoes, que Locke essaie de répondre à la question: "qu'est-ce qui fait que je suis moi, et que je puisse considérer que je le reste toujours, malgré les changements qu'apporte le temps, et non que je devienne quelqu'un d'"autre?" <br /> Grosso modo, c'est selon lui la conscience d'être et de sentir, et la mémoire, ou plus précisément l'ensemble des souvenirs non oubliés: restés accessibles à la conscience;<br /> je ne suis pas philosophe de formation, mais ce thème m'intéresse tout particulièrement, parce qu'il aborde de front la question de la nature du "Moi"; sous sa forme substantivée, ce mot a été introduit dans la langue par Descartes, et immédiatement après en avoir pris connaissance, et même si précédemment Montaigne déjà avait évoqué cette question de l'identité personnelle d'une manière plus indirecte, par des considérations empreintes de scepticisme, Pascal y a réagi avec la véhémence inquiète, pour ne pas dire angoissée, qui le caractérise souvent: il se demande quel est au juste ce "Moi" dont parle Descartes, et il s'interroge sur son existence même en tant qu'entité stable et permanente; <br /> Locke reprend la problématique de façon plus systématique et plus apaisée, mais ses conclusions seront remises en cause notamment par Hume au siècle suivant, Hume qui à son tour, de façon encore plus radicale, met en doute l'existence d'un "Moi" individuel.<br /> Avec mille nuances relatives aussi bien au sens qu'il convient de donner au mot, qu'à l'acceptation ou non d'un ou plusieurs de ces sens possibles, cette thématique, qui dans la plupart des systèmes de pensée orientaux ( brahmanisme des Upanishads, bouddhisme, etc..) était déjà très explicite dans un passé lointain, ne quittera plus le domaine des questions abordées par la pensée philosophique en Occident, via Fichte, Mach, Husserl et Erwin Schrödinger (pas à propos d'un chat!!) notamment...<br /> Je vous laisse découvrir par vos propres soins les textes de référence, Simoes, en ajoutant simplement encore que de nos jours, parmi les auteurs francophones ou du moins accessibles en traduction française, Stéphane Ferret et Michel Bitbol - qui a par ailleurs traduit et commenté la plupart des textes philosophiques de Schrödinger, l'incontournable et à mon avis extraordinaire livre qu'est "L'esprit et la matière" entre autres - me paraissent avoir fourni les réflexions les plus riches et stimulantes pour l'esprit à ce sujet (pardonnez ce double jeu de mots involontaire)...
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S
Bonjour, je ne comprends pas toutes les nuances de ce texte, vous pourriez me l'expliquer ?
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