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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 01:32

 

Le mariage hétérosexuel est-il la normalité ?

 

 

Serge Provost

Professeur de philosophie

 

« L’hétérosexualité n’a rien de normal, elle est juste courante. »

Dorothy Parker.

 

 

Freud, ce « réactionnaire bourgeois viennois typique » du début 20e, a-t-il quelque chose à nous apprendre sur le mariage des homosexuels de notre début 21e ?

 

Sa théorie, quoiqu’on en pense, nous force à reconsidérer nos catégories usuelles de normalité et d’anormalité. Comme il l’a lui-même noté à maintes reprises, la polysémie du terme « normalité » invite à la réserve. Mieux que quiconque, il a montré que ce concept « piégé » possédait trois sens distincts à ne jamais confondre.

 

Le premier est d’ordre statistique. Par exemple, si une personne possède 70 ou 140 de quotient intellectuel alors que la moyenne de la population se situe entre 100 et 110, elle passera pour « anormale ». Le second est d’ordre « sanitaire ». Il désigne le fonctionnement adéquat d’une partie d’un tout. Par exemple, si vous passez un examen médical et que le médecin constate que tous les organes de votre corps accomplissent leurs fonctions, il dira que tout fonctionne « normalement ». Le troisième sens, plus problématique, est d’ordre normatif. Il concerne l’obéissance impérative à des normes sociales, morales, religieuses, vestimentaires, etc. Dans cette acception, le normal réfère au socialement acceptable. Or, l’objectif de toute norme, note Freud, est l’atteinte d’une certaine conformité. C’est ici que le bât blesse.

 

Freud pose une autre question fondamentale : « Mais qu’est-ce qu’une sexualité « normale » ? S’agit-il d’être en règle avec « son » désir ou, au contraire, d’obéir aveuglément aux normes du groupe ? L’interrogation mérite réponse, car ce qui est satisfaisant pour l’individu, en matière sexuelle ne correspond généralement pas à la définition donnée par la majorité. Il écrit : [...] « chacun de nous dépasse soit ici, soit là, dans sa propre vie sexuelle, les frontières étroites de ce qui est normal » […] (Freud, Cinq psychanalyses, P.U.F.1966, p.35.) Le sexuel est le terrain de prédilection de la diversité. Le « normal »  de monsieur X ne correspond pas à celui de monsieur Y.

 

De surcroît, la normalité sociale, trop rigidement définie, pourrait rendre fou tel ou tel sujet si elle ne correspond pas à son mode de satisfaction pulsionnelle. La renonciation individuelle, tout comme la répression sociale, entraîne de lourdes conséquences psychiques. L’institution du mariage, note Freud, a poussé bien des hommes à vivre une double vie faite d’hypocrisie, à prendre maîtresses et fréquenter les maisons closes. Elle a également incité les femmes à naviguer « entre un désir inapaisé, l’infidélité ou la névrose » (Freud, La vie sexuelle, P.U.F. 1969, pp.33-42.) Imaginez un seul instant que vous vivez dans un pays islamique intégriste... Habitué comme vous l’êtes à vivre dans un climat de permissivité, votre équilibre mental n’en serait-il pas sérieusement perturbé ?

 

Comme on peut le constater, la psychanalyse invite à jeter un second regard sur les jugements trop souvent réducteurs lorsqu’il est question de comparer la sexualité majoritaire (l’hétérosexualité), minoritaire (l’homosexualité) et déviante (les perversions). N’en déplaise aux censeurs qui font de la vie sexuelle une question de morale, constate Freud, les « trois sexualités » se confondent plus souvent qu’on ne le croit, y compris chez les individus dits normaux (Freud, La vie sexuelle, P.U.F.1969, pp.33-42.) Il semblerait même que l’exploration des régions anales ferait désormais partie de l’éventail des pratiques hétérosexuelles… Pour ce qui est de l’exhibitionnisme, du voyeurisme et du sadisme, rappelons seulement que ses formes larvées sont en vente libre dans tous les Clubs Vidéo d’Occident. Et, en un clic de souris, sur Internet. Et sur les pages de vos amis, sur Facebook...

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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commentaires

Ewa 05/12/2012 23:09


Je suis ravie de vous avoir fait rire, Tom. 


D’autant plus que rire, c’est « philosopher » un peu. :~)


 



Tom 04/12/2012 19:31


Haha Ewa vous m'avez beaucoup fait rire! Je partage vos doutes sur les Freudiens. Et sur  Freud en particulier Cordroch : si il est bien un psychanalyste charlatan, mensonger, prétentieux et
pervers c'est Freud! Mais génial aussi, ô combien génial...
Ce n'est pas tant les conclusions de Freud qui sont majeures, et pourtant elles sont déjà assez formidable et très intéressantes, mais le mouvement qu'il a initié (qui déborde de la
psychanalyse).
Et merci pour le lien

laurence hansen-love 04/12/2012 23:35



on ne dit pas de mal de mon chéri ici. Je  l'aime depuis ma jeunesse, et toujours davantage, surtout depuis qu'il a pris les traits de Montgomery Clft dans Freud Passions secrètes


 J'ai publié dernièrement son Avenir d'une illusion (chez Hatier)..  quel homme extraordinaire!


Et quelle radicalité dans sa critique de la religion..



Serge Provost 04/12/2012 16:19


      Sur le thème : « Le cerveau a-t-il un sexe ? »



Si la réponse est oui, quelles sont alors les conséquences ?


 


http://www.books.fr/blog/sondage-exclusif-booksopinionway-2-1/


 

j f cordroc'h 03/12/2012 11:34


Salut Ewa


Pas beaucoup le temps  d'écrire ces temps-ci, mais juste ceci . Il y a Freud loin d'être irréprochable , il y a ces théories , elles aussi très contestables à mon avis  , je pense qu'on
est d'accord la dessus , et il y a les Freudiens pratiquants , les psychanalystes , ce sont effectivements eux les plus dangereux , comme les fanatiques et intégristes en tout genre . Et se dire
philosophe n'est absolument pas pour moi être prétentieux , c'est tout simplement d'éprouver pleinement la vie en soi  d'aimer cela et le partager .

Ewa 02/12/2012 15:53


Désolée d’avoir été hors sujet concernant le texte du professeur Provost et d’avoir réagi de manière si épidermique à ces aspects du freudisme qui me sont insupportables (cela n’a rien à voir
avec cet article, sauf peut-être qu’il s’agit de la même référence à Freud). Mais malgré tout, je me permets de récidiver. :~)


 


Vous dites, professeure Hansen-Love, que « Freud n’y est pour rien « … Oui… En tout cas, il n’a pas «soigné» l‘autisme, si je ne me trompe pas. Quoique, les cas de «guérisons» de Freud
ne sont pas moins mensongers et effrayants. 


Mais toute la corporation très influente des psychanalystes fidèles à la théorie freudienne (il ne s’agit pas ici de quelques cas isolés des «psy crétins« )  -  qui
s’accrochent et s’obstinent à «soigner» les enfants autistes, en «ignorant» l’efficacité d’autres méthodes juste pour pouvoir garder leurs «boutiques», leurs «clients« et conserver intacte leur
sainte idéologie, en détruisant la vie des gens, ne se remettant pas en question malgré les échecs constants et flagrants, niant le facteur somatique de la maladie, - elle y est, cette confrérie,
(un peu, quand même, peut-être…) pour quelque chose, nom d‘Œdipe!… S’il n’y avait pas eu de révolte des parents maltraités et poussés à bout, rien n’aurait bougé dans cette sordide et exécrable
affaire.


 


En règle générale, il est difficile de contester les méthodes, élucubrations et obsessions du psychanalyste freudien, car dès qu’on dit non, on aggrave son cas : on est dans le déni, dans le
refoulement. Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, la psychanalyse a toujours raison.  


« Je ne le pense pas, mais si vous insistez et y tenez tellement, je veux bien admettre, pour vous faire plaisir, que j’avais voulu coucher avec mon père, pourquoi pas?, c’est un homme
charmant et séduisant, encore aujourd’hui. Mais vouloir lui soutirer jalousement le pénis qui m’avait manqué (sic) ou avoir un enfant avec lui, c’est un peu trop gros, car j’ai appris l’existence
de cette partie essentielle de l’anatomie masculine assez tardivement, et je n’ai pas ressenti le désir d’avoir un enfant jusqu’à maintenant. Ah, c’est inconscient? Ça explique tout… Quand j’y
pense, il m’avait certainement désiré aussi, mon père, j’étais si mignonne et coquette à l’âge de 3 ans, je crois même que nous sommes passés à l’acte et j’ai enfui tout cela dans mon
inconscient. Tant qu’on n’y est, une petite question. J’aime ma mère beaucoup plus que mon père, je ne l’avais jamais considérée comme une rivale, nous étions et nous sommes toujours très
complices. Ne croyez-vous pas que j’avais pu sans problème partager mon père avec elle? Pourquoi faire tant d’histoires pour quelques coucheries, franchement… Non? Ce n’était pas possible à
Vienne au XIX siècle? Effectivement… Heureusement que vous savez lire dans le marc de café, ah zut!, dans l’inconscient de Freud, ah pardon!, dans le vôtre, excusez-moi, quel lapsus! j’ai voulu
dire, dans le mien. Nous voilà bien avancés… Combien je vous dois? »


 


JF Cordroc’h, ne vous excusez pas. Mes propos, comme vous pouvez le constater, n’ont strictement aucune prétention d’être «philosophiques». Il m’arrive également de
rester «primaire» quand j‘ai du mal à sublimer mes pulsions, vous devriez essayer de temps en temps, c’est très agréable…


Impatiente de lire vos réflexions sur le texte de Serge Provost. En attendant, cet article vous intéressera peut-être : 


http://banquetonfray.over-blog.com/article-sexe-et-cerveau-88589978.html