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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 10:42

Encore faudrait-il savoir pourquoi nous voulons devenir riche?

 

 

« Dans l'état actuel des choses, on entoure d'admiration et de respect les hommes qui semblent riches. C'est la principale raison pour laquelle les hommes désirent être riches. Les biens matériels qu'ils pourraient acheter pour leur argent ne jouent qu'un rôle très secondaire. Prenez, par exemple, un millionnaire qui ne peut pas distinguer un tableau d'un autre, mais qui à l'aide des experts a acquis une galerie de tableaux d'anciens maîtres. Le seul plaisir qu'il tire de ses tableaux est la pensée que les autres savent combien il les a payés ; il aurait tiré beaucoup plus de plaisir des chromos sentimentaux dans les journaux de Noël, mais il n'aurait pas la même satisfaction pour sa vanité.

[…]

L'importance de ces faits consiste en ceci que le désir moderne pour les richesses n'est pas inhérent à la nature humaine et pourrait être détruit par d'autres institutions sociales. Si, par la loi, nous avions tous exactement le même revenu, nous serions obligés de chercher un autre moyen d'être supérieurs à nos voisins, et notre volonté actuelle des biens matériels cesserait en grande partie. De plus, comme ce désir est de la nature de la concurrence, il ne nous rend heureux que si nous dépassons un rival, qui par ce fait est rendu malheureux. Une augmentation générale de richesses ne donne pas un avantage sur des rivaux, et c'est pourquoi il ne donne pas de bonheur. Bien entendu, il y a un certain plaisir qui vient de l'usage des biens acquis, mais, nous l'avons vu, cela n'est qu'une petite partie de ce qui nous fait désirer la richesse. Et, dans la mesure où notre désir vient de la concurrence, aucune augmentation du bonheur humain total ne vient de l'accroissement des revenus, qu'il soit général ou particulier.

[..]

Je ne peux pas croire que la vertu est proportionnelle au revenu, ni qu'il est mauvais moralement d'avoir des difficultés à s'adapter au troupeau. Nul doute que mes opinions sur ce sujet ne soient tendancieuses puisque je suis pauvre et bizarre ; mais, bien que je reconnaisse ce fait, elles demeurent tout de même mes opinions »

Russell Essais sceptiques, (1928) pp 92 et 105

 

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