En voici des extraits
Extraits du livre de Pascal Picq (2026)
INTRODUCTION « Le propre de l'homme serait-il les violences faites aux femmes ? Les chiffres des féminicides, à eux seuls, sont effrayants
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Il semble que rien ne puisse enrayer ces violences sexistes et sexuelles. Si des violences sexuelles avec des atteintes physiques, s'observent chez des espèces proches, comme les chimpanzés les violences sexistes sont propres aux humains. Elles relèvent d'un système de domination structuré, fondé sur la symbolisation du sexe et du genre.
(…)
Quelques décennies d'avancées pour la cause des femmes ont occulté la dégradation des deux derniers siècles–une régression dont les fondement sexistes et discriminatoires ne viennent pas de la Préhistoire, mais de notre modernité.
(…)
Alors, une fois de plus, quelles sont les causes des violences faites aux femmes et leurs conséquences pour l'avenir de notre espèce? »
(Pascal Picq, Anthropologie des violences faites aux femmes au XXIe siècle, introduction)
« Ce qui distingue l'humain n'est pas la violence en soi, mais sa capacité à la rendre légitime, durable et institutionnalisée.
Les violences sexistes sont symboliques (elles reposent sur des représentations) , institutionnelles (elle s'inscrivent dans le droit, l'économie, la famille) transmises culturellement (éducation, normes, socialisation), déconnectées de toute nécessité adaptative (…)
Les violences sexistes ne sont ni naturelles ni animales. Elles constituent un marqueur anthropologique dégradant de l'humanité, révélateur d'un décalage entre la puissance sociale et technique des sociétés humaines et leur capacité de régulation éthique » (Pascal Picq , Anthropologie des violences faites aux femmes au XXe siècle, page 61)
« Du code Napoléon à la Seconde Guerre mondiale, les femmes sont infantilisées, soumises à l'autorité des pères et maris, ne peuvent souscrire à des emprunts, ouvrir un compte bancaire, ni avoir un métier sans autorisation du père ou du mari.
(… ) C’est l'invention de la vie privée, selon les canons de l'idéologie patriarcale de la bourgeoisie depuis la révolution française et en partie en réaction aux moeurs plus tolérantes de la noblesse.
Même si le Moyen Âge n'était pas si courtois pour les femmes, la Renaissance marque une rupture. La redécouverte des textes de l'Antiquité réanime les conceptions phallocrates des civilisations grecques et romaines, ce que favorise l'imprimerie. Apparaissent des textes avec des thèses profondément misogynes. L'Eglise s'engage dans cette voie. Il en va de même dans les universités, en pleine expansion, les corporations comme les institutions séculaires tenues par les hommes dans le cadre de l'édification des Etats de droit. Arrive le temps des chasses aux sorcières qui sévit jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, dans quelques pays européen : « une guerre des sexes » institutionnalisée »
Pascal Picq, Anthropologie des violences faites aux femmes au XXIe siècle, p.49
Les violences sexistes et sexuelles chez Homo sapiens (Pascal Picq)
« Les femmes doivent accepter la soumission sexuelle comme une obligation maritale.
L’ idéologie patriarcale permet aux hommes d'exercer un contrôle sexuel et reproductif sur les femmes, ce qui rend probable que la proportion réelle des femmes subissant le viol conjugal est beaucoup plus élevée que les chiffres déclarés. La honte associée au signalement d'expériences intimes, la perception que le sexe non consensuel devient inévitable dans le mariage, et la crainte de répercussions sociales ou familiales constituent des barrières majeures au signalement. Il y a donc de grandes différences d'appréciation de la gravité du viol conjugal selon les cultures et leur idéologie de la domination masculine ».
Pascal Picq, Anthropologie des violences faites aux femmes au XXIe siècle, p.83
Féminicides
Le féminicide – le meurtre d'une femme en raison de son sexe – est la forme la plus extrême de violences sexistes. En 2024, selon l’ ONU, 87 000 femmes ont été tuées dont 51 100 par leur partenaire, intime ou un membre de leur famille dans le monde. A l'échelle mondiale, l'ONU estime qu'une femme est tuée toutes les 10 minutes par un partenaire intime ou un membre de la famille.
En 2024, 60 % des auteurs de féminicides étaient des partenaires intimes ou des membres de la famille. L'Afrique affiche le taux le plus élevé au monde avec 30 femmes tuées par million d'habitants, tandis que l'Europe au sens large présente un taux de quatre à cinq par million. C'est une spécificité à la fois quantitative des qualitative de notre espèce. Ces chiffres globaux dissimulent de fortes variations régionales, reflétant là, aussi des facteurs culturels, économique et institutionnels».
(Pascal Picq, Anthropologie des violences faites aux femmes au XXIe siècle,
p 118).
La Menace masculiniste
« «En janvier 2026, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a publié son rapport annuel sur l'état du sexisme France, sous le titre « La Menace masculiniste ». C'est la première fois qu'une institution publique française consacre une analyse dédiée aux masculinismes dans le cadre d'un rapport officiel, qualifiant explicitement ce phénomène de menace à l'ordre public et d'enjeu de sécurité nationale.
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En dépit de l'ampleur de ces sévices, 60 % des hommes pensent que les féministes ont comme but de donner plus de pouvoir aux femmes qu'aux hommes – alors qu'elles ne revendiquent que plus d'égalité moins de violences - ce qui souligne la profondeur et l'inanité du sentiment cognitivement faussé sur lequel prospèrent les masculinismes.
(…)`
La masculinité hégémonique produit des dommages psychologiques pour les hommes eux-mêmes : inhibition émotionnelle isolement relationnel, surmortalité par suicide. Les deux crises – hommes en souffrance et femmes victimes de violences–sont les deux faces d'un même système d'oppression patriarcal et non des concurrences victimaires.
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Conclusion : « Les violences sexistes et sexuelles constituent l'une des formes d'oppression les plus massives et les plus destructrices de notre époque, affectant la moitié d'humanité, les femmes. Loin de résulter d'une fatalité biologique ou d'un héritage préhistorique, elles s’enracinent dans des transformations historiques, économiques et sociales qui se sont progressivement mises en place et renforcées avec ce que nous appelons là « modernité », Pascal Picq, Anthropologie des violences faites aux femmes au XXIe siècle, page 280-284.
Pascal Picq
Conséquences économiques (des violences exercées sur les femmes actuellement dans le monde)
Au-delà des conséquences individuelles, dévastatrices, les violences sexuelles au travail génèrent des pertes économiques considérables, affectant les victimes, les employeurs, l'économie dans son ensemble. Les Nations Unies ont estimé, en 2018, le coût mondial du harcèlement sexuel et des violences basées sur le genre au travail à 1,5 billions de dollars américains–l'équivalent du PIB du Canada. Les entreprises privées dépensent collectivement 6,6 milliards de dollars par an uniquement règlement de cas de harcèlement sexuel (p.325)
(…)
Le paradoxe du développement économique
Du point de vue économique, évolutionnaire, les discriminations et violences contre les femmes représentent une perte massive de capital humain. Les analyses économiques estiment que l'abolition de l'écart de genre dans la participation au marché du travail pourrait augmenter le PIB de 35 % pour les pays en développement. Les gains proviendraient pour quatre cinquièmes, de l'ajout de travailleuses à la force de travail avec un cinquième de gains résultant spécifiquement de l'effet de diversité de genre sur la productivité. (p 339)
En conclusion
Ces régimes de violences sont des dysfonctionnements dans la majorité des sociétés humaines actuelles, perpétuées par des normes, des institutions et des représentations, qui ont longtemps placé les femmes dans une position de disponibilité, de vulnérabilité ou de subordination. Il en coûte à l'humanité des ressources immenses en dépenses de santé, en perte de talents, pour l'innovation, en vitalité démographique qualitative, en stabilité sociale et en capacité d'aborder l'avenir. À l’heure où les sociétés doivent faire face à des défis planétaire.–climat, biodiversité, transition, technologique inégalité,–, la persistance de ces violences, nuit à l'intelligence collective, à la coopération et aux progrès.(p 355)
Conclusion générale : l'évolution humaine compromise
Les sociétés humaines durables seront celles qui parviendront à contenir la violence masculine, non à la naturaliser. L'enjeu ne concerne pas seulement le nombre d'enfants qui naissent , mais également les conditions morales, relationnelles et symboliques de l'évolution en train de se faire. En ce sens, l'égalité entre les femmes et les hommes, bien plus qu'un simple, en jeu, moral ou politique, public, économique, devient une condition ontologique, existentielle, de l'avenir de l’humanité.
Pascal Picq , Anthropologie, des violences, faites aux femmes au XXIe siècle,
Les conséquences pp. 325— 387