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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 20:22

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« Pensée fondamentale d'une culture de commerçants.

 

On assiste aujourd'hui en plusieurs endroits à l'apparition de la culture d'une société dont le commerce  constitue l'âme tout autant que la rivalité individuelle chez les anciens Grecs et que la guerre, la victoire et le droit chez les Romains. Celui qui pratique un commerce s'entend à tout taxer sans le fabriquer  et, très précisément, à taxer d'après les besoins du consommateur  non d'après ses propres besoins les plus personnels:" Quels gens et combien de gens consomment cela?",  voilà pour lui la question des questions. Ce type d'estimation, il l'applique dès lors instinctivement et constamment : à tout, et donc aussi aux productions des arts  et des sciences, des penseurs  savants, artistes et hommes  d'Etat, des peuples et des partis, des époques tout entières  : à propos de tout ce  qui se crée, il s'informe de l'offre et de la demande, afin de se fixer  pour lui-même la valeur d'une chose. Cette attitude érigée en caractère déterminant de toute une culture, élaborée jusqu'à l'illimité comme jusqu'au plus subtil, imposant sa forme  à tout vouloir et à tout pouvoir : voilà ce dont vous serez fiers, hommes du siècle  à venir : si les prophètes de la classe commerçante ont raison de vous en promettre la possession. Mais j'ai peu de foi en ces prophètes..."

 Nietzsche, Aurore (1886),  § 175. Traduction Julien Hervier, Gallimard,  1970.

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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