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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 13:01

"La philosophie n’est véritablement qu’une occupation  pour l’adulte, il n’est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsqu’on veut la conformer à l’aptitude moins exercée de la jeunesse. L’ étudiant qui sort de l’enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu’il va apprendre la Philosophie, ce qui est pourtant impossible car il doit désormais apprendre à philosopher. Je vais m’expliquer plus clairement : toutes les sciences qu’on peut apprendre au sens propre peuvent être ramenées à deux genres : les sciences historiques et mathématiques. Aux premières appartiennent, en dehors de l’histoire proprement dite, la description de la nature, la philologie, le droit positif, etc. Or dans tout ce qui est historique l’expérience personnelle ou le témoignage étranger, – et dans ce qui est mathématique, l’évidence des concepts et la nécessité de la démonstration, constitue quelque chose de donné en fait et qui par conséquent est une possession et n’a pour ainsi dire qu’à être assimilé il est donc possible dans un cas d’apprendre, c’est-à-dire d’imprimer soit dans la mémoire, soit dans l’entendement, ce qui peut nous être exposé comme une discipline déjà achevée. Ainsi  pour pouvoir apprendre aussi la  Philosophie, il faudrait d’abord qu’il en existât réellement une. On devrait pouvoir présenter un livre, et dire : « Voyez, voici de la science et des connaissances assurées ; apprenez à le comprendre et à le retenir, bâtissez  ensuite là-dessus, et vous serez philosophes » : jusqu’à ce qu’on me montre un tel livre de philosophie, sur lequel je puisse m’appuyer à peu près comme sur Polybe  [1]pour exposer un événement de l’histoire, ou sur Euclide pour expliquer une proposition de géométrie, qu’il me soit permis de dire on abuse de la confiance du public lorsque, au lieu d’étendre l’aptitude intellectuelle de la jeunesse qui nous est confiée, et de la former en vue d’une connaissance personnelle future, dans sa maturité, on la dupe avec une philosophie prétendument déjà achevée, qui a été imaginée pour elle par d’autres, et dont découle une illusion de science, qui ne vaut comme bon argent qu’en un certain lieu et parmi certaines gens, mais qui est partout ailleurs démonétisée. La méthode spécifique de l’enseignement en philosophie est zététique, comme le nommaient quelques anciens (de dzetein, rechercher), c’est-à-dire qu’elle est une méthode de recherche, et ce ne peut être que dans une raison déjà exercée qu’elle devient en certains domaines dogmatique, c’est-à-dire dérisoire ».

Annonce du programme des leçons de M.E. Kant durant le semestre d’hiver 

 

(1765 -1766), traduction de Michel Fichant, Editions Vrin, 1973, page 68 – 69.

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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