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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 12:56

 

 

 

 Vous noterez la convergence de Rousseau, Voltaire et Kant sur ce thème: 

 

« Dieu ne doit pas être représenté comme une substance extérieure à moi, mais comme le principe moral suprême en moi » 1. Il est possible, selon Kant, de  tenir nos devoirs pour des commandements divins. Il ne s’agit certes pas d’une connaissance. Ce n’est  qu’une hypothèse (« une pensée subjective ») mais qui fournit à la loi morale un appui transcendant. 

 

La religion (considérée subjectivement) est la connaissance de tous nos devoirs comme commandements divins.

 

(Note de Kant):  Grâce à cette définition, on évite mainte interprétation erronée du concept de religion en général. Premièrement, elle n’exige pas  en ce qui concerne la connaissance théorique et la confession de foi une science assertorique 2 (même pas celle de l’existence de Dieu) ; car, étant donné notre déficience pour ce qui est de la connaissance d’objets suprasensibles, cette confession pourrait bien être une imposture ; elle présuppose seulement, du point de vue spéculatif, au sujet de la cause suprême des choses, une admission problématique (une hypothèse), mais par rapport à l’objet en vue duquel notre raison, commandant moralement, nous invite à agir, une foi pratique, promettant un effet quant au but final de cette raison, par suite une foi assertorique et libre, laquelle n’a besoin que de l’idée de Dieu où doit inévitablement aboutir tout effort moral sérieux et, par suite, soutenu par la foi) en vue du bien, sans pouvoir  en garantir par une connaissance théorique la réalité objective. Pour ce qui peut être imposé à chacun comme devoir, le minimum de connaissance (possibilité de l’existence de Dieu) doit suffire subjectivement. Deuxièmement, on prévient, grâce à cette définition d’une religion en général la représentation erronée, qu’elle constitue un ensemble de devoirs particuliers 4 se rapportant à Dieu directement, et on évite ainsi d’admettre (ce à quoi les hommes sont d’ailleurs très disposés) outre les devoirs humains moraux et civiques  (des hommes envers les hommes) des services de cour 3, en cherchant peut-être même par la suite à compenser par ces derniers, la carence des premiers. Dans une religion universelle, il n’y a pas de devoirs spéciaux à l’égard de Dieu, car Dieu ne peut rien recevoir de nous et nous ne pouvons agir ni sur lui, ni pour lui .

 Emmanuel Kant, La religion dans les limites de la simple raison (1793),  traduction  J. Gibelin, Ed . Vrin, 1972, pp 201-202

 Note 1 : Opus postumum, XXI.

Note 2 :  Un jugement assertorique affirme la réalité d’un objet. Exemple : « Dieu existe ».

Note 3 : Des services liés à des fonctions, c’est-à-dire imposés par le pouvoir, ici le pouvoir ecclésiastique.

Note 4 : Kant rejoint ici Platon ( : Dieu n’a que faire de nos « soins ».

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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