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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 19:59

Pour Freud  la religion est une illusion, et non pas une erreur. Elle est enracinée dans des désirs très profonds, et très communément partagés. C’est la raison pour laquelle elle ne peut être éliminée simplement par la connaissance ou  par la volonté. Freud fournit cependant une explication de l’illusion religieuse tout à fait différente de celle de Marx.

 

Ces idées, qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé –protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un père, à un père cette fois plus puissant. L’angoisse humaine  en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine, l’institution d’un ordre moral de l’univers assure la réalisation des exigences de la justice, si souvent demeurées irréalisées dans les civilisations humaines, et la prolongation de l’existence terrestre par une vie future fournit les cadres de temps et de lieu où ces désirs se réaliseront. Des réponses aux questions que se pose la curiosité humaine touchant ces énigmes : la genèse de l’univers, le rapport entre le corporel et le spirituel, s’élaborent suivant les prémisses du système religieux. Et c’est un formidable allègement pour l’âme individuelle que de voir les conflits de l’enfance émanés du complexe paternel –conflits jamais entièrement résolus -, lui être pour ainsi dire enlevés et recevoir une solution acceptée de tous.

 Quand je dis : tout cela ce sont des illusions, il me faut délimiter le sens de ce terme. Une illusion n’est pas la même chose qu’une erreur, une illusion n’est pas non plus nécessairement une erreur. L’opinion d’Aristote, d’après laquelle la vermine serait engendrée par l’ordure –opinion qui est encore celle du peuple ignorant -, était une erreur ; de même l’opinion qu’avait une génération antérieure de médecins, et d’après laquelle le tabès1, aurait été la conséquence d’excès sexuels. Il serait impropre d’appeler ces erreurs des illusions, alors que c’était une illusion de la part de Christophe Colomb, quand il croyait  avoir trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste.

Sigmund Freud, L’avenir d’une illusion (1927), traduction   Marie Bonaparte , Ed. PUF, Coll. Quadrige, 1993, pp 43-44 .

Note 1 : Nom ancien de la syphillis

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

thomas 02/01/2015 13:37


J'apprécie ce texte de Freud. Très enrichissant. Mais la religion n'est ni une erreur, ni une illusion. Elle est, comme le disait Nietzsche (croire à la grammaire)  inscrite dans l'homme en
tant que structure mentale  fondamentale. (même dans l'esprit des athées)


Les institutions ont perdu du crédit, mais le sacré monte en puissance. La piété et la dévotion, sous des formes détournées, n'ont jamais été aussi grandes. Le retour du religieux est plus que
probable.


Encore quelques papes malins comme François, et déjà, le nombre de pratiquants catholiques montera en flèche.

cordroc'h jf 02/01/2015 13:12


Après avoir été séparé de la nature , l'Homme a inventé les idéologies religieuses , ou religions afin de s'opposer à celle-ci ,de lutter contre elle , de la dominer et de la contrôler . Une
religion n'a donc pas pour fonction de palier à l'ignorance naturelle des hommes ,cela est plus la vocation des croyances ,qui elles ne sont pas le fruit d'une telle volonté de domination , mais
d'une adaptation naturelle . Une religion s'oppose à la nature en proposant une autorité supérieure à laquelle se soumettre en refoulant les besoins , et désirs naturels du corps  . cette
autorité est le père .La fonction paternelle n'est pas ,contrairement à ce que dit Freud, de fournir à l'enfant ce qui lui manquerait en affection et amour , mais de le soumettre , ainsi que la
femme ,à sa volonté de domination de la nature , de manisfestation de sa puissance etc ...


Le meurtre de dieu ne se commet pas par la connaissance , mais par la présence en soi de liens fondamentaux avec la nature , procurant confiance en soi et sentiment de force intérieure ,
permettant de ne pas éprouver le besoin de la volonté nécessaire pour jouer le rôle du père, tel que la religion à laquelle l'on se soumet alors l'impose .


La science et la technologie sont les nouveaux dieux auxquels se soumet l'Homme ,après le meurtre de Dieu et donc du père , symbole et représentant de l'ancienne religion . le dément de Nietzsche
se retrouve parmis les hommes qui pensent de manière rationnelle , logique , des savants, des scientifiques , qui pensent pouvoir dominer et maîtriser la nature , et de fait de se passer de dieu
, grace à leurs connaissances  . Mais ils se trompent , et le dément (Nietzshe ) le sait , car il sait que les connaissances ne suffisent pas si elles ne sont pas le fruits d'un amour de la
vie , de la conscience de sa présence au plus profond de soi .


J'insiste , il manque à l'Homme les liens profonds avec la nature qu'il a perdu en se séparant d'elle , et qu'il tente depuis de remplacer par des substituts artificiels tels que les religions et
autres idéologies en tout genre ,dont la science et la technologie .Je penserai donc plutôt comme Lucrèce .

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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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