Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 08:27

 

 

 

"Le coupe-papier est à la fois un objet qui se produit d'une certaine manière et qui, d'autre part, a une utilité définie; et on ne peut pas supposer un homme qui produirait un coupe-papier sans savoir â quoi l'objet va servir. Nous dirons donc que, pour le coupe-papier, l'essence  c'est-à-dire l'ensemble des recettes et des qualités qui permettent de le produire et de le définir - précède l'existence, et ainsi la présence, en face de moi, de tel coupe-papier ou de tel livre est déterminer. Nous avons donc là une vision technique du monde, dans laquelle on peur dire que la production précède l'existence.

Lorsque nous concevons un Dieu créateur, ce Dieu est assimilé la plupart du temps à un artisan supérieur, et quelle que soit la doctrine que nous considérions, qu'il s'agisse d'une doctrine comme celle de Descartes ou de la doctrine de Leibniz, nous admettons toujours que la volonté suit plus ou moins l'entendement, ou tout au moins l'accompagne, et que Dieu, lorsqu'il crée, sait précisément ce qu'il crée. Ainsi, le concept d'homme, dans l'esprit de Dieu, est assimilable au concept de coupe papier dans l'esprit de l'industriel.

L'homme individuel réalise un certain concept qui est dans l'entende­ment divin. Au XVIII siècle, dans l'athéisme des philosophes, la notion  de Dieu est supprimée, mais non pour autant l'idée que l'essence pré­cède l'existence. Cette idée, nous la retrouvons un peu partout: nous la retrouvons chez Diderot, chez Voltaire, et même chez Kant. L'homme

est possesseur d'une nature humaine; cette nature humaine qui est le concept humain, se retrouve chez tous les hommes, ce qui signifie que chaque homme est un exemple particulier d'un concept universel, l'homme; chez Kant, il résulte de cette universalité que l'homme des bois, l'homme de la nature, comme le bourgeois sont astreints à la même définition et possèdent les mêmes qualités -de base. Ainsi, là encore, l'essence d'homme précède cette existence historique que nous rencontrons dans la nature.

L'existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être chez qui l'existence pré­cède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c'est l'homme ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est seulement, non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence; l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait".

Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme (1946), Éd. Nagel 1970, pp; 17-24. 

Partager cet article

Repost 0
Published by laurence hansen-love - dans Philosophie terminales
commenter cet article

commentaires

cordroc'h jf 24/10/2012 11:35


L'homme est d'abord un organisme vivant , exactement au même titre que n'importe quel autre organisme , du plus petit au plus grand , du plus simple au plus complexe . Le cerveau dont la nature
l'a doté lui permettant de se poser la question du sens de son existence ,équivaut à la faculté de mimétisme du caméléon et autres capacités exceptionnelles de certains êtres vivants .Il
n'échappe donc pas au pocessus universel du vivant , auquel il participe en maintenant un équilibre entre les différentes forces le composant ,du fait de sa mortalité . L'essence de l'homme est
donc son corps et ses besoins vitaux , son existence consistant en la nécéssité de satisfaire ces besoins .Et si l'existence a pris le pas sur l'essence en ce qui concerne l'homme , cela est du
au fait qu'à un moment de son évolution , face aux difficultés de satifaire correctement ses besoins vitaux , il a du faire appel à son imagination afin de se procurer des substituts existentiels
à ces besoins . L'essence de l'homme est la nature , son existence telle qu'elle se déroule depuis des millénaires n'est que le produit de sa séparation de celle-ci . Il est beaucoup plus facile
de concevoir une telle vision de le l'homme lorsque l'on éprouve au plus profond de son être la présence de cette nature sous la forme d'une force nous poussant à entreprendre des choses , à agir
sans se soucier des risques encourus ,à vivre pleinement l'instant présent sans penser à l'avenir, et sans être bloqué par son passé .Dans une telle manière de vivre , l'existence n'est
absolument pas tracée à l'avance , s'invente chaque jour qui passe . Ce sont les circonstances du moment qui décident et non la volonté , c'est la réalité de son être qui rencontre la réalité
extérieure ,et ce sont les émotions et sensations éprouvées lors de ces rencontres aléatoires qui contruisent une existence . On ne peut véritablement vivre sa propre existence que si l'on est en
relation directe et profonde avec son essence , avec le vivant .


Le véritable existentialisme ne consiste pas en un mode de vie que l'on décide de suivre après en avoir élaboré les principes suite à une réflexion sur le sens de l'existence , mais consiste en
la manifestation en soi , en son corps , en sa manière de vivre et de penser du processus du vivant . C 'est en quelque sorte le vivant qui s'exprime en soi , a travers son comportement et sa
pensée sans que n'intervienne , ou de façon très ponctuelle selon les circonstances, sa volonté .


C'est ainsi que je peux dire que les doigts qui tapent en ce moment sur le clavier de mon ordinateur sont gouvernés par le processus du vivant et non par ma volonté d'écrire  . J'écris donc
,poussé par une force intérieure,  et non par envie de montrer que j'ai des idées sur le sujet traité . De toute manière j'ai horreur d'écrire lorsque je ne sens rien venir du fond de
moi-même ,d'écrire pour écrire .