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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 12:01

Et si le scandale de la lasagne équine en cachait un autre  ?

« L’affaire » Findus : une question d’éthique animale  ?

  

  

  

Serge Provost

Professeur de philosophie

  

Findus-chef.jpg« Les animaux carnivores sont généralement plus cruels

que les herbivores. Devons-nous les imiter ? »

Jean-Jacques Rousseau.


Petit dialogue socratique au café

  

— Quoi ! J’ai mangé du cheval au lieu du bœuf  ? Beurk  ! 

— Dégoûtant, dites-vous ? Mais de quel dégoût parlez-vous, au juste  ? 

— Du mien, de celui que tout le monde ressent  !

— D’avoir avalé la chair de cet animal et non celle de l’autre  ? Ne seriez-vous pas Anglais par hasard  ? 

— Non  ! Français ! Et franchouillard en la circonstance  !

— À moins que ce ne soit la tricherie et la basse cupidité commerciale qui vous donnent tous ces hauts le cœur  ?

— Aussi  !

— Ou le laxisme complice des réglementations européennes  ?

— Aussi  ! Quand je pense qu’ils nous ont fait bouffer ça..., ajouta-t-il, dépité, en mordant à pleines dents dans son poulet hallal aux hormones.  

  

Des bêtes et des chiffres « embêtants »

 

Nonobstant la fraude qui, si elle est avérée, encourt les foudres de la sanction pénale, une autre question (d’éthique celle-là), devrait solliciter nos méninges. Ce scandale peut-il en cacher un autre  ? Un vrai. Un cataclysme d’une telle amplitude qu’il ferait passer l’affaire Findus pour un événement, certes condamnable, mais ne méritant pas le statut de Une absolue dont l’honorent tous les grands médias européens. 

 

Le « scandale », désormais pan européen, provoqué par la découverte du pot aux roses — de la chaire équine dans une marque connue de lasagne pourtant étiquetée « faite de viande bovine » — n’est qu’une conséquence parmi d’autres, non la pire. Et s’il était plutôt la résultante inévitable du régime alimentaire carné prévalant en Occident  ?

 

En Europe, en 2012, « 42 millions de tonnes de viande sont produites chaque année, pour une consommation, en France, de 70 kilos, en moyenne, par habitant [...] « En 50 ans, la consommation de viande a été multipliée par cinq dans le monde (chiffres de 2012) » (Chiffres cités dans le documentaire Doit-on encore manger des animaux ? , réalisé par Jutta Pinzler, présenté à l’émission Thema, Arte, 2012, diffusé le 27 mars 2012). Rien qu’en Amérique du Nord, on y mange cinq fois plus de viande qu’il y a 170 ans, ce qui nécessite l’abattage de sept à dix milliards d’animaux chaque année. » Faudrait-il en conclure, avec un certain Joseph Staline, qu’un tel nombre d’animaux tués n’est somme toute qu’une « statistique »  ? Avec des chiffres pareils, faut-il s’étonner des bavures, des dérapages, des crimes  ?

 

Sans faire dans la dentelle, Tomi Ungerer, exaspéré de la superbe et de la coolitude du mangeur sans conscience, écrivit un jour : « Les animaux de boucherie sont généralement tués par procuration avant d’être mangés par des hypocrites qui s’évanouiraient à la vue du sang » (extrait de Nos années de boucherie, Ed.Ecole des Loisirs, 1986). Rassurons-nous, même bernés, les mangeurs de lasagne équine, et non équitable, ne tomberont pas à la renverse en apprenant le subterfuge. Car, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils le sachent ou non, citoyens d’une Fast Food Nation désormais mondialisée, ils en ont sûrement avalé jusqu’à plus faim d’autres OCNI (Objet Comestible Non Identifié) au cours de leur vie de carnivore décomplexé. Aux dernières nouvelles, ils dorment toujours très bien la nuit.

 

L’art de déléguer ses responsabilités envers les animaux

 

D’autres observateurs de « l’affaire Findus » analysent la dérive avec un peu plus de hauteur et de surplomb historique, comme Fabrice Nicolino, auteur du livre Bidoche, l’industrie de la viande menace le monde (Les Liens qui libèrent, 2009), qui se limite à faire un froid constat : « On a accepté une révolution incroyable dans l’histoire humaine. Pendant 2 millions d’années, l’homme savait d’où provenait sa nourriture, que ce soit de l’animal qu’il venait de chasser ou du marché du coin. Mais en quelques dizaines d’années, nous avons délégué notre capacité de sélection » (interviewé par Donald Hebert — Le Nouvel Observateur 11-02-2013

 

Antédiluvien, donc, l’argument selon lequel nous ne devrions manger que les animaux que nous avons tués nous-mêmes. D’un autre temps aussi, ces scènes pittoresques de la vie quotidienne où des animaux, pour le dire dans les mots du Tartuffe de Molière « vu dis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qu’on appelle vu […] », se faisaient saigner, décarcasser et dépecer sur l’étal du boucher de son quartier. Pour en mesurer la gravité de l’acte, la charge affective ? Les Amis des animaux voudraient bien le croire.

 

Or, l’omnivore occidental de 2013, devenu un consommateur de masse consommant des masses de viandes industrialisées, délègue à d’autres, inconnus et anonymes, en amont, le soin d’accomplir le geste létal. Ils le laissent volontiers à ceux dont « c’est le métier », à ceux dont « la mort est le métier », aurait-on envie d’ajouter, et, pis : ils le confient à ceux dont « la mort est le métier pour faire du fric, beaucoup de fric » — , quitte, en cours de route, à confondre hennissements et beuglements, quitte à mélanger cheval et bœuf dans la confection de plats de lasagne surgelés.

 

Quelques questions qui fâchent

 

Et si l’on congédiait pour un instant la formule cryptopolitiquement correcte : « C’est vrai, mais il ne faut pas le dire » pour oser poser quelques questions qui fâchent : est-ce une insulte d’affirmer que l’immense majorité des mangeurs contemporains se défaussent complètement de leurs responsabilités morales envers les animaux de boucherie? S’adonne-t-on à une nouvelle forme de harcèlement moral en postulant qu’ils participent, « à l’insu de leur plein gré », aux conditions péniblissimes des bêtes de rentes  ? Est-ce tenir un discours moralisateur d’énoncer que leur assourdissant silence constitue une forme de caution, une sorte de consentement tacite à l’affliction, silencieuse et pérenne, imposée à ces bêtes ? Se peut-il qu’existe une équivalence morale entre tuer et laisser mourir ?

 

Sans jouer au flingueur de service comme on en trouve dans tous nos médias, sans être militant de choc de la cause animalière ni prosélyte d’on ne sait quel courant du végétarisme éthique, force est de constater, comme dans l’affaire Findus, que les rares soubresauts de conscience éthique de nos carnivores contemporains tiennent du « frisson d’eau sur de la mousse », dirait Verlaine. Parce que leurs montées de lait d’indignation restent si ponctuelles, si sélectives et si biaisées qu’elles en deviennent suspectes, presque bouffonnes. Ils sont choqués d’avoir été floués par une bande de voyous cupides issus de la grande industrie alimentaire qui, mensonge mis à part, traite exactement les bêtes de la même façon que les autres. « La coutume de l’alimentation carnée fait oublier n’importe quelle atrocité », constatait le jovial George Bernard Shaw. N’est-ce pas aussi de cette contradiction humaine, trop humaine que pointait Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ». N’est-ce pas là, aussi, un autre volet du scandale Findus dont nous sommes tous, éthiquement, peu ou prou responsables  ?

 

« Adieu veau, vache, cochon, couvée » : Follow The Money !

 

[...] Adieu veau, vache, cochon, couvée [...], ironisait un certain Jean de la Fontaine dans sa célèbre fable La Laitière et le Pot au lait, en nous dépeignant une Perrette déjà tout étourdie par le gain facile :

« Notre laitière ainsi troussée 

Comptait déjà dans sa pensée 


Tout le prix de son lait, en employait l’argent, 


Achetait un cent d’œufs, faisait triple couvée ; 

La chose allait à bien par son soin diligent. » 

 

Contrairement à notre rêveuse et naïve Perrette, la grande industrie alimentaire, elle, ne se limite pas à fantasmer les usages possibles de profits à venir. Ici et maintenant, elle fait tout pour maximiser sa production, au plus faible coût possible. We Are Here To Do Business  ! est sa devise. Ce qui implique l’élevage en batterie et ses inévitables violences corporelles infligées aux animaux de consommation. Tous destinés à naître, vivre et mourir encagés. Et si le véritable scandale était là aussi ?


Et si le véritable scandale, moral et civilisationnel celui-là, résidait non pas dans le fait que les carnivores se soient fait flouer, une fois de plus, avant la prochaine, sur l’identité et la composition chimique du bœuf qu’ils croyaient ingurgiter, mais dans l’abracadabrantesque couple élevage/abattage industriel desdits animaux. Tout a été dit, vu, entendu. Des situations concentrationnaires extrêmes, des goulags mortifères archi connus de tous les médiaphages mondiaux, documentés ad nauseam et tutti quanti. Sans parler des milliards de poules, porcs, vaches et veaux connaissant le même sort. « Dès le début de leur vie, des mutilations sont pratiquées pour “adapter” les animaux à la claustration, à la surpopulation des élevages ou au goût des consommateurs ;  épointage des becs ; dégriffage des pattes des poules et des canards ; coupe des queues ; rognage des dents des cochons ; écornage des veaux ; castration des porcs, des veaux, des chapons. » Bref, « mutiler pour cohabiter », précise le site québécois www.viande.info.

Le Traité d’Amsterdam, par un protocole signé le 2 octobre 1997, n’enjoignait-il pas la Communauté européenne et ses États membres de prendre en compte « le respect des animaux en tant que créatures douées de sensibilité » ? Ne l’aurait-on pas déjà « tabletté », ledit traité compassionnel censé protéger l’animal maltraité ? Ne l’aurait-on pas déjà planqué à la va-vite sous les combles empoussiérés d’un ministère machin truc ? « L’enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà », écrivait le père Hugo, lui qu’on ne pourra jamais taxer de souffrir du syndrome de Bambi.

 Le sort de la condition animale commence et s’arrête au mien !

 

Pour des milliards d’êtres humains, les animaux se divisent encore en deux catégories : les comestibles ou non. Au mieux, empreints d’un spécisme sélectif, le paradigme le mieux partagé du monde d’homo occidentalis, ils feront, par une sorte de fidélité quasi filiale envers un animal élu (« Fido » ou « Minet »), une distinction entre les animaux domestiques et les autres. Parce qu’ils ressentent d’instinct, diront-ils, tout énamourés, que cet animal-là, le leur, unique parmi les uniques, qu’ils caressent, dont ils prennent soin, qui ensoleille, par sa seule présence, le temps qui passe, leur quotidien, lui, ne fait pas partie, lui, jamais, au grand jamais, de ceux qu’ils déglutineraient ? L’idée même de le voir souffrir leur est déjà insupportable, révulsive. N’hypothéser même pas, ô sacrilège, la virtualité d’en faire, un jour, un repas appétissant... Des affinités particulières transespèces qui accrocheront un sourire goguenard aux visages de centaines de millions de Chinois.

 

La grande occultation et nos petits dénis quotidiens

 

 Or, les autres animaux de la terre, ces centaines de milliards d’êtres vivants, pourtant aussi sensibles et aussi beaux que leurs animaux de compagnie, constituent toujours à leurs yeux — tragique paradoxe, funeste et létale contradiction — une masse abstraite, anonyme, invisible. Et, pour certaines espèces de cette multitude infinie, théoriquement inépuisable, une réserve inépuisable de nourriture qui est tout ce que l’on voudra bien imaginer sauf inodore, incolore et sans saveur. Des milliards de suppliciés, faits de chair et d’os, comme eux, qui n’entrent pas, ne fut-ce que la moitié du quart d’une minute, dans la zone affective, intellective et morale de leur néocortex et de leurs préoccupations éthiques quotidiennes.

 

Cette non-reconnaissance de la valeur intrinsèque de la vie animale, pourtant analogon de la nôtre, nous dit la science ; cette indifférence métallique quant aux sévices, voire aux atrocités qui leur sont journellement commises pour le seul avantage humain (manger, se vêtir, se distraire et en faire commerce) — que nos descendants, qui sait, un jour, qualifieront peut-être « d’actes immoraux et criminels de temps barbares » — constituent les pires obstacles au début du commencement de l’amélioration générale du bien-être animal.

 

Si, comme le disent tous les sondages, les conditions d’élevage et d’abattage des animaux donnent le tournis au citoyen moyen, pourquoi achètent-ils donc leurs organes en morceaux méconnaissables dans les barquettes en mousse de polystyrène enveloppée de cellophane des comptoirs de supermarchés ? Des  « sarcophagistes », note Noëlie Vialles, des « mangeurs de chair » qui opèrent un clivage psychique puisqu’ils n’avalent que des viandes présentées de telle sorte qu’on ne puisse retracer l’animal dont elles tirent leur origine (« De l’animal à la viande. Une mort sans cadavre », French Cultural Studies, vol. 6/3, n ° 18, pp. 335-350, 1995.)

 

À moins d’avoir été cliniquement diagnostiqué psychopathe ou d’être en voie de le devenir, personne ne prend plaisir à voir, lire ou écouter le pénible récit de tout ce que l’humain inflige aux bêtes. Dès lors, pourquoi laisse-t-on perdurer la situation ? If you dont buy, they don't die ! (« Si vous n’achetez pas, ils ne meurent pas ! »), dit une formule So American, nous rappelant qu’« acheter, c’est voter » — par le dollar, l’euro et... la fourchette  ! Se peut-il, si nous étions éthiquement plus cohérents, si nous mettions autant d’énergie à combattre la cruauté envers animaux qu’à poursuivre les profiteurs et les fraudeurs sans foi ni loi, Nous (humains et animaux compris) vivrions, non pas dans le meilleur des mondes, mais, ici et maintenant, dans un monde meilleur que la veille ?

 

Si l’on croit toujours les sondages, leur « Mal commun », condition du nôtre (Bien commun), croupit au plus bas de la liste des enjeux éthiques contemporains « qui comptent »  ? Ce qu’il faut bien appeler « l’enfer objectif des bêtes », pire en tout point que celui imaginé par le divin Dante, serait, pour la bien-pensance ordinaire, moralement beaucoup moins grave que ces « crimes sans victimes » (homosexualité, pornographie, jeux érotiques extrêmes entre adultes consentants, etc.) qui mobilisent cycliquement la presse à scandales.

 

Tous tués à l’aide du couteau de Lichtenberg ?

 

Même en 2013, dans un Occident droits-de-l’hommiste jusqu’au trognon, comme certains le déplorent, où, si l’on en croit Norbert Elias, on observe un « abaissement croissant [...] du seuil de tolérance à l’égard de l’agressivité » (La société des mœurs, Poche Pocket, 1974), la souffrance de milliards d’animaux passe encore pour un non-événement. Quid  ? « Ce ne sont quand même que des animaux », entend-on,  toujours la même antienne. Comment un tel déni de masse est-il possible ? — Parce qu’il n’y aurait, somme toute, ni crime ni victime, donc ni coupable ni complice ? — C’est exactement cela ! Telle est, reconduite, la doxa hiérarchique établissant les rapports entre l’être humain et l’animal.

 

Comme si le peuple planétaire des bêtes, en particulier les « comestibles », ces milliards de « sujet-d’une-vie », comme tout un chacun, était quotidiennement et gentiment occis, sans souffrances, à l’aide du célèbre couteau de Lichtenberg — Couteau de Lichtenberg  ? — Oui, vous savez cette histoire de « couteau sans lame auquel ne manque que le manche », dont parlait le philosophe allemand Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799)

 

« Ouf ! On l’a échappé belle !

On reprendra la même chose, s.v.p. ! » 

 

Telle est donc la conclusion de cette pitoyable affaire ? Eh bien, continuez à dormir sur vos deux oreilles, bonnes gens ; délectez-vous, sans remords ni scrupules, de leurs chairs succulentes  ! Faites bombance, car nul, parmi vous ne commettez aucun crime ou faute morale. N’ayez crainte, jamais le cheval et le bœuf, ou l’un, ou l’autre, ou les deux ensemble, vivants ou réduits en OCNI surgelé, ne vous poursuivront en justice.

 

— Vous reprendrez bien un peu de « leur » excellente lasagne  ? 

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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commentaires

cordroc'h jf 24/02/2013 09:42


Nous vivons dans le monde de l'artificiel depuis des milliers d'années , depuis le jour ou l'homme est devenu chasseur ,puis éleveur et cultivateur , depuis que le fait de pouvoir tuer des
animaux à l'aide d'outils et de conserver ,peaux , dents et autres organes comme symboles d'une puissance acquise en étant un bon chasseur . Ensuite l'homme est devenu possesseur de troupeaux et
de terres , de marchandises etc ... tout cela procurant également un fort sentiment de puissance , qui ,une fois qu'on y a goûter ,devient comme une drogue .Il suffit de constater la manière dont
un homme politique occupant une fonction assez élevée dans le système , s'accroche à celle-ci comme à une branche au dessus d'un précipice , comme si sa vie ne dépendait que de cette fonction .


Tout notre système est donc fondé sur ce besoin qu"éprouve l'individu masculin de se sentir puissant , de disposer d'un pouvoir , d'exercer une domination aussi petite puisse t-elle être .
Originellement , c'est à dire avant que l'homme n'emprunte la voie de l'artificialité , lorsqu'il était encore un ceuilleur , il régnait une certaine égalité entre individus de même sexe et de
sexe différent, car la ceuillette ne nécéssitait pas d'aptitudes particulières , même les enfants y participaient . Il n'y avait donc pas , ou beaucoup moins ,d'occasion pour certains individus
d'accomplir certains actes leur permettant d'éprouver de forts sentiments de puissances et de devenir ainsi des êtres se croyant supérieurs .


Ceci pour dire que de nos jours , l'argent , la possession de biens matériels , la situation sociale sont devenus les substituts artificiels premettant aux individus de se sentir plus ou moins
importants par rappports aux uns et aux autres , et que donc, la nécéssité pour eux de se procurer absolument un de ces substituts , entraine inéluctablement l'apparition de systèmes permettant
la satisfaction de cette nécéssité . Nous sommes donc tous pris au piège que consiste un système fonctionnant par lui-même , s'auto-organisant à partir du besoin des individus d'avoir recours à
des substituts artificiels . Quel que soit le poste que nous occupons , nous participons au maintien de ce système , c'est pourquoi il me semble difficile de reprocher plus à une catégorie
d'individus qu'à une autre, d'être la responsable de l'état actuel du monde civilisé .Je reconnais que la tentation est réelle de tenir pour responsable de la manière de produire ,la masse des
individus dont nous pensons ne pas faire partie , mais se serait là trop simplifier les choses .


Le système ne changera que lorsque la structure psychologique de l'homme , et plus particulièrement de sa partie masculine , changera , lorsque l'individu mâle n'éprouvera plus, ou de manière
moins pressante , le besoin de se sentir puissant par l'utilisation de substituts artificiels . Ce qui implique qu'il retrouve dans l'accomplissement de certains actes ,de manière simple ,
naturelle et spontanée , la capacité de s'émouvoir tel un enfant qu'il devrait  rester plus longtemps, plutôt que de vouloir devenir trop vite un adulte blasé .


Il est évident qu'il est beaucoup plus facile de continuer à penser que les choses sont ainsi , que nous ne pouvons pas les changer , et que donc autant continuer à en profiter tant qu'on peut
.Mais que pouvons nous faire ? Devenir tous végétariens ? Tous rouler à vélo? Ce sont des moyens à ne pas négliger comme beaucoup d'autres solutions écologiques . Mais combien d'individus
peuvent-ils se permettre cela , financièrement et intellectuellement ? Certes il faut un début , enclencher un mouvement qui pourrait devenir grand . Si chaque individu décidait à son petit
niveau de limiter ses déplacements en voiture , ou de prendre toute autre initiative écologique , cela serait déja pas mal . Pourquoi si peu le fait ? Parceque le plus important n'est pas les
générations futures , mais l'instant présent , et cela est parfaitement normal et naturel , seulement il se trouve que l'homme n'est pas sur la bonne voie, et que tout ce qu'il fait
instantanément est contre-nature .


Il y a eu une erreur d'aiguillage il y a des milliers d'années de cela et nous ne pouvons plus revenir en arrière .Il faut donc attendre que notre monde ait épuisé sa réserve de carburant pour
qu'il s'arrête, ou que l'homme parvienne à se créer un autre monde totalement artificiel sur une autre planète , ou même sur terre , c'est vers là qu'il va ,car cela lui évite de se remettre en
question .