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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 20:16

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Le philosophe Bertrand Russell observe judicieusement  que sans consommateurs, donc sans  loisirs (pour trouver le temps de consommer),  le travail et ses productions ne  trouveraient pas de débouchés.  On ne saurait  idolâtrer  le travail respectable et mépriser ceux qui en consomment les produits :

« On dira que, bien qu’il soit agréable d’avoir un peu de loisirs, s’ils ne devaient travailler que quatre heures par jour, les gens ne sauraient pas comment remplir leur journée. Si cela est vrai dans le monde actuel, notre civilisation est bien en faute ; à une époque antérieure, ça n’aurait pas été le cas. Autrefois, les gens étaient capables d’une gaieté et d’un esprit ludique qui ont été plus ou moins inhibés par le culte de l’efficacité. L’homme moderne pense que toute activité doit servir à autre chose qu’aucune activité ne doit être une fin en soi. Les gens sérieux, par exemple condamnent continuellement l’habitude d’aller au cinéma, et nous disent que c’est une habitude qui pousse les jeunes au crime. Par contre tout le travail que demande la production cinématographique et respectable, parce qu’il génère des bénéfices financiers. L'idée  que les activités désirables sont celle qui engendrent des profits a tout mis à l’envers. Le boucher, qui  vous fournit en viande, et le boulanger, qui vous fournit en pain, sont dignes d’estime parce qu’ils gagnent de l’argent ; mais vous, quand vous savourez la nourriture qu’ils  vous ont fournie, vous n’êtes que frivoles, à moins que vous ne mangiez dans l’unique but de reprendre des forces avant de vous remettre au travail. De façon générale, on estime que gagner de l’argent, c’est bien, mais que le dépenser, c’est mal. Quelle absurdité, si l’on songe qu’il y a toujours deux parties dans une transaction : autant soutenir que les clés, c’est bien, mais le trou de serrure, non. Si la production de biens a quelque mérite, celui-ci ne saurait résider que dans l’avantage qu’il peut y avoir à les consommer. Dans notre société, l’individu travaille pour le profit, mais la finalité sociale de son travail réside dans la consommation de ce qu’il produit. C’est ce divorce entre les fins individuelles et les fins sociales de la production qui  empêche les gens de penser clairement dans un monde où c’est le profit qui motive l’industrie. Nous pensons trop à la production, pas assez à la consommation. De ce fait, nous attachons trop peu d’importance au plaisir et au bonheur simple, et ne jugeons pas la production en fonction du plaisir qu’elle procure aux consommateurs".

Bertrand Russell, Eloge de l’oisiveté (1932) , trad. M.  Parmentier, Editions Alia, 2004, page 31-32

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Published by laurence hansen-love - dans Actualité
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commentaires

KARSKIJAN 29/04/2013 15:43


Narcisse était donc oisif mais de l'intérieur dans la contemplation de sa propre image il contempla le monde.....cette robe rouge elle te va bien...achéte la  (celà va combler ton vide
intérieur...)..mais je serais en contemplation de te voir ainsi rouler des hanches..................achetez un miroir.....

corcroc'h jf 26/04/2013 10:22


Qu'est-ce donc qui empêche les individus de pouvoir rester sans rien faire ? Qu'est-ce qui les pousse à travailler ,alors qu'ils disposent de quoi vivre sans avoir à se soucier du lendemain ?
Serait ce l'incapacité de se retrouver face à soi-même , et donc le besoin permanent de se détourner de soi à travers la pratique d'activités diverses ? Serait-ce le besoin de posséder toujours
plus de biens ,de richesses extérieures rendues nécessaires afin de compenser un certain vide intérieur ,et de sentir ainsi quelqu'un de respectable , d'important , de puissant etc ....


L'oisiveté ne peut donc être pratiquée par tout le monde , elle est réservée à ceux capables de se supporter sans difficulté ,à ceux disposant donc d'une sérénité intérieure . Cette oisiveté ne
doit pas être confondue avec certaines disciplines de relaxation , de méditation ,etc ...nécessitant de la volonté ,du travail ,de l'entraînement , du contrôle et de la maîtrise de soi ....Il y a
une oisiveté naturelle ,résultant de la simple et complète satisfaction de ses besoins vitaux entraînant le relâchement et le détachement après l'effort t la dépens énergétique .


L'oisiveté consiste donc à ne pas éprouver le besoin d'occuper le temps à faire des choses, dans l'unique but d'échapper à une confrontation avec sa réalité ,lorsque l'on devrait justement
pouvoir apprécier cette confrontation ,devenant alors contemplation .Ne peut contempler le monde que celui pouvant d'abord se contempler soi-même .

KARSKIJAN 25/04/2013 16:14


je disais bien qu'il y avait quelque chose de réjouissant....

KARSKIJAN 24/04/2013 11:22


Voilà une bien belle philosophie et qui fait du bien ce qui est rare par les temps qui courent.


Il y a quelque chose de réjouissant dans cette vision d’une société d’oisifs.


Il est vrai que cette Europe d’ascètes que l’on nous impose outre- rhin à quelque chose de morbide et  de contre productif……..

laurence hansen-love 24/04/2013 20:52



Voilà qui nous réconcilie..