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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 13:12

 

 

« Dire non »

 

 

 

 

Plan détaillé

 

Introduction 

 

 « Dire non » : contester,  refuser, protester, se révolter. Il existe de multiples manières de dire non. Toutefois, la philosophie nous enseigne,  dans la lignée  de Sophocle   et de Platon, que celui qui dit « non » constitue  une référence indispensable, le  paradigme de l’esprit non contraint,   la preuve ad hominem (par l’exemple) que la liberté est une réalité, que la révolte contre l’injustice est toujours possible. Antigone et Socrate sont ces éclaireurs de l’humanité qui  ont dit « non »,  ouvrant la voie à toutes les révoltes morales  et exigences  d’émancipation ultérieurs. C’est la raison pour laquelle  le philosophe Alain  a pu dire « penser,  c’est dire non ». On se gardera bien pourtant d’affirmer que « dire non »,  c’est forcément « penser ». Il y a des oppositions vaines ou stériles. « Dire non » n’est pas toujours signe de liberté.

 

 

 

 

I L’homme est un animal qui dit non

Cela fait même partie des « propres »   essentiels de l’homme.

 

A Sur le plan psychologique : c’est le « non » du jeune enfant  qui se pose en sujet en s’opposant.

B Sur le plan linguistique : la proposition négative témoigne d’un accès à l’abstraction (métalangage).

C Sur le plan politique : les  animaux ignorent l’opposition à leur communauté, comme le montre  par  dérision ou  a contrario les films et fables (« FourmiZ » ou « La ferme des animaux », « La fable des abeilles »,  etc…).

 

 

II Dire non est parfois vain

 Dire non n’a pas forcément un impact, en tout cas dans l’immédiat.

 

 A Dire non à son instinct : en consommant par exemple des substances nocives, en se torturant par l’abnégation ou l’abstinence etc…

 B Dire non la société, comme le misanthrope  qui ne peut vivre en communauté : « Celui qui ne peut vivre parmi les siens est un monstre ou un Dieu » Aristote.

C Dire non à la vie : cela conduit au suicide… (certains suicides furent volontaires et réfléchis, philosophiques :   cf Sénèque, Primo Levi, Stefan Zweig ou  Walter Benjamin).

 

 

III Penser c’est dire non, mais dire non n’est pas penser

 La pensée implique l’opposition,  la négativité  ( cf la dialectique selon Hegel). La réciproque n’est vraie.

 

A « Penser c’est dire non » : c’est la fameuse thèse de Alain : au contraire, le oui  (de la tête) est celui de l’homme qui s’endort.
B Mais « dire non » n’est pas penser : on le voit bien avec les jeunes enfants qui s’affirment dans l’opposition. Mais qui ne pensent pas encore

C Dire non est parfois fécond,  parfois stérile La démarche d’opposition de l’artiste, du grand homme qui dit « non » au conformisme est féconde. M unais le « non » réactionnaire ou conservateur dicté par la peur de la nouveauté  ou la haine de l’autorité est stérile, parfois dévastateur (cf le « vive la mort » des fascistes).

 

Conclusion :

 Même si « dire non » est le propre de l’homme, toutes les oppositions, tous les refus, toutes les obstructions  ne sont pas signes d’humanité.

 

 

Annexe : Texte de Alain

 

 Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit

 

« Penser, c'est dire non. Remarquez que le signe du oui est d'un homme qui s'endort; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur? Ce n'est que l'apparence. En tous ces cas-là, c'est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l'heureux acquiescement. Elle se sépare d'elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n'y a pas au monde d'autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c'est que je consens, c'est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c'est que je respecte au lieu d'examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C'est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c'est nier ce que l'on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu'il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien ». Libre propos, 1924, Alain

 

 


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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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