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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 10:43

Kant.jpg Devenir majeur


 L’homme ne naît pas libre. Pour devenir autonome – l’autonomie  est l’autre nom de la liberté - il doit être guidé. Tel est le rôle de l’éducation.  Mais il arrive un moment où l’individu doit  renoncer à ses tuteurs,  pour se lancer,  autrement dit  s’efforcer  de penser par lui-même. Un tel « saut » dans l’inconnu  implique certains risques :

 

 

 

[ 1 ] « Accéder aux Lumières consiste pour l'homme à sortir de la minorité où il se trouve par sa propre faute. Être mineur, c'est être incapable de se servir de son propre entendement sans la direction   d'un autre. L'homme est par sa propre faute dans cet état de minorité quand ce n'est pas le manque d'entendement qui en est la cause mais le manque de décision et de courage à se servir de son entendement sans la direction d'un autre.Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Telle est la devise des Lumières.

 

[2] La paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu'un aussi grand nombre d'hommes préfèrent rester mineurs leur vie durant, longtemps après que la nature les a affranchis de toute direction étrangère (naturaliter majores [naturellement majeurs]) ; et ces mêmes causes font qu'il devient si facile à d'autres de se prétendre leurs tuteurs. Il est si aisé d'être mineur ! Avec un livre qui tient lieu d'entendement, un directeur de conscience qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge pour moi de mon régime, etc., je n'ai vraiment pas besoin de me donner moi-même de la peine. Il ne m'est pas nécessaire de penser, pourvu que je puisse payer ; d'autres se chargeront bien pour moi de cette ennuyeuse besogne. Les tuteurs, qui se sont très aimablement chargés d'exercer sur eux leur haute direction, ne manquent pas de faire que les hommes, de loin les plus nombreux (avec le beau sexe tout entier), tiennent pour très dangereux le pas vers la majorité, qui est déjà en lui-même pénible. Après avoir abêti leur bétail et avoir soigneusement pris garde de ne pas permettre à ces tranquilles créatures d'oser faire le moindre pas hors du chariot (1  où ils les ont enfermées, ils leur montrent le danger qui les menace si elles essaient de marcher seules. Or, ce danger n'est vraiment pas si grand, car elles finiraient bien par apprendre à marcher après quelques chutes ; seulement, un exemple de ce genre rend timide et dissuade ordinairement de faire d'autres essais.

 

[3] Il est donc difficile pour chaque homme pris individuellement de s'arracher à la minorité qui est presque devenue pour lui une nature. Il y a même pris goût et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu'on ne lui en a jamais laissé faire l'essai. Préceptes et formules, instruments mécaniques permettant un usage raisonnable ou plutôt un mauvais usage de ses dons naturels, sont les entraves  qui perpétuent la minorité. Celui-là même qui les rejetterait ne franchirait le plus étroit fossé que d'un saut encore mal assuré, parce qu'il n'est pas habitué à une semblable liberté de mouvement. C'est pourquoi il n'y a que peu d'hommes qui  soient parvenus à s'arracher à la minorité en exerçant eux-mêmes leur esprit et à marcher malgré tout d'un pas sûr ».

 

«  Qu’est-ce que les Lumières ? » (1784)  Kant ? Ed. Hatier, Coll. Classiques et Cie, 2007, pp 5-6

 

1)      Kant ici compare les hommes qui préfèrent rester mineurs à ces jeunes enfants qui s’aident d’un petit chariot lorsqu’ils apprennent à marcher.

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie terminales
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commentaires

bernard 13/11/2012 15:43


Ce texte me fait penser au paternalisme infantilisant de la plupart des politiques qui préfèrent que les élècteurs avalent leur slogans plutôt qu'il réfléchissent par eux-même, et ne savent pas
dire parfois qu'ils n'ont pas de solution à tous les problèmes, qu'ils ne savent pas forcément tout. 


 


Je pense également à ses militants qui applaudissent un discours d'un membre d'un parti politique qu'il soutiennnent sans pour autant comprendre toutes les idées émises.


Il serait tant que les partis soient réformés et que la base soit plus impliquée dans la formation de la ligne idéologique du parti. Eux aussi ont leur mots à dire.


Parfois on entend des gens intérrogés sur la situation économique ne cherchant pas à comprendre la complexité du monde reprendre des pensées prémachées de certaines personnalités politiques très
en vue.


Pourtant, de simples efforts de compréhension répétés permettraient d'y voir plus clair sans pour autant être obligé de se farcir des tonnes de textes très techniques.

thomas 13/11/2012 11:34


On dit qu'il n'y a de maître, que s'il y a esclave, et que le maître est aussi esclave de sa forme de domination que l'esclave est esclave des volontés du maître. A étudier dans le cas où
l'esclave est tout à fait conscient de sa servitude, et où  il n'admire plus, n'envie plus le maître. 


Peut-être l'esclavage est-il aussi dans la dépendance à ses raisons d'être, à sa forme d'entendement, à l'existence de ceux qui ont besoin de soi . 


La liberté, on peut la voir de façon plus concrète. N'est-il pas évident que la QUESTION de la liberté ne se POSE pas quand on fonctionne naturellement, spontanément, heureusement,  de façon
insouciante. La question de la liberté ne commence à se poser QUE lorsqu'il existe un conflit, une tension intérieurs. Parce que la liberté, en tant que telle, ça ne veut rien dire. Abstraction
sans intérêt. C'est être libre de quelque chose ou de quelqu'un, libre par rapport à quelque chose ou quelqu'un qui a un sens. Après on glose où on creuse. 


Mais en fait, à chaque fois que tombent une domination, un pouvoir, tombe une raison de chercher la liberté.

j f cordroc'h 13/11/2012 11:30


Je dirai le contraire de Kant , l'homme nait libre et d'est l'éducation (du moins une certaine éducation ,judéo-chrétienne , musulmane ,et toute autre éducation se prétendant la plus apte à faire
d'un "sauvage " ,un être "civilisé" ), qui fait de lui un mouton au sein d'un troupeau gardé par des maîtres .


Et ce qui fait qu'un individu né libre , tombe si facilement sous le joug d'une autorité est le manque de confiance en lui-même , du à un manque de puissance et de force intérieure , faisant
apparaître le besoin d'être dirigé , de se soumettre .


Mais alors d'ou vient ce manque de d'énergie vitale à l'intérieur de l'individu ? D'une obstruction des voies de circulation de celle-ci ? De l'installation de voies de dérivation ? De la
première cause entrainant la seconde ?


Aux obstacles naturels pouvant empêcher la satisfaction immédiate et régulière des besoins vitaux des individus , est venue s'ajouter la complexité rajoutée par l'imagination humaine .La solution
est  dans la simplification de l'existence nécessitant de récupérer la capacité de trouver dans la simplicité , la profondeur à laquelle elle permet d'accèder, grace au temps dont elle suit
l'écoulement .


On le voit , l'accession à la liberté n'est pas qu'une question de courage , de travail , de prise de risques , elle est avant tout une question de possession en quantité suffisante d'une énergie
vitale , d'un dynamisme , d'un élan , de l'amour de la vie , permettant d'avancer dans l'inconnu sans peur , et sans avoir à élaborer de stratégies en prévision des dangers que l'on s'imagine
rencontrer .