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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 14:26

Marx-seul.pngJ'ai lu ce matin dans L'Humanité le dossier ("Humanité des débats")  consacré à l'actualité de l'idée communiste.

Tous les auteurs  (A. Tozel, Badiou, Balibar etc.. ) s'accordent, en gros, sur la thèse suivante : le communisme, ( "une idée simple à l'extrême" pour S. Roza)  est une IDEE autrement  dit, un projet mobilisateur - un idéal, pour parler vulgairement)..
 Mais ce n'est pas qu'une idée.. En effet,  les idées ont ausi le pouvoir, notamment  en  modelant notre imaginaire, de transformer le réel.  Cette "idée"  nous permet de ne jamais  nous résigner, de ne pas succomber au fatalisme ambiant, savamment distillé par l'idéologie dominante...

Par exemple, MJ. Mondzain écrit: :  "L'idée communiste, plus vigoureuse que toutes les expériences faites en son nom, est ce qui donne à l'idée sa souveraineté politique et sa capacité inentamée de susciter une partique bien vivante dans le champ quotidien de notre expérience collective du monde" [Il faut reconnaitre] "au communisme l'énergie éternellement vivace de toute idée"...
 Je suis abasourdie..

 En effet , Marx, depuis ses écrits de jeunesse (L'idéologie allemande) jusqu'à son dernier soupir a combattu de toutes ses forces la thèse idéaliste (celle de Hegel).

 Pour lui,  les Idées (ou les idées?)  n'ont pas le pouvoir de changer le monde! En tout cas , elles n'ont aucune autonomie, étant elles-mêmes dérivées des conditions matérielles de notre existence réelle. 

 Il ne faut pas céder à cette illusion pernicieuse de l'idéalisme :  ("Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine l'existence, c'est au contraire l'existence sociale qui détermine la conscience" écrit-il par exemple,  Critique de l' économie politique" 1859).  Difficile de l'ignorer, c'est vraiment le b-a-ba de la philosophie marxiste (le matérialisme historique)...

 Je ne vois pas par quelle désinvolture (rouerie? malhonneteté? ) on peut se réclamer de Marx pour  défendre une "idée" du communisme qui repose sur l'exacte antithèse de ce qui constitue  la clef de voûte  du système  marxiste..

Un petit fragment de Jean Birnbaum (cité dans le dossier)  va pourtant dans ce sens : le  communisme tend de plus en plus à se confondre avec une  pure "idée", écrit-il. Ou même, pour être tout-à-fait précis, un "fantôme" philosophique. Le spectre d'un "monde défait" qui vient hanter encore quelques consciences savantes ..

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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commentaires

Jeff 13/02/2013 14:24


Bonjour, il me semble qu'en présentant ainsi la conception "antidéaliste" de Marx (je parle bien de Marx, pas des systèmes marxistes totalitaires qui s'en sont réclamés, mais qui n'ont rien à
voir avec la pensée et les conceptions de Marx : Voir par exemple le travail de Michel Henry sur ce sujet) , vous la trahissez un peu : Les idées, dépendantes des conditions d'existences,
agissent précisément sur lesdites conditions (c'est ce qui est appelé la praxis, je crois me souvenir), ce n'est pas du pur matérialisme naïf, déterministe, mais une "dialectique" entre
conditions matérielles et conscience.


En ce sens, il ne me semble pas que parler de l'idée communiste puisse être considérée comme un contresens, dans la perspective marxienne. 

laurence hansen-love 13/02/2013 21:28



Vous avez parfaitement raison, et je me demandais qui m'en ferait la remarque.


 C'est Merleau-Ponty notamment qui a insisté sur cet aspect du marxisme, qui n'est donc pas un fatalisme à ses yeux.. car les idées des hommes ont un rôle non pas déterminant, mais néanmoins
sur-déterminant..


 Cepedant selon Marx,  la révolution prolétarienne ne peut se produire que si les conditions matérielles la rendent possible et nécessaire..


 "L'humanité, écrit Marx, ne se pose que les problèmes qu'elle peut résoudre"


Donc l'idée SEULE est impuissante. L'idée ne peut qu'accompagner, voire, au mieux, accélerer un processsus matériel inéluctable...


 Or,sous cet angle, la philosophie marxiste est muette...Où sont les signes matériels d'une révoltuion prolétarienne à venir?


 Déjà, il faudrait qu'il y ait un prolétariat.. (dans les pays industrialisés, les classes moyennes sont aujourd'hui bien plus nombreuses). De plus les intérêts des prolétaires du monde
entier ne sont pas convergents, mais antagonistes... quand nous fermons une usine en Eurpe, c'est tant mieux pour les pays qui les accueillent!


 


 La thèse des nouveaux marxistes selon laquelle les idées (ici l'idée communiste) peuvent changer le monde envers et contre tout me paraît bien "idéaliste" au sens où cette doctrine
révulsait Marx... Car pour lui l'histoire marche sur ses pieds, et non sur la tête..


Sur le plan économique, l'étatisation (nationalisation)  et la planification prônées  par Marx sont tombées dans les poubelles de l'histoire.. même les plus vieux pays
communistes ont opté pour le libéralisme aujourd'hui, même,  depuis peu,  Cuba!


 


 Il ne reste que la Corée du Nord pour illustrer encore la réalisation de l"Idée" communiste


 


 


 



cordroch jf 10/02/2013 08:35


Que ce soit une idée , un idéal , autrement dit un projet accompagné d'un programme pré-élaboré en vue d'une transformation d'un système pré-existant , ou de la création d'un nouveau système , ne
résiste jamais , aussi étudié soit-il ,à l'assaut de faits imprévus , de la réalité incontrôlable .


Il manque à un système ,produit de l'imagination et de la volonté humaines ,du lien entre les différents éléments le constituant , il manque donc du liant . Ce liant est ce qui est produit lors
des interactions intervenant de manière aléatoire entre les différentes forces agissantes au sein d'un désordre originel . Or c'est justement sur ces forces désordonnées que cherche à s'exercer
la volonté humaine par la préconception de systèmes . Cette préconception empêche donc la constitution de liens, en empêchant les fusions et les fissions entre les forces de se produire ,
empêchant de ce fait la bonne circulation de l'énergie garantissant le renouvellement naturel et permanent des forces créatrices , et maintenant les liens .


Un système produit par la volonté humaine est poreux du fait de liens insuffisamments solides , laissant la possibilité à des parasites de s'infiltrer dans les fissures ne manquant pas
d'apparaître entre les éléments de l'édifice .


L'imagination et la volonté humaine ne produisent que de l'artificiel ,auquel il manque une énergie fondamentale originelle pour que leurs créations disposent du pouvoir de renouvellement
permanent . Au bout d'un certain temps , variable selon les créations , tout finit par exploser , ou imploser , et au lieu de laisser les choses se reconstituer par elles-mêmes , l'homme fait de
nouveau appel à son imagination et sa volonté pour reproduire les mêmes erreurs fondamentales .


C'est le paradoxe humain . La nature a doté l'homme d'une imagination et d'une volonté, mais il les utilisent contre la nature en cherchant à se substituer à celle-ci . Est-ce une erreur de la
nature , ou une erreur humaine ?