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2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 20:20

La démocratie 


« D’où vient le désir de démocratie? Pourquoi des peuples souhaitent-ils changer de régime?  Quel type de revendications nourrit leurs aspirations? Ces questions ne reçoivent pas de réponse simples. Ce sont elles qu’il faut pourtant aujourd’hui poser,  si l'on veut comprendre, en profondeur, comment la démocratie peut s’étendre. On ne peut se contenter, comme on le fait trop souvent, d'avancer que la soif de liberté est naturelle, et qu'elle subsiste en l'homme, quelles que soient les contraintes que nous pouvons subir. L’explication n’est pas fausse, mais elle est au fond  tautologique  puisqu'elle se contente de dire que la démocratisation trouve ses raisons dans le désir de démocratie.  Et elle nourrit de dangereuses  illusions,  puisqu'elle fait croire que la démocratie, en puissance en quelque sorte en chaque homme est exportable – qu’il suffit, autrement dit, de renverser les régimes autoritaires pour qu'un régime démocratique se développe.

Nous devons retenir les leçons de Périclès :  le genre « démocratie » ne pas être déterminé a priori, il n’y a  de démocratie que ce que les peuples   reconnaissent comme telles. Les Athéniens nommaient « démocratie » leur régime parce qu'il offrait à tous une vie accomplie – une vie de sagesse et de beauté, dit Périclès, tournée dans le bien public. Ce que nous nommons  aujourd'hui «démocratie » est moins déterminé : un ensemble d'images, de valeurs, d’idées - ce j'appelle un idéoscape - par lequel nous exprimons notre désir de liberté et d'égalité, plus encore par lequel nous exprimons notre conviction que ce désir est intégralement politique. Comprendre aujourd'hui l’expansion de la démocratie  suppose qu'on prenne en compte cette appropriation d’un idéal sans doute confus mais qui reste une force incomparable de mobilisation. Pour cela, il faut être à la bonne distance : éviter le dogmatisme d'un modèle imposé au monde, éviter le relativisme qui empêche de voir que les nations s'imitent et s'inspirent les unes des autres – bref, comprendre que le modèle démocratique aujourd'hui n’est ni un paradigme idéal, ni une réalité singulière qu'il faudrait généraliser. Car dans un monde globalisé, les modèles deviennent pluriels, ils circulent et travaillent les imaginaires. Ils nourrissent les représentations qu'on se fait des combats à mener et la signification qu'on leur donne ».
La démocratie universelle. Philosophie d'un modèle politique. Florent Guénard, Seuil, 2016.

 

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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Sylvain 19/08/2017 14:52

Sur l'universalisme et le relativisme :
"Pour les gens éveillés, il n'existe qu'un monde, qui est commun, alors que dans le sommeil chacun se détourne vers un monde qui lui est propre."
Héraclite (qui n'était nullement relativiste, du moins pas au sens culturel où on l'entend aujourd'hui)

Sylvain 18/08/2017 04:54

Le fait que des adaptations, voire (pourquoi pas) des améliorations soient possibles ne signifie pas que le principe de la démocratie ne soit pas universel. Par ailleurs, lorsqu'on parle de "modèle démocratique", il faut préciser s'il est question du modèle français ou européen ou du modèle anglo-américain, car les deux divergent sur un ou deux points essentiels.

Bernard Joly 03/08/2017 15:55

La démocratie, c'est faire valoir un bien commun; le pouvoir politique doit accepter la tutelle de l'état social qu'il dirige, et l'état social la simple nécessité d'un pouvoir.
Les peuples éligibles sont ceux dont la culture permet d'accepter l'indétermination, et de se révéler ainsi bâtisseurs.