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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 13:30
Construire un peuple : sur le populisme de Macron

 Consciemment ou non, Emmanuel Macron pourrait s’être  inspiré des  directives du couple Mélenchon/ Mouffe (Construire un peuple, Pour une radicalisation de la démocratie,  Chantal Mouffe et Inigo Errejon) Au moins pour la forme.

 

 

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/17946/construire-un-peuple


«  Construire un peuple «  signifie -  selon les deux auteurs - offrir  une représentation  de  lui-même au « peuple » ( comprendre : à la fraction du peuple susceptible de vous rejoindre, et donc de voter pour vous)  à forte valeur mobilisatrice,  pour  initier ou encourager  une « puissante volonté collective » de changement (voire de « révolution »). Cette opération,  fondée sur un discours émancipateur (porteur d’une nouvelle identité narrative)   se place moins sur le terrain de la rationalité que sur celui des sentiments et de l’émotion. Au coeur de ce  projet, le renouvellement de la classe au pouvoir (« Qu’ils dégagent tous »), le remplacement des partis par un ou des mouvement (s),  la moralisation de la politique («  La vertu » selon  JLM) et bien sûr, avant tout,  le dépassement du clivage gauche/ droite jugé obsolète. Sans oublier  un partage  (implicite dans le cas de « En marche »),  entre « Nous » (les « progressistes », ceux qui veulent tout changer pour que rien ne change) et « Eux » (les « conservateurs ») , accrochés à leurs rentes de situations... 

 

 

 

    Emmanuel Macron est donc en passe de réussir (au moins momentanément, nul ne peut préjuger de l’avenir) une telle opération, au point de déclencher  probablement un tsunami électoral aux législatives. Sur le fond, ses options politiques sont  évidemment à l’opposé de celles de la France Insoumise  (ses opposants disent que son programme est « vide » -  il n’est pas vide mais il est oecuménique). Sans prétendre au statut d’expert-sondeur,  il est facile de voir qu’il semble  plus réaliste  de « construire un peuple » sur la base de positions modérées et virtuellement consensuelles (l’Europe envers et contre tout,une mondialisation assumée, la protection de l’environnement, la sécurité, l’Etat régalien fort, un chef d’Etat autoritaire et charismatique, la puissance de la voix de la France à l’international, des positions tolérantes et ouvertes  sur le plan sociétal) que sur les sujets les plus clivants (le code du travail, l’austérité, le pouvoir d’achat,  la sortie de l’Euro, l’ immigration..). Les positions dites « radicales » de gauche,  ou désormais  populistes,  ne semblent pas en mesure de réunir en France actuellement  les suffrages  de  plus de  15 % des électeurs,  20 % à tout casser - probablement encore moins pour ces élections-ci. Comment pourrait-on « construire un peuple » sur une base électorale aussi étroite? …

 Quant à l’exploitation des  sentiments et des émotions, on observe que les « gens » semblent préférer les  affects à connotations positives (optimisme, audace, fierté, ambition, gloire et même glamour   etc..  …) aux passions tristes et irritantes, très plombantes  du côté  des Insoumis  (ressentiment, colère, haine  : voir le fameux texte de François Ruffin et aussi la contre-performance de Marine Le Pen dan le débat du second tour..).

 Pendant que JLM en est déjà à envisager de « construire un deuxième peuple » (sic) … voir la vidéo sur l’échec de Chavez https://twitter.com/jeromegodefroy/status/871014456037396482)

 

Emmanuel Macron  fait le job !  La stratégie populiste, ni de gauche ni de droite, mais centriste  (comment un « populisme » pourrait-il être de gauche?) fonctionne plutôt bien pour le moment. 

 

    Mais un tel populisme opportuniste ne vaut  - à ce stade - qu’en tant que  stratégie électorale.. A moyen terme il faudra clarifier les objectifs du gouvernement, et cela sera  sans doute assez compliqué… Car  le pseudo-consensus « populiste », s’il ne repose pas sur des convictions de droite et même nationalistes,  voire xénophobes, (auquel cas il est cohérent) ne peut être que  politiquement superficiel et ambigu. 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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commentaires

Bernard Joly 09/06/2017 17:58

Macron n'est pas populiste car il ne se réclame pas du peuple, tout simplement.

Sylvain 09/06/2017 23:18

Relève-t-il (et non pas relève-t-elle : faute de frappe)

Sylvain 09/06/2017 22:49

En quoi le fait de rejeter la bipolarité gauche/droite relève-t-elle du populisme ??? C'est un contre-sens. Ce sont au contraire ces clivages obsolètes qui nourrissent la démagogie sous toutes ses formes. Et le clientélisme. Et par extension le populisme.

laurence hansen-love 09/06/2017 18:50

C'est vrai , il n'emploie pas ce type de rhétorique, contrairement à Fillon par exemple. Mais il rejette le bipolarité droite/gauche et il mise beaucoup sur le sentiment -autres marqueurs du populisme. Il cherche à construire un peuple au delà des clivages habituels, c'est un point commun avec d'autres populismes. Mais qui ne me pose ps de pb en ce qui me concerne car en même temps Macron est libéral et démocrte, - jusqu'à preuve du contraire bien sûr..

jf cordroc'h 09/06/2017 13:55

.

On peut parfaitement être au contact ,direct ou indirect avec une réalité, tout en niant celle-ci . Je dirai même que pour pouvoir nier une réalité il faut préalablement en avoir pris connaissance .L'Homme est expert en déformation ,transformation et négation de tout ce qui risquerait de remettre en question l'image qu'il veut avoir et donner de lui-même ,de ses croyances ,et plus généralement des illusions qu'il s'invente afin de se protéger d'une réalité qu'il ne veut pas voir ,mais qui ne cesse de se rappeler à lui ,à laquelle donc , il ne peut échapper .

Les personnes qui ont effectivement nié les horreurs du nazisme ne voulaient pas admettre la capacité de L'Homme à commettre de telles abominations , ou refusaient d'admettre leur lâcheté ,préférant continuer à vivre comme si cela n'avait pas existé .Mais elles savaient , elles connaissaient la réalité .C'est la peur de voir leurs illusions s'écrouler qui les a contraint à nier l'évidence .

Je ne vois pas en quoi le fait d'avoir des attaches et des soutiens dans les milieux du pouvoir financier et politique ,empêcherait Macron d'être populiste .Ils sont tous obligés de pratiquer le populisme , car rien ne marche comme prévu et ils doivent néanmoins tout faire ,et surtout tout dire, pour donner l'illusion au peuple qu'ils gardent le contrôle de la situation .Rien ne sert de prévoir , d'anticiper l'avenir si l'on a pas une perception claire du présent ,car alors tout est faussé à la base .D'ailleurs si l'Homme cherche absolument à prévoir l'avenir ,c'est qu'il fuit le présent qu'il refuse de voir tel qu'il est réellement .

Bernard Joly 08/06/2017 15:56

Le terme de populisme que vous appliquez à Macron me semble inapproprié, car son parcours montre clairement que ses attaches et ses soutiens se situent dans des milieux de pouvoir, et non pas "exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu'entité indifférenciée".
Sa démarche relève plutôt de la communication marketing; c'est-à-dire à vocation œcuménique comme vous l'indiquez: ce que l'on appelle un chaton (si vous voulez des like, postez une photo de chatons !)
Une illustration dans cet extrait d'un pastiche d'une tirade de Cyrano trouvé sur "Comm' des mots":
"Créativement parlant, ayez des élégances
Ne vous attachez bêtement pas à la facilité
Soyez, avec disruption, soigneux et coquets
Brisez les codes, créez des turbulences
Attirez les cibles, charmez l’œil
Donner à l’idée le souffle et l’orgueil
Qu’empanachés de créativité et d’innovation
L’esprit et l’idée deviennent Chatons"

laurence hansen-love 09/06/2017 18:51

dans le cas des Le Pen, leurs attaches sont clairement dans les milieux du pouvoir, ça ne les empêche pas d'être populistes..

jf cordroc'h 08/06/2017 09:31

A Sylvain .

Nous sommes tous au contact de la réalité ,que nous le voulions ou pas .Le sentiment d'insécurité ,de peur ,d'angoisse que les individus peuvent éprouver face à cette réalité ,entrainant un parasitage dans la perception et l'interprétation de celle-ci ,provient d'une angoisse bien plus profondément enfouie dans l'inconscient .L'Homme a peur de la réalité suite au besoin qu'il éprouve de trouver des causes ,des raisons ,des justifications ,des explications toutes faites etc ...à son mal- être dont il ignore l'origine .C'est ce besoin de croire en des illusions ,des vérités ,des promesses d'un monde meilleur qui est à l'origine de toutes les idéologies .Avant le curé exploitait l'ignorance ,le peur et la crédulité des gens , aujourd'hui c'est l'homme politique qui le fait .

Sylvain 08/06/2017 09:58

La peur du nazisme était on ne peut plus légitime dans les années 30, et si certains n'avaient pas alors cherché à nier l'évidence, l'Europe n'aurait pas été transformée en champ de ruines et la shoah n'aurait pas eu lieu. Aujourd'hui l'histoire se répète, sauf que le nazisme s'appelle désormais islamisme et que de nouvelles formes de racisme émergent (même si toutes les formes de racisme n'en font qu'une et procèdent de la même logique) depuis les années 2000 dans une quasi indifférence politique et médiatique. Donc non je ne crois pas que nous soyons tous au contact de la réalité, il me semble au contraire que peu de gens voient aujourd'hui le monde tel qu'il est. Et cette cécité intellectuelle est particulièrement flagrante au sein d'une partie du monde médiatique et politique, ces "élites" qui n'en sont pas. Je suis néanmoins d'accord avec vous lorsque vous évoquez le côté manipulateur et mensonger des idéologies, mais aujourd'hui l'idéologie concerne moins les politiques (hormis les deux extrêmes) que les mouvements, groupuscules ou associations intégristes, communautaires et racistes.

Le totalitarisme moderne ne vient plus du sommet mais d'une partie de la base : nous avons changé de siècle.

Sylvain 07/06/2017 21:31

Beaucoup de choses assez confuses ou contestables dans ce texte...Je n'ai nullement l'intention de livrer une analyse détaillée, et je ne suis pas du tout un inconditionnel de Macron mais je ne vois trop en quoi il est populiste (ou alors tout le monde l'est sauf une poignée d'exceptions comme Valls, NKM et Malek Boutih), en revanche Mélenchon est indéniablement un populiste d'extrême gauche, dont j'ai dit qu'elle et l'extrême droite sont totalement symétriques. Il y a au moins une bonne chose chez Macron : cette volonté de faire exploser ce clivage gauche/droite hyper ringard. On peut douter de la méthode employée, mais le but est noble, c'est un fait.