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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 17:10

Véronique Nahoum-Grappe m'autorise à reproduire son texte... accessible aux seuls abonnés 

 

https://blogs.mediapart.fr/veronique-nahoum-grappe/blog/200217/syrie-les-crimes-contre-l-enfance-comme-signe

 

 

Syrie :  Les crimes contre l’enfance comme signe 

   

 

 

 

Au moment où en France  un crime a été  commis contre l’intégrité physique, morale  et sociale d’un jeune homme violé par un policier en uniforme, toute les informations venues de l’espace syrien offrent un comble absolu dans l’usage du sadisme  en politique. 

Depuis 1970, la Syrie est dirigée par deux hommes, Hafez et Bachar el-Assad, le père et le  fils. Depuis plus de  50 ans,  leur régime se caractérise  non seulement par un mépris absolu des droits humains les plus fondamentaux — et donc par le choix politique d’une violence extrême dans la répression d’un peuple perçu comme opposant (les massacres de masse récurrents du père et du fils sont bien documentés, par exemple à Hama en  1982) — mais aussi par un usage ancien des tortures et assassinats à l’encontre de la population carcérale détenue dans ses prisons, de tous âges et sexes. 

La répression sauvage de plus en plus militarisée de la population civile, après les grandes manifestations pacifistes en faveur de la démocratie de 2011, s’est progressivement muée en guerre totale, une guerre de destructions de villages et de sites urbains assortie de massacres ou d’évacuations forcées d’une population civile prise délibérément comme cible (ce qui est aussi bien documenté, comme est avéré l’usage d’armes interdites comme les gaz chimiques). Ainsi, la ville historique d’Alep Est, patrimoine de l’humanité, a subi un siège de plus en plus meurtrier, qui s’est intensifié à partir de juillet jusqu’à décembre 2016 : la chute, la destruction du cœur historique de la  ville historique, assortie de l’évacuation des populations survivantes a frappé le monde. Le style de guerre des bombardiers russes est d’exterminer tout ce qu’il y a en dessous, comme à Grozny (1999-2000), maternité, hôpital,  école.  

 

Particularité d’un style

Il y a donc pour les  futurs juristes  qui viendront quand nous serons tous morts, deux niveaux de criminalité politique d’Etat : le niveau atteint pendant la guerre avec le meurtre délibéré et sauvage de populations  civiles bombardés avec l’ami russe qui  connaît  la musique.  Et le niveau de criminalité politique  de répression normalisé en temps de paix,  et accentué en temps de guerre,  qui concerne la question des prisons et des détenus. Et là, il y a quelques particularités du « style » de ce régime qui apparaissent : les enquêtes  sur la répression  dictatoriale du régime de Bachar  El Assad  montrent non seulement un usage politique  de la cruauté   envers tous les  corps humains, hommes femmes torturés violés, mais aussi l’usage croissant   et normalisé  de tortures d’enfants même tous petits ,  même nourrissons, incarcérés les prisons  d’adultes … Les photographies   de ces horreurs sont  délibérément exhibées par un régime qui produit la terreur à l’intérieur et le mensonge politique obscène pour le monde extérieur.  C’est un fait d’époque, les pires régimes du moment, exploitent la photographie de leurs tortures et crimes  pour reproduire souffrance d’une  scène qui n’a eu lieu physiquement qu’une fois  … 

  En Syrie,  les images de ces horreurs sont envoyées aux parents , elles sont mises en circulation cryptée pour  produire  une   terreur  politique non seulement  chez les opposants  mais dans tout l’espace social syrien, qui se retrouve abimé par ces images d’abominations. Distillées comme formes de répression politique intérieure, elles violent les yeux,  elles massacrent toute lueur de joie,  elles dévastent cette confiance  collective basique vis à vis du soleil,  du lien social : lorsque les résistantes et résistants syriens proclament actuellement :   « ils ne  tueront pas notre joie » , ils disent quelque chose de  très précis  au regard de ce contre quoi ils doivent  lutter.. Et ce  au  pire moment  en face  de la victoire de la force pure, celle de bombardements, confortables du point de vue de l’agresseur qui appuie sur le bouton… Il est tranquille,  il  a mal au  pouce, il ne risque jamais, en face,   une attaque du moindre avion ennemi. 

 Il n’y a pas  de limites ni d’innovation dans les pratiques de cruauté extrêmes qu’un dictateur peut infliger à sa propre population : son programme est d’une infinie répétition comme dans les œuvres de Sade, comme dans les  circuits de films porno-sadiens, destinées     aux malheureux qui vont se masturber dessus.  Mais, dans la  culture de la domination politique, il y a  comme un style propre, qui  est le signe d’un certain fonctionnement d’une part, lié à l’impunité  dans la durée,  et d’une certaine forme de culture d’autre part, fondée sur un système de croyance non clairement conscient. 


Le bourreau tortionnaire d’enfants attend la retraite

    Une impunité inscrite dans une filiation : depuis 50 ans, la répression des Assad, comme unique réponse politique à quiconque redresse le front, est transmise du père au fils.. La longue durée de l’impunité des responsables politiques de ces crimes massifs contre l’humanité inscrit leur perpétration dans une normalité. Leur violence politique extrême devient routine. A force de protéger leurs crimes, les responsables jouissent d’une impunité normalisée qui fonctionne comme un blanchiment de pratiques sales : elle les efface, les aplatit, grâce à ce train-train peinard de leur propre continuation pragmatique  dans la durée quotidienne. Le bourreau-violeur-tortionnaire d’enfant attend la retraite. Et le politique signe et re-signe le perfectionnement systémique des programmes de morts et de souffrances : ici, il commande les photos des personnes torturées, là, il réclame l’incarcération des bébés. Avec le temps, l’impunité produit des effets particuliers : elle est non seulement un grand confort du criminel, qui ment avec cette stupéfiante séduction hypnotique du maître des vivants et des morts, de leur terreur et de leur douleur,  mais en plus, avec son inscription dans la durée, elle fonctionne comme un sédatif progressif. 

  C’est alors qu’advient tout naturellement ce double accroissement des crimes, celui de leur massivité, celui de leur cruauté, jusqu’aux tortures et viols d’enfants tout petits emprisonnés en masse, ce qui est sans doute une de ses innovations. On connaissait les viols systématiques (le nettoyage ethnique en Bosnie en 1992), on savait que les tortures des pouvoirs totalitaires n’épargnent ni femmes, ni vieux, ni bébés, mais les emprisonnements et viols avec tortures systématiques d’enfants, c’est le style de Bachar, sa signature, produite par le vertige d’une impunité inscrite  dans  le temps long de sa filiation.  La diffusion d’images  d’une cruauté insoutenable qui  rend toute conscience, même éloignée du terrain, folle et hagarde, surtout celle de la jeunesse — on connaît  le rôle  de ces images diffusées par l’EI dans le chemin vers la radicalisation de certains jeunes français .  

 

Hérode au XXI e siècle

On savait qu’il y aurait un fascisme-totalitaire du XXIe siècle qui ne ressemblerait pas à celui du milieu du XXe siècle, comme avait écrit Primo Levi. Eh bien, il est là, le régime politique du XXIe siècle qui pue le nazisme auquel il ne ressemble pas. Comment l’appeler ? « L’Etat de barbarie », pour reprendre la formule de Michel Seurat lorsqu’il décrivait en 1980 déjà la manière dont ce système dictatorial  fonctionnait. 

 Mais de quel système de croyance  naît la possibilité  d’un tel franchissement  du tabou anthropologique de la protection collective  de toute petite enfance, fondée sur cette évidence devenue emblématique de son  innocence ? Lorsque l’ennemi est l’autre racial (mi-XX° siècle) « ethnique » (Europe années 90) « culturel, religieux ou national » (XXI°siècle), il se produit une  extension de la haine contre lui, fabriquée culturellement et mise en ébullition par la propagande aussi mensongère qu’obscène et transgressive. Cette haine planante, collective ,  dessine toujours la  silhouette, la figure de l’ennemi :   le ventre  des femmes, l’enfant tout petit qui joue près de sa mère, toute cela c’est l’ennemi qui menace l’avenir de la nation  (comme dans cette rumeur actuelle de  l’extrême droite française qui pense comme un  génocide « blanc » d’un grand remplacement du « peuple français » l’invasion démographique  de l’intrus culturel, ennemi dont les  femmes seraient  trop fécondes…). Femmes et enfants de l’Autre sont alors haïs  et  leur viol, leur torture,  leur massacre sont idéologiquement pensables, donc possibles.  Mais  ce qui est en jeu dans les tortures et massacres délibérés  de la petite enfance comme  aboutissement  de la répression extrême généralisée, et normalisée par l’impunité,  dans les  prisons syriennes est ici autre chose :  au minimum  le signe d’une qualité de haine exceptionnelle de la part du pouvoir dominant familial syrien, de son bloc pétrifié d’absence de pensée, seulement un  abime de panique fossilisée,  celle  d’un Hérode du XXI° siècle , ophtalmologue aveuglé,  panique  que naissent quelque part ceux  qui vont   détrôner son fils ?  

 

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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commentaires

Jonas 02/03/2017 18:15

Je lis le texte de la journaliste de Mediapart, avec une peu de retard.
Edwy Plenel pour qui je n'ai aucune sympathie devrait relire la guerre Iran/irak et les méthodes utilisées par l'imam Khomeini ( Chiite) comme Hafez et Bachar Al-Assad , pour qui les enfants n'ont aucune valeur.
En 1980 , l'Ayatollah Khomeini appela l'invasion irakienne de l'autre dictateur, sunnite une -bénédiction de Dieu- parce que la guerre lui fournissait l'opportunité d'islamiser la société iranienne. La principale stratégie utilisée était celle de l'attaque en vagues humaines , au cours de laquelle des enfants et adolescents ( 12 ans et 17 ans ) à peine armées avançaient sur l'ennemi en rangs alignés. Peu importait qu'ils tombent sous le feu de l'ennemi ou fassent exploser les mines avec leurs corps; l'important était que les Basiji ( milices) continuent à progresser par-dessus les restes déchiquetés et mutilés de leurs camarades tués, allant au-devant de la mort, vague après vague. Quand une brèche avait été ouverte dans les lignes irakiennes , les commandants iraniens envoyaient leurs troupes des Gardiens de la révolution les plus valeureux et les plus expérimentés. Plus de 100 000 enfants furent tués.
Le journal allemand le , Der Spiegel , rapporte le cas d'un garçon de 12 ans , du nom de Hossein, qui fut enrôlé dans les Basiji, bien qu'il fût atteint de la poliomyélite, montre une cruauté sans nom.
- Un jour , quelques imams inconnus passèrent dans le village. Ils convoquèrent toute la population sur la place qui faisait face au poste de police , et ils annoncèrent , qu'ils avaient de bonnes nouvelles de la part de l'imam khomeyni:l'armée islamique d'Iran avait été choisie pour libérer la ville sainte d'Al Quds- Jérusalem- du joug des infidèles. Alors le mollah local avait décidé que chaque famille ayant des enfants devrait fournir un soldat de Dieu. Comme Hossein était le moins utile à sa famille et que, du fait de son infirmité,, il ne pouvait de toute façon s'attendre à beaucoup de bonheur dans cette vie , son père le choisit pour représenter la famille dans le combat contre les démons d'infidèles. Sur plusieurs dizaines d'enfants , seuls lui et deux autres survécurent.
En 1982, le dictateur Hafez al-Assad, père de l'actuel dictateur , comme le rappelle l'article , avait massacré , 40 000 syriens appartenant selon lui aux -Frères musulmans-
Rien de nouveau de la part de ces gens sous le ciel , sauf l'aveuglement sur la réalité.