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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 11:20

  Claude Lefort 

 

Repères  biographiques :

Né en 1924, mort en 2010. Il fut l’élève de Maurice Merleau-Ponty*.En 1947, il rompt avec le trotskisme et fonde, avec Cornélius Castoriadis, la revue «  Socialisme ou barbarie ».De 1976 à 1990, il est directeur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales. Il a développé dans ses principaux écrits  une théorie de la démocratie comme  un régime qui admet l’institutionnalisation du conflit au sein du corps social. 

 

  La principale ligne de force de l' œuvre de Claude Lefort est une valorisation du mouvement, idée qu’il emprunte  pour l’essentiel à Machiavel. Le grand penseur florentin est, selon Claude Lefort, le seul philosophe à avoir « pénétré la vérité intime » de la politique, parce qu’il fut le premier à avoir osé extraire la politique de tout horizon de concorde ou d’harmonie pour la concevoir au contraire comme un ensemble  d’activités dépourvus de tout arrière plan théologique ou éthique. Avec Machiavel, il devient évident que la politique s’établit sous le régime de l’incertitude et de l’instabilité, et c’est la raison pour laquelle l’œuvre de Claude Lefort se présente, elle aussi,  comme une entreprise périlleuse, ouvertement subjective, et non pas comme une lecture distanciée à prétention scientifique, comme pourrait l’être  celle d’un savant weberien par exemple (voir Max Weber*.

 La question ouverte dans les années 50 -  jamais refermée depuis - autour de laquelle se noue l’ensemble des réflexions de Claude Lefort  est la suivante : « pourquoi le totalitarisme* est-il un événement majeur de notre temps ? ». Contrairement à Raymond Aron ou à François Furet, auteurs dont Claude Lefort est pourtant proche, mais auxquels il reproche de relativiser ou de minimiser l’effroyable singularité du totalitarisme, l’auteur du Temps présent considère, à l’instar d’Hannah Arendt, que le nazisme et le communisme constituent les deux versants jumeaux d’une seule et même révolution anti-démocratique. C’est chez La Boétie* que, très anachroniquement (Le Discours de la servitude volontaire date de 1548!) il découvre une tentative décisive d’élucidation de la « fantasmatique » à laquelle est suspendue l’entreprise totalitaire. Comme La Boétie*, comme Hannah Arendt*, l’auteur de Un homme en trop. Essai sur l’Archipel du Goulag et de L’invention démocratique. Les limites de l’invention totalitaire,  considère que, par opposition au despotisme, le totalitarisme n’est pas (seulement) un système d’oppression reposant sur la violence et la terreur, mais qu’il ne peut devenir intelligible que rapporté à son élément constitutif, la croyance. Soumis à l’idéologie nazie ou communiste, le peuple plus ou mois séduit,  plus ou moins consentant,   croit en la légitimité du projet totalitaire. 

En ce qui concerne les institutions républicaines, Claude Lefort, emboîtant là encore le pas à Hannah Arendt,  prend la liberté de penser le politique en rupture avec l’ensemble de la tradition philosophique occidentale. Pour lui en effet, l’avènement de la démocratie qui « dissout les repères ultimes de la certitude », constitue avant tout un tournant  symbolique. La démocratie moderne, libérale  ne peut être saisie convenablement que sous l’angle de la représentation, c’est-à-dire de  la conception que nous en formons, même si le rôle de l’infrastructure économique et capitaliste de ce régime ne peut être minimisé. Parce qu’en démocratie, le pouvoir est « sans garantie transcendante », parce que ceux qui l’exercent ont cessé de  prétendre détenir la connaissance des objectifs de l’humanité, le citoyen moderne doit accepter l’épreuve de l’indétermination du pouvoir, du savoir et du droit. Il n’existe plus, en démocratie de source indiscutable ni de la Vérité ni du Bien. La démocratie est  un régime qui assume  le principe de la « division sociale » (séparation de la politique et de l’économie, diversité des éthiques et des visions du monde, opposition insurmontable des intérêts et des instances représentant ces intérêts etc…). L’homme démocratique est, par conséquent, renvoyé à sa propre conscience et à son propre jugement comme seules sources possibles de cette loi dont la précarité est désormais mise à nu : «  la démocratie moderne affirme de façon irréversible la légitimité du débat portant sur le légitime et l’illégitime ».

 

Principaux écrits : 

  Le travail de l’oeuvre, Machiavel (1970)  

Un homme en trop. Essai sur l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne (1975),

 L’invention démocratique (1981)

La complication (1999)

 Le temps présent (2007)

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Published by laurence hansen-love
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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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