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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 13:52
Post-vérité: du mensonge à l "l'art de dire des conneries"

Post-vérité, du mensonge à   «  l’art de dire des conneries » 

 

 Pourquoi parler de post-vérité alors que le mensonge a toujours été la règle  en politique?

 

    Ce propos d’un ancien ministre (Hubert Védrine, C polémique, 15 janvier 2017 ) entendu ces jours-ci  dans une émission de TV (F.5) appelle quelques commentaires.

 

  L’expression « post-vérité » (post-truth) est apparue en 2004 avec la publication du livre de Ralph Keyes The post-truth era: dishonesty and deception  in contemporary life   (L’ère de la post-vérité malhonnêteté et tromperie dans la vie contemporaine). Sur la genèse de cette expression et sur les débats correspondants,   on peut consulter l’excellent article de wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ère_post-vérité), ainsi que  la tribune de 

Michaël Foessel 

(http://www.liberation.fr/debats/2016/12/01/apres-la-verite_1532297

 

et la mienne..

 

http://www.liberation.fr/debats/2016/12/11/post-verite-pourquoi-les-menteurs-prennent-le-pouvoir_1534554

 

 

  Je résume : évoquer l’ère de la post-vérité ne revient pas du tout à accuser l’establishement politico-médiatique de nous manipuler ou de nous mentir. C’est même en un certain sens tout le contraire, puisque, si l’on veut simplifier, c’est le fonctionnement de la société tout entière qui nous désoriente pour des raisons tout- à-fait fait inédites. Dire que nous nous trompons nous-mêmes n’est pas du tout la même chose que de dire « on nous ment » (titre d’un documentaire diffusé le 17 janvier sur Arte: « Tous les gouvernements mentent »)

 Dans une dictature ou dans une régime totalitaire, le pouvoir produit une propagande unilatérale, cohérente  et mensongère dont la finalité est de valider sa politique et son idéologie, au profit des intérêts du pouvoir. Il peut en aller de même, jusqu’à un certain point   dans une démocratie libérale, comme l’expliquent et tentent de le démontrer  les réalisateurs du film « Tous les gouvernements mentent ».

 

Mais il ne s’ agit pas du tout de cela dans le livre de Ralph Keyes. Tout au contraire, l’ère de la post-vérité est celle du brouillage entre réalité et fiction. Le blogueur David Roberts, cité dans article de Wikipedia, définit   la post -vérité comme une culture diffuse  depuis un certain temps par la société dans son ensemble, et non comme une dimension de la politique imputable aux « élites ».

 

  Une culture politique dans laquelle l’opinion publique et les médias apparaissent de plus en plus déconnectés de tout souci politique authentique    (respect  de la loi comme expression de la  volonté générale selon Rousseau e tMontesquieu, un espace public dans lequel chacun s’exprime  et agit en vue de la justice et en vue d’un consensus possible). La démocratie se voit doublée et déstabilisée   par une société de communication dans laquelle la forme a définitivement pris le pas sur le fond. Ainsi par exemple l’homme politique ne ment plus à proprement parler. Il dit de « conneries » (« bullshit ») et c’est sans conséquence, car on adhère non pas à un  discours vrai ou plausible mais bien davantage à la personnalité de celui qui le tient. Un commentateur  parle des « hyperboles créatives de Trump ».  Hyperboles, extravagances, conneries, escroqueries : « les conneries sont un ennemi plus grand que les mensonges » (Harry Frankfurt, article : De l’art de   dire des conneries, 1986).

 

Comment et pourquoi on en est là?

 

 Primat de l’émotion sur la raison :  définition de la post-vérité selon le dictionnaire d’Oxford:  l’expression post-vérité « fait référence à des circonstances dont l’ objectif est moins d’influencer  modeler  l'opinion publique que les appels à l’émotion »; Narcissisme entretenu par les grands médias et  pub: soyez vous -mêmes, n’écoutez que vos instincts et vos amis (facebook…).

 

Comment fonctionne le cerveau: les faits contraires à nos convictions les renforcent…

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-pourquoi-les-faits-ne-suffisent-pas-a-convaincre-gens-qu-ils-ont-tort-38103.php

 

 Le gouvernement des émotions :  le cyberespace favorise le triomphe des émotions, le pouvoir politique utilise les mêmes ressorts, appuyé sur le narcissisme: « l’après vérité est un effet pervers de la modernité qui invite les individus à se construire eux-mêmes ( Claude Poissonot).

 

Les politiciens recherchent la seule efficacité, au dépriment de toute approche éthique et de tout souci de vérité ;  d’où l’importance de la sophistique, rôle prépondérant des communicants. Le marketing personnel tient lieu de programme…http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-165125-lart-de-la-guerre-et-de-la-communication-politique-2058441.php

 

 

Internet nous rend idiots : les bulles de filtres nous enferment dans nos propres convictions , nous éloignant des médias pluralistes, trop d’information tue l’information. Les échanges sur Internet via les réseaux sociaux ne diminue pas le poids des préjugés, ne style à l'esprit critique mais tout au contraire favorise la crédulité et les dérives sectaires. Le numérique dans son ensemble, Et pas seulement les réseaux sociaux ont « ébranlé notre rapport à la vérité «(Katharine Viner, rédactrice en chef du Guardian)

 

Le discrédit des médias et des politiques :  si tout le monde ment, personne ne ment…

 

La société du spectacle (Guy Debord)  :  la société du spectacle véhicule une conception générale du monde, existence  doit être assimilé à de la marchandise produite et consommée: l'image d'un homme politique si possible spectaculaire est sensationnelle, prévoir sur le contenu de ces idées cf Mélenchon la nouvelle mise en scène de ses meetings. La politique comme  entertainement : ce qui compte, c’est de faire le show, de constamment innover, surprendre. Trump est exemplaire à cet égard : Chaque jour est une nouvelle« connerie ».

 

 Succès et influence de la télé-réalité, qui abolit par définition la différence entre la réalité et le spectacle. D’ où le succès de Trump qui en vient.

 

 

 

 Pourquoi c’est dévastateur pour la démocratie

 

 Cela  sape  les fondements même de la politique ( « politique » au sens noble du terme, au sens  originel, la res publica, la chose publique)  L’idée républicaine de politique fondée sur la croyance en l’existence d’un  monde commun,  matérialisé notamment par un espace public,  lieu ou cadre ( au moins symbolique ) de dialogue et de concertation de tous  en vue du bien commun, dans le respect de la vérité. Pas de démocratie sans adhésion de principe  de tous   à cette idée de bien commun, de souci commun de la  justice, c-est-à-dire dans la recherche supposée possible  d’un consensus tant sur un objectif à atteindre que sur le respect de la vérité (toujours construire et contestable, jamais imposée ni  figée). Tout ceci vole en éclat avec la  société de la post-vérité. Cet espace public (res publics) se fragment en en sous-espaces liés à des intérêts particuliers partagés, ce que Rousseau nommait des factions, aujourd’hui les amis sur Facebook (bulles cognitives). Facebook est devenu le premier média aux Etats-Unis.

 

Ce type de sociétés favoris la  la montée de populism/ Le populisme est une réponse fac eux désarroi de tous ceux qui ne savent plus à quel saint se vouer..Bien loin de solliciter réflexion et autocritique sur les dérives de la société du spectacle et les effets pervers du numérique, le populisme s’en empare, amis au profit d’une idéologie qui évacue toute responsabilité des citoyens,

  Dénonçant  les mensonges de la sphère médiatique et politique, le populiste désigne les responsables de l’injustice et de la faillite des  démocrates libérales : « On vous ment, les gouvernements mentent toujours,.. Moyennant quoi, il  ne  faut vous fier qu’à vos sentiments et opinions et convictions immédiates. Le peuple irréprochable, vous , nous sommes irréprochables ».

 

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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commentaires

jf cordroch 22/01/2017 08:33

Une seule explication à tout cela ; Le manque de liens fondamentaux Homme-Nature engendré par l"apparition de la rationalité humaine ,dont l"ultime finalité est de vouloir se substituer au processus aléatoire du vivant ,de s"accaparer du pouvoir créateur et de la puissance de la nature .Ce manque et son corollaire ,le besoin de compensation ,sont à l'origine des mensonges et des illusions individuels et idéologiques au service desquels sont utilisées les facultés du cerveau humain .

J"avais écrit un commentaire beaucoup plus long et complet sur ce sujet que j"ai perdu en appuyant malencontreusement sur une mauvaise touche . J'ai la flemme de recommencer , alors j"ai brièvement résumé .