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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 12:02
Le revenu universel, une question philosophique

 Pour le revenu universel:  le débat est  philosophique ! 

 

 Hier soir,  à C dans l’air , Yves Calvi a dit « Le revenu universel , c’est un concept » (au sens négatif de ce terme, a-t-il cru bon d’ajouter..)

Je voudrais rebondir  sur cette remarque (avisée) d’ Yves Calvi…

  Le revenu universel, comme l'ont souligné à juste titre également ses invités, ce n'est pas pour demain … mais pour après demain peut-être. Il est vrai que c’est un thème qui ne constitue peut-être pas une urgence absolue dans le cadre de la préparation de la  présidentielle de 2017.

 

Ceci étant posé et acquis, je voudrais revenir sur le débat philosophique.. qui  me semble aujourd’hui  crucial. Non seulement parce qu'il porte sur la question de savoir quelle société nous voulons pour demain - je parle des sociétés avancées,    relativement opulentes mais qui laissent sur le bord du chemin encore une part considérable de nos concitoyens (chômage,  pauvreté, précarité..). L'utopie  du revenu universel   propose d'apporter une réponse partielle  à cette question de l’extrême et croissante inégalité … Moyennant quoi, il se heurte à une  opposition de taille :   l’une venant d’une gauche  qui se réclame du marxisme et qui considère que le travail constitue l'essence de l’homme… tandis qu’une autre tradition, procédant du protestantisme, pose que le travail est une obligation morale, l'homme ne pouvant parvenir à l'estime de soi sans travailler (Kant).

 

 

D’où un second ce débat, plutôt un débat  préliminaire,  puisqu'il constitue un préalable. 

C’est la question de fond : le travail constitue-t-il un propre de l’homme? le propre de l’homme? 

 À cette question on peut répondre en remarquant que le travail peut être un propre de l'homme même pas nécessairement un « propre essentiel ». À ce sujet il faut évoquer  l’ ambiguïté   de Marx qui a dit à la fois que le travail définissait l'homme et en même temps que le travail aliéné  « lui arrachait sa vie générique ». Que faire?
 

 

Le travail est-il l’essence de l’homme?  Je ne le crois pas… je pense que Hannah Arendt a eu raison de souligner que l'homme peut s’accomplir de différentes manières, soit par le travail soit par ce qu'elle nomme l’ « oeuvrer », soit par l’action (dans Condition de l'homme moderne). J’expose  son idée dans le post ci-dessous . Pour sa part,  elle privilégie l’action par rapport au travail et à l’oeuvrer même (activités productives et créatives..).
 L'homme peut-il s’accomplir en dehors du travail? Je le crois, et c'est pourquoi prôner le revenu universel ne doit pas être vu comme  pas un sacrilège parce qu’on est « de gauche » .. A l’appui de cette idée je poste un texte de Lafargue et un texte de Simone Weil. 

 

 Un homme a-t-il le droit de considérer qu’il a mieux à faire que de travailler? Oui si l’on en croit Nietzsche…

 Dernière question qui doit financer le  RU ? Les entreprises et les travailleurs? Non : je ne trouve pas qu'il soit juste que ceux qui travaillent financent  ceux qui ne travaillent pas…C’est la société tout entière qui doit reconnaitre ce droit à un revenu  d’existence, et donc l’assumer,  parce que toute personne qui existe a le droit d'obtenir les moyens d’exister… De plus tout le monde est susceptible d’en bénéficier (si ce n’est pas moi, supposée nantie,  ce seront mes enfants et petits-enfants.. un  revers de fortune est  vite arrivé !).

 J’ajoute que pour moi le RU n’est pas d’abord la possibilité offerte à tous de se tourner les pouces. C’est la chance offerte à tous de choisir son travail,  de se ménager des plages de loisir - comme le souhaitait  Marx - notamment pour se former. Et, surtout de s’accomplir en tant qu'être humain (Arendt) c’est-à-dire de s’insérer dans le monde par la parole et par l’action. Comme le font par exemple les acteurs des associations caritatives, les militants écologiques… 

 

  Vive le RU pour les zadistes de Notre Dame des Landes  et tous les « aidants «  de personnes âgées par exemple… (et pour les parents qui souhaitent  s’occuper davantage de leurs enfants.. tout en écrivant des poèmes)

 

 

 

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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commentaires

Bismuth 14/01/2017 18:30

Ce n'est peut être pas tant le travail tel que nous pouvons le définir communément qui est nécessaire. Par contre l'activité est une nécessité impérieuse. Agir sur le monde et voir les effets de notre action dur le monde est la seule manière de se réaliser dans le sens premier de se rendre réel. C'est la preuve que l'on existe. La preuve sociale que l'on a une valeur par l'effet qu'on a sur le monde est souvent déterminé par la valeur que l'environnement accorde à notre activité: c'est une des fonctions du salaire: une aune de valeur sociale. Au delà de cet aspect se pose la question de savoir ce qui met en marche un individu. Pour l'essentiel chacun d'entre nous ne se met marche que sous contraintes. Soit que je me donne des contraintes si je suis autonome,soit que j'attend qu'on me les donne si je suis hétéronome. Ainsi le revenu découplé de tous ces enjeux psychosociaux risque de produire une vague plus ou moins importante de desocialisation. Avec les conséquences qu'on mesure déjà dans les couches défavorisées de la société

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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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