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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 12:08
La politique, c'est la contraire de la guerre

 Texte   Aristote  ( -385-323)

 La cité

 Aristote définit ici  l’homme en tant qu’ « animal politique ».  Il associe cette spécificité  au langage, en tant qu’il est à la source des communautés humaines. Mais le langage n’est pas fait exclusivement pour communiquer : il nous permet aussi de dire ce qui est juste : 

 

« Il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire. Car, comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l’homme a un langage. Certes la voix est le signe du douloureux et de l’agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur nature, en effet, est parvenue jusqu’au point d’éprouver la sensation du douloureux et de l’agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l’avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l’injuste. Il n’y a en effet qu’une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l’injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en commun c’est ce qui fait une famille et une cité. »

 

Aristote, Les Politiques, Livre I, chapitre 2, 1253 a 8 – 1253 a 19, trad. par P. Pellegrin, GF, 1990, p. 91 – 92

 

 

Texte   Aristote  (- 385- 323)

 Le lien politique 

Aristote examine ici  les éléments essentiels et constitutifs de la définition d’une cité et dégage sa caractéristique proprement politique :

 

« Mais si les mêmes gens habitent le même territoire, doit-on dire que tant que la race des habitants reste la même la cité reste la même, bien que sans cesse ses membres meurent et naissent, comme nous avons aussi coutume de dire que les rivières et les sources sont les mêmes bien que sans cesse leurs flots viennent et s’en aillent ? Ou doit-on dire que les habitants restent les mêmes pour la raison indiquée1, mais que la cité est autre ? S’il est vrai, en effet, que la cité est une communauté déterminée, et si elle est une communauté de constitution entre des citoyens, quand la constitution devient spécifiquement autre c’est-à-dire différente, il semblerait que nécessairement la cité ne soit plus la même, comme d’un chœur qui est tantôt comique tantôt tragique nous disons qu’il n’est pas le même alors qu’il est souvent composé des mêmes personnes. De même aussi tout autre communauté et tout autre composé sont autres si la forme de la composition est autre, par exemple pour un morceau de musique composé des mêmes sons, nous disons qu’il est autre quand il est d’abord dorien, puis phrygien2. Si donc les choses ont bien lieu de cette manière, il est manifeste qu’il faut dire que la cité est la même principalement en regardant sa constitution3. Par contre, on peut lui donner un nom différent ou lui garder le même, qu’elle continue d’être habitées par les mêmes hommes ou par des hommes totalement différents ». 

Aristote, Les Politiques, Livre III, chap.3, 1276 a 33 – 1276b15, trad. P. Pellegrin, coll. « GF », Éd. Flammarion, 1990, pp. 213-214.

 

 

 Notes : 

Note 1 Ils sont de même race. 

 Note 2 La musique grecque distinguait huit modes musicaux, dont les deux  nommés ici. Pour Aristote, le mode dorien a un caractère particulièrement moral, tandis que le mode phrygien est orgiastique et passionnel.

 Note 3 « Une constitution est pour une cité une organisation des diverses magistratures et surtout de celle qui est souveraine dans toutes les affaires » 

 

 

Texte   Hannah Arendt ( 1906-1975) 

 De la cité à l’Etat

 

Pour Hannah Arendt, la disparition  ou l’affaiblissement de la «  philia » liée à  la modernité est le signe de l’effacement du « monde commun ».

 La société actuelle n’a plus grand-chose à voir avec la « cité » des anciens : 

 

 « Nous avons coutume aujourd’hui de ne voir dans l’amitié qu’un phénomène de l’intimité, où les amis s’ouvrent leur âme sans tenir compte  du monde et de ses exigences. Rousseau […] est le meilleur représentant de cette conception conforme à l’aliénation de l’individu moderne qui ne peut se révéler vraiment qu’à l’écart de toute vie publique, dans l’intimité et le face à face. Ainsi nous est-il difficile de comprendre l’importance politique de l’amitié. Lorsque, par exemple, nous lisons chez Aristote que la philia, l’amitié entre citoyens, est l’une des conditions fondamentales du bien-être commun, nous avons tendance à croire qu’il parle seulement de l’absence de factions et de guerre civile au sein de la cité. Mais pour les grecs, l’essence de l’amitié consistait dans le discours. Ils soutenaient que seul un « parler-ensemble » constant unissait les citoyens en une polis. Avec le dialogue se manifeste l’importance de l’amitié, et de son humanité propre. Le dialogue (à la différence des conversations intimes où les âmes individuelles parlent d’elles-mêmes) , si imprégné qu’il puisse être du plaisir pris à la présence de l’ami, se soucie du monde commun, qui reste « inhumain » en un sens très littéral, tant que les hommes n’en débattent pas constamment. Car le monde n’est pas humain pour avoir été fait par des hommes, et il ne devient pas humain parce que la voix humaine y résonne, mais seulement lorsqu’il est devenu objet de dialogue. Quelque  intensément que les choses du monde nous affectent, quelque profondément qu’elles puissent nous émouvoir et nous stimuler, elles ne deviennent humaines pour nous qu’au moment  où nous pouvons en débattre avec nos semblables. Tout ce qui ne peut devenir objet de dialogue peut bien être sublime, horrible ou mystérieux, voire trouver voix humaine à travers laquelle résonner dans le monde, mais ce n’est pas vraiment humain. Nous humanisons ce qui se passe dans le monde et en nous en en parlant, et, dans ce parler, nous apprenons à être humains »
 Hannah Arendt, Vies politiques (1955) Coll. TEL, Gallimard, 1974 , p 34 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Préparation IEP (sciences-po)
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