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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 19:52
 Réponse de Hadrien Alvarez  à l'un de mes interlocuteurs (lequel  me tient pour incapable de raisonner)  sur Facebook.  Merci de m'autoriser à publier ce texte.
 
"Ce que vous dites sur les combattants rebelles est en grande partie vrai : ils sont islamistes dans leur écrasante majorité, voire djihadistes (dans le sens takfiristes, càd partisans d'un djihad globalisé). Mais il convient également de dire que les forces supplétives d'Assad, les Pasdaran iraniens et le Hezbollah libanais sont aussi des islamistes et qu'il est insupportable de voir la propagande pro-Assad marteler que ce dernier est un recours laïc à une opposition djihadiste alors que Hezbollah et les milices iraniennes pratiquent le nettoyage ethnique sur des bases religieuses. Depuis 2011, Assad et Poutine n'ont eu de cesse de confessionnaliser le conflit. Poutine à grand renfort de messes pour bénir les avions de chasse en partance pour bombarder les civils et Assad en réprimant dans le sang des manifestations pacifiques et nationalistes qui mêlaientt alors une opposition trans-confessionnelle qui ne réclamait qu'une plus grande liberté et non un califat.

Assad, même s'il est effectivement soutenu par une partie des minorités, est un danger pour la Syrie dans la mesure où il représente à la fois la dictature pour les nationalistes démocrates et la confiscation du pouvoir par les alaouïtes dans un pays dont l'écrasante majorité est sunnite. L'opposition de 2011 représentait toute la Syrie tant ethniquement que confessionnellement. C'est ce qui a poussé Assad dès le début, à se concentrer sur le démantèlement de cette opposition, la plus dangereuse pour lui car la plus légitime. Si les djihadistes quadrillent Alep aujourd'hui c'est en grande partie dû à cette stratégie du chaos et au fait qu'il n'ait pas empêché la progression djihadiste quand il le pouvait (sans parler de son soutien à Al-Qaïda pendant la guerre irakienne). C'était un choix gagnant-gagnant : soit l'opposition les combattait (ce qui fût le cas avec Daesh) et s'affaiblissait en ouvrant un deuxième front, soit les djihadistes intégraientt l'opposition (ce qui a fini par arriver avec Nosra) et il pouvait impunément assimiler l'ASL aux terroristes. S'il était laïc et protecteur du peuple syrien, il aurait pu prendre acte de la révolution et protéger son peuple contre l'arrivée massive de combattants étrangers, toutes religions confondues.

Au lieu de quoi il a bombardé au baril et tiré des missiles SCUD sur des zones résidentielles. Même s'il reprend la Syrie utile, sa présence au pouvoir produira toujours plus de chaos. C'est le problème dans la manière dont le débat est posé aujourd'hui : la violence d'Assad est inimaginable, elle est d'une radicalité qui n'a rien à envier à la violence de Daesh et elle est tout aussi partisane au niveau ethnique ou confessionnel. Je crois que ce que les chancelleries européennes appellent aujourd'hui opposition modérée, c'est la partie des islamistes qui ne sont pas takfiristes : les partisans d'un djihad de libération nationale et non d'un djihad globalisé. Si nous laissons Assad, l'Iran, le hezbollah et la Russie gagné (ce qui va arriver), il apparaît inévitable que l'opposition sunnite passe dans les rangs des takfiristes puisque les logiques nationalistes et démocratiques de représentation politiques disparaîtront au profit d'une croissant chiite (pour faire vite) et dictatorial en Syrie. Les djihadistes doivent être combattus et expulsés de Syrie mais seul un pouvoir trans-confessionnel, intégrant les sunnites et à peu près délivré des influences extérieures pourra réussir une telle entreprise.
 

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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commentaires

alvarez 06/12/2016 06:41

Bonjour Jonas, merci pour votre message. Vous m'avez lu un peu rapidement car je disais précisément ce que vous dîtes... Et nous abordons les mêmes points dans le reste de la discussion originale. Amitiés. Hadrien Alvarez

Jonas 04/12/2016 15:12

Je ne connais pas l'objet de la discussion mais je suis d'accord avec Hadrien Alvarez sauf sur le slogan " Syrie pays laïc., parce qu'il n' y a jamais eu de pays arabo-musulmans ni musulmans non arabes laïcs. Toutes les constitutions des pays arabo-musulmans et musulmans non arabes ont l'islam comme religion d'Etat , et l'islam c' est ( Din wa Dawla) Religion et Etat.
Même la Turquie d'Atatürk avait pris sous son aile la religion à travers un organisme nommé Diyanet qui est sous l'autorité du Premier ministre et qui gère les activités liées a l'islam.
1) Hassan II du Maroc ( Amir al-mouminine) Commandeur des croyants >
Recep Tayyip Erdogan de Turquie > Voilà , j'aimerai bien que l'on arrête de nous rebattre les oreilles avec des pays arabo-musulmans ou musulmans non arabes laïcs. En revanche un arabo-musulman ou musulman non arabe peut être à titre individuel LAÏC.
Pour revenir à la Syrie . Je rappelle que la famille Assad ne tient le pays en majorité sunnite que par la terreur. En 1982 , Hafez Al-Assad , père du dictateur actuel avait transformé la ville de HAMA en amas de cendres et en massacrant 40 000 Frères musulmans en trois semaines. Son fils lui, a détruit son pays. Entre lui et les djihadistes ils ont fait plus de 400 000 morts sans parler des blessés et des millions de réfugiés.
Le régime syrien , ne sait répondre aux contestations pacifiques que par les tueries. Les premières manifestations étaient pacifiques et ne demandées rien d'autres qu'un peu de liberté.
Le cas du petit Hamzah Al-Khatib âgé de 13 ans montre la cruauté du dictateur Bachar Al-Assad. Ce petit garçon pour avoir crié " A bas le régime " fut torturé , brûlé , aux pieds, aux coudes ,aux genoux et on lui a même coupé le sexe. Après plusieurs jours de tortures , sa propre mère était incapable de le reconnaître. C'est le cas du petit Hamzah qui a soulevé le déclenchement de la violence.
PS: Hezbollah veut dire -Parti de Dieu- et comme cette milice est soutenue financièrement et militairement par l'Iran des mollahs. Je ne pense pas qu'ils soutiennent le dictateur syrien pour sa laïcité.