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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 12:46

 

Voici la version longue que j'ai dû raccourcir :

L’élection de Donald Trump produit un effet de sidération et d’effroi.   Est-elle  pour autant une véritable surprise? Elle ne constitue en réalité que  le dernier avatar  d’une déferlante xénophobe qui  se propage à la vitesse de la lumière non seulement en Occident mais sur la planète tout entière. Une telle  vague proto-fasciste - plutôt que « réactionnaire » - est comparable  au réchauffement climatique  dont on sait que  la progression est inexorable  sans être pour autant en mesure d’en prévoir les différents aléas. Car, si la révolution anti « système »  à laquelle nous assistons aujourd’hui comporte des éléments conjoncturels ( la crise de 2008, le désespoir  des recalés de la mondialisation, la  désindustrialisation,  l’environnement dévasté, les zones rurales abandonnées  etc.)  elle  renvoie sans doute  également  à une crise plus profonde et plus dévastatrice encore. C’est  celle qui  a trait à la  représentation  désormais négative des institutions démocratiques et  de ces   fameuses « élites »   qui s’obstinent à  les avaliser.
       Aux yeux de  certains  observateurs quelque peu désabusés  -   dont je suis -  il est clair que la démocratie est un système qui porte en lui les germes de sa propre destruction. Cette précarité tiendrait à deux  raisons  principales.  En ce qui concerne la première, elle est tellement  évidente qu’elle ne souffre aucune contestation: théoriquement irréprochable,  la démocratie repose en fait sur deux énormes mensonges.   Selon le premier,  le peuple gouverne,  tandis que suivant le second,  nos lois  assurent  l’égalité « en droit »  de tous les  hommes. Il est clair qu’un régime présentant  un tel décalage entre ce qu’il promet ce qu’il réalise, à savoir  une inégalité exponentielle,  le mépris des laissés-pour-compte etc.,  est profondément déceptif. En ce sens, il alimente  une réserve inépuisable de rage et de ressentiment.  
   En second lieu, la démocratie est, un régime hautement inflammable, comme l’ont noté d’emblée les penseurs « réactionnaires » mais néanmoins clairvoyants que furent  Platon,  Aristote et quelques autres. Pourquoi ? Parce que ce  type de gouvernement  aimante  des personnalités non moins  charismatiques qu’incompétentes, au détriment  d’acteurs moins flamboyants, mais  plus sages ou tout au moins plus expérimentés. C’est ainsi qu’accèdent systématiquement  au pouvoir aujourd’hui des stars de télé-réalités et autres bouffons médiatiques  dont le pouvoir maléfique reste à ce jour en cours d’évaluation. On sait par exemple que  Donald Trump, qui  jure de rétablir la torture,  se vante de savoir « attraper les femmes par la chatte », que  Rodrigo Dutertre traite le pape de « fils de pute » et s’amuse du viol d’une religieuse, tandis que Vladimir Poutine promettait   (en 2015)  de « butter  les terroristes   jusque  dans les chiottes» etc.  On peut supposer que ce type de propos  relève d’un comique macabre et n’annonce pas nécessairement   une politique conséquente.  Cependant -  hélas - le denier triomphe en date de l’un  ces  grossiers personnages  - celui de Donald Trump aux Etats-Unis  - ne fut  possible, comme le montre l’écrivain  Paul Berman (le Monde du 11 novembre 2016) que dans le contexte d’un « effondrement sans précédent des institutions américaines ». Si cette analyse est exacte, c’est la démocratie elle-même qui, à la manière d’une maladie auto-immune, parasite et neutralise ses propres  anti-corps - syndicats, partis politiques, journalistes et grands médias.  Avant de gravir les échelles du pouvoir, les démagogues populistes détraquent le système démocratique  en actionnant toujours les mêmes ressorts - ces fameuses passions « tristes » (Spinoza) ou encore « réactives »(Nietzsche) que la droite qualifie perfidement de « populaires ». Ces  déclinaisons de   la haine - ressentiment, indignation, jalousie  etc.. - dont se  nourrissent les grands prédateurs du politique  ne sont pourtant  pas en elles-mêmes condamnables ni forcément pathogènes. Cependant, canalisées par des marionnettistes de haut vol,  elle ne contiennent pas précisément  la promesse de  politiques  ouvertes, humanistes et fraternelles.
           Parfaitement  conscient du drame  qui se jouait bien en amont des élections,  le cinéaste Michael Moore avait pronostiqué l’élection de Trump. Son analyse (Huffington post,  07/2016) pointait  un dernier  paramètre, parfois  négligé,  et pourtant déterminant.  L’électeur  suprématiste  blanc est animé par la haine des élites mais aussi  par la frayeur que lui inspire  la « féminazie »,  ce monstre « qui saigne de partout » (Trump)  et qui ose même  viser   la Maison Blanche  : « Puisque les animaux ont maintenant des droits » , s’étrangle le  « petit  mâle  blanc en danger » , « pourquoi pas un hamster demain à la tête du pays? ».
   Autant de considérations troublantes et déprimantes  qui pourraient paraître nous éloigner de Spinoza, lui qui tenait la démocratie pour le meilleur des régimes - le plus naturel en même temps que  le plus raisonnable.  Anticipant les Lumières, le philosophe pensait que les hommes ont tout intérêt à se soumettre à  la loi d’une saine république conformément aux  directives de cette  Raison que tous les hommes ont en partage et qui parle d’une seule voix, douce et tempérée.  Las  !  Le seul fait que nombre de femmes aient pu voter pour ce « club de la  testostérone » qu’incarnent Trump, Poutine etc… tend à invalider  le bel axiome spinoziste.  Notons également  que les « Grands Mâles Dominants » qui sont  aux commandes actuellement des plus  grandes puissances mondiales n’ont aucune  raison de renoncer à ces postures martiales, narcissiques et tapageuses qui leur réussissent si bien.

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Published by laurence hansen-love - dans actualité politique
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