Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 18:08

Dans le texte qui suit, Russell se demande dans quelle mesure la religion a contribué à la civilisation. Le bilan du christianisme -mais l’analyse vaut pour d’autres religions - est, selon lui, pour le moins mitigé. 

« Prenons le cas qui intéresse le plus les membres de la civilisation occidentale : l'enseignement du Christ, tel qu'il est recueilli dans les Évangiles, a eu vraiment très peu d'action sur l'éthique des chrétiens. Le caractère le plus important du christianisme, d'un point de vue social et historique, n'est pas le Christ, mais l'Église, et s'il nous faut porter un jugement sur le christianisme en tant que force sociale, ce n'est pas aux Évangiles qu'il nous faut nous reporter pour l'étayer. Le Christ a enseigné qu'il faut donner ses biens aux pauvres, qu'il ne faut pas se battre, qu'il ne faut pas se rendre à l'église et qu'il ne faut pas punir l'adultère Ni les catholiques ni les protestants n'ont manifesté un vif désir de suivre cet enseignement, sous quelque forme que ce soit. Quelques franciscains, c'est vrai, ont tenté de répandre la doctrine de la pauvreté apostolique, mais le pape les a condamnés et leur doctrine fut déclarée hérétique. Considérez d'autre part un texte comme celui,ci : « Ne jugez pas afin de n'être pas jugé », et demandez,vous quelle influence un tel principe a exercé sur l'Inquisition et sur le Ku flux Klan, par exemple. 

Ce qui est vrai du christianisme l'est également du bouddhisme. Le Bouddha était un homme affable et éclairé ; sur son lit de mort, il se moquait de ses disciples qui le croyaient immortel. Mais les prêtres bouddhistes, tels qu'ils existent au Tibet notamment, furent obscurantistes, tyranniques et cruels au plus haut point. 

 

 

41 

Laurence Hansen+Löve La religion Dossier IEP 2012

 

La différence entre l'Église et son fondateur n'a rien d'accidentel. Dès qu'on suppose que la vérité absolue réside dans les dires d'un homme, un corps d'experts apparaît qui interprète ses dires, et ces experts, infailliblement, prennent toute la place, puisqu'ils détiennent la clef de la vérité. Comme c'est le cas de toute caste privilégiée, ils utilisent leur puissance à leur avantage personnel. Ils sont toutefois pires à un certain point de vue. Étant chargés d'exposer une vérité immuable, révélée une fois pour toutes dans son absolue perfection, ils deviennent nécessairement les ennemis de tout progrès intellectuel et moral. 

L'Église fut hostile à Galilée et à Darwin ; de nos jours elle est hostile à Freud. À l'époque de sa plus grande puissance, elle alla encore plus loin dans son opposition à l'intelligence. Le pape Grégoire le Grand pouvait écrire à un évêque une lettre qui commençait ainsi : « Il nous est parvenu un rapport dont nous ne pouvons parler sans rougir, à savoir que vous expliquez la grammaire à des amis. » L'évêque fut contraint de renoncer à cette œuvre perverse, et il fallut attendre la Renaissance pour que le monde se remît à respirer. Le caractère pernicieux de la religion ne se manifeste pas seulement dans le domaine de l'esprit, mais aussi sur le plan de la morale. Je veux dire par là qu'elle enseigne un code éthique peu propre à assurer le bonheur de l'homme ». 

« La religion a,t,elle contribué à la civilisation ? » (1930) Russell, in Pourquoi je ne suis pas chrétien ?, trad. Guy Le Clech, Ed. Lux, 2011. 

 

Partager cet article

Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
commenter cet article

commentaires

Martin G. Laramée 16/11/2016 20:00

Chère Laurence,

Bien que philosophe important de son temps et encore du nôtre, Bertrand Russell pose un jugement de valeur biaisé. Car comme on le sait, il s'est toujours vanté du fait "de ne pas être chrétien" dans son texte "Pourquoi je ne suis pas chrétien". Et cela se respecte, mais de "charrier" à ce point sur les fondements de la civilisation occidentale, je trouve ça assez mince pour ne pas dire, "dans le champ" peut-être trouvera-t-il le bonheur au pré des morts à Todtnauberg. Autrement, il est un piètre philosophe de la religion et encore moins des religions comparées. Si on veut faire parler les morts invoquons plutôt une autorité en ce domaine que fut le grand Raimon Panikkar. Cf. http://www.raimon-panikkar.org/francese/home.html

laurence hansen-love 17/11/2016 18:15

oui enfin la Hutte de Heidegger ne me fait pas rêver chère Michelle, pardon!
je préfère la cabane de Thoreau

Michèle 17/11/2016 12:01

Chère Laurence, le commentaire de Martin me laisse sur ma faim et j'ai cherché Todtnauberg. Heidegger y a passé du temps....Il y avait là une "Hütte" dans la nature.
C'est en Forêt Noire et vraiment très joli. Par contre cher Martin je ne comprends pas l'allusion au "pré des morts".

laurence hansen-love 16/11/2016 21:05

merci Martin, c'est quoi le pré des morts à Todanauberg?
sinon je suis folle de Russell, excusez-moi... Génial ses Essais sceptiques.. et aussi "pourquoi je ne suis pas communiste", vous connaissez? Sinon je lai eu à l'agrégation et ça c'était moins marrant..