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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 08:56

http://www.nonfiction.fr/article-8596-penser_le_mal_au_present.htm

 

 

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Published by laurence hansen-love - dans Philosophie
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jf cordroc'h 10/11/2016 18:43

Excellent commentaire très intéressant ,exposant les vrais problèmes auxquels je crains malheureusement qu'il n'y ait pas de solutions,tant les remèdes mêmes à ceux-ci, introduisent de nouvelles donnes ,une nouvelle complexité de nouveaux problèmes .La solution serait l"apparition d'une conscience individuelle et universelle , c'est à dire des individus ayant pleinement conscience d'eux-mêmes , ce qui impliquerait qu'ils puissent d'abord être eux-mêmes ,tout en ayant pleinement conscience qu'ils ne sont que des êtres vivant parmis des millions d'autres de toutes espèces, participant au processus de la transformation permanente de l'univers . A suivre ..

Jean Pierre Foirry 10/11/2016 11:56

Bonjour,
Adieu les philosophes, que reste-t-il des Lumières ? C’était le formidable livre de Goulemot. Il est vrai que lorsque de plus en plus de personnes éduquées d’un pays occidental préfèrent croire à une interprétation littérale de textes religieux écrits il y a deux mille ans qu’à la théorie de l’évolution, on ne peut plus parler de pays « éclairé ». Avec vous, (merci) c’est le retour des philosophes au 21ème siècle, c’est à dire le retour de la raison et de la réflexion critique face aux violences de toutes sorte et à la mise en péril de l’Etat de droit ou de la laïcité. Retour de la raison : si l’on se met d’accord sur ce qu’il faut faire, il nous reste une question : comment appliquer les principes hansen-loviens dans le monde réel ?

Principe de base N°1 Proscrire plutôt que prescrire. Il est plus facile et plus légitime de s’entendre sur le mal (surtout le mal absolu) que sur le bien, sur la définition d’actions universellement condamnables que sur ce qu’est une bonne vie (qui est de la responsabilité et du choix de chacun), et donc sur la définition consensuelle de quelques principes permettant à tous les citoyens du monde de coexister harmonieusement.

Principe de base N°2 Une démocratie participative revivifiée. Définir les actions universellement condamnables et réinventer un avenir, non pas en appliquant un programme figé, mais par les discours qui se rencontrent, la prise de parole des citoyens, la conjugaison des efforts de tous pour parvenir à des pistes, des chemins pour un renouveau de ce qui fait la dignité de tous, chacune de nos actions et de nos paroles dans l’espace public devenant une forme de vote.

On peut y voir deux problèmes d’application (à résoudre)

Problème d’application N°1 : les capabilités
Pour que chacun puisse mener la vie bonne qui lui convient, encore faut-il définir politiquement le champ des vies bonnes possibles car il reviendra aux autorités élues de mener le chantier des capabilités (de fil en aiguille, on arrive aux Objectifs de Développement Durable pour tous, reliés eux-mêmes aux droits de l’homme dits « occidentaux »). A la suite de Sen, Nussbaum fait la liste de ce qu’elle considère comme les dix capabilités fondamentales qui sont inhérentes à la possibilité de mener une « bonne vie », selon la conception que chacun s’en fait : capacité de vivre une existence qui soit d’une durée « normale », d’avoir une bonne santé (incluant l’accès à la nourriture et à un logement), de pouvoir se déplacer librement et de faire usage de ses facultés (sensibles, imaginatives et intellectuelles), d’entretenir des attachements humains, de se forger une conception du bien (dont résulte la protection de la liberté de conscience et des pratiques religieuses), d’entrer dans des relations avec les autres (de là l’importance du respect de soi et le rejet de toute forme d’humiliation), d’avoir le souci des autres espèces (en particulier animales), de pratiquer des activités ludiques (tels le rire et le jeu), enfin la capacité d’exercer un contrôle sur son environnement. La notion de capabilité, qui est quand même très intrusive (un économiste parlerait aussi de biens tutélaires), ne saurait être séparée de celle de liberté réelle: les individus doivent avoir la possibilité réelle – et pas seulement en termes de droits formels (ou abstraits) – de vivre conformément à l’idée qu’ils se font d’une bonne vie.

Problème d’application N°2 : les citoyens non raisonnables
Comme le sait bien, au contraire de l’espace a priori égalitaire de la démocratie représentative, la démocratie participative est souvent déviée par ceux qui ont le plus de voix, de pouvoir ou sont les plus militants. Si un pouvoir politique fort ne sert pas de contre-pouvoir, il est évident que les lobbies financiers et les associations militantes (parfois religieuses) font régner leurs volontés. On en revient au voile d’ignorance de Rawls : qui est appelé à participer à la prise de décision ? Les personnes rationnelles et raisonnables ? Les représentants des 51% qui les ont élus ? Des personnes qui vont représenter les générations futures ? Les hommes face à des femmes soumises ou jugées inférieures ? Qu’est-ce qu’on fait par rapport à un homme qui trouve normal, dans le cadre de sa vie bonne, de battre sa femme ou de mettre au pilori (voire d’égorger) quelqu’un parce qu’il est homosexuel ou incroyant ? Le problème est donc ici double : comment caractériser sur le terrain le domaine des « vies bonnes » non acceptables et comment tenir compte au niveau de la société civile des avis de ceux qui ne sont représentés par aucun groupe influent ? (il faudrait ajouter que certains types de choix impliquent aussi l’intervention d’experts : voir le cas des vaccinations).