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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 15:09

La banalité sécuritaire

« Définie comme l’idéal du sage dans l’Antiquité hellénistique (thème stoïcien de la « paix de l’âme ») la sécurité est devenue un concept proprement politique que dans la modernité, lorsque son rapport avec les pouvoirs régaliens de l’État été établi.

.…

Aujourd’hui nous assistons à une dissémination du concept où il ne s’agit plus tant de stabiliser des identités et des comportements par la loi que de contrôler des flux et de surveiller des trajectoires au moyen de techniques de plus en plus intrusives.

Généralisé à tous les domaines de la vie, le désir de sécurité fait entrer l'ingénierie et l’expertise dans un champ jusque-là principalement juridique. À ce titre la biosécurité relève d’un immense pari sur la rationalisation des conduites où la connaissance objective des risques doit l’emporter sur l’évaluation toujours approximative des libertés ». pages 163 -164.

Vigilance et néolibéralisme

« Ce livre dépend l’hypothèse selon laquelle la vigilance comme forme de sécurisation de soi et des choses trouve dans la raison néolibérale son expression la plus aboutie à ce jour.

Cette vigilance élevée au rang de vertu prépare le sujet à réduire le monde à un système cybernétique ou triomphe l’exigence de sécurisation des investissements. Les économistes néolibéraux ne cessent de le répéter : rien n’est pire pour un investisseur que l’ « incertitude », ce qui implique de multiplier les dispositifs de contrôle, d’anticipation et d’assurance. (pages 168 et 169)

La vigilance sécuritaire

« D’après ce qui a été dit plus haut, on peut conclure que la vigilance sécuritaire procède à une radicalisation de l’attention : tout ce qui échappe à l’alternative entre l’hostile et le bienfaisant cesse d’être perçu. Cela ne vaut pas seulement pour le sujet saisi par la peur et obnubilé par la menace, mais aussi, sur un mode moins dramatique, pour l’individu envisageant sa nourriture à la seule aune de ses vertus médicales ou calculant les efforts physiques qu’il produit en regard de leurs effets sur sa santé. Vigilant, le sujet abandonne son pouvoir de changer d’objet ou celui d’interroger le réel selon d’autres critères que ceux qui lui sont dictés par sa quête de sécurité.

La vigilance fonctionne donc comme un désaveu de l’incertain logé au cœur de l’expérience. Cet usage de la raison et du corps est bien sûr entretenu par l’administration de l'orchestré par toute une série de pouvoirs.

…`

Il semble que nous n’ayons aucune raison d'avoir peur de cette peur là puisqu’elle motive le calcul de nos intérêts et l’exclusion de nos désagréments. Il faut pourtant apprendre à s’en défier si l’on refuse de voir la vie s’abandonner au culte sécuritaire de sa propre conservation »

pp 174-176. Michaël Foessel, ibid.

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Published by laurence hansen-love - dans Sciences-po
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  • : Professeur de philosophie, à IPESUP. Directrice de collection chez Belin et chez Hatier.Co-auteur de : Philosophie,anthologie (Belin) et Philosophie de A à Z (Hatier). Auteur de : "Cours particulier de philosophie" et "La philosophie comme un roman" (Hermann)
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